Centrale nucléaire flottante russe dans l'Arctique: tout savoir sur le "Tchernobyl sur glace" en quatre questions

L'Akademik Lomonossov, la première centrale nucléaire flottante au monde, a quitté ce vendredi le port de Mourmansk dans le Grand Nord russe pour se rendre à Pevek, en Sibérie orientale.

Qu'est-ce que l'Akademik Lomonossov?

L'Akademik Lomonossov est une centrale nucléaire flottante qui a été construite entre 2007 et 2017 à l'initiative de Rosatom, l'agence d'Etat russe en charge de l'énergie nucléaire. Elle mesure 144 mètres de long sur 30 mètres de large et pèse 21.000 tonnes. Elle est dépourvue de moteur, et doit donc être tractée par des remorqueurs pour se déplacer en mer. Elle comporte deux centrales de 35 MW chacun (par comparaison: les trois réacteurs nucléaires de Tihange ont une capacité totale de 3000 MW).

Pourquoi construire une centrale nucléaire flottante?

L'industrie nucléaire cherche à se renouveler, et la Russie veut jouer un rôle de pionnier. Par rapport à une centrale terrestre classique, la centrale flottante est moins chère et plus modulaire. Elle peut être installée dans des régions reculées. Et en fin de vie, les réacteurs peuvent être démantelés plus facilement. Il faut noter que la Russie espère vendre des centrales du même type à des pays étrangers.

Comment voyage cette centrale flottante?

L'Akademik Lomonossov se rend de Mourmansk (où elle a été construite) à Pevek, une petite ville de Sibérie orientale, dans le district autonome de Tchoukotka. Cela représente un voyage d'environ 5000 km qui devrait durer quatre à cinq semaines. La barge navigue à une vitesse moyenne de 3,5 à 4,5 nœuds (6,5 à 8,3 km/h), et elle est remorquée par d'autres navires. L'équipage est composé de 69 personnes. L'Akademik Lomonossov transporte du combustible nucléaire. La route maritime empruntée est le Passage du Nord-Est, qui permet de de relier l'océan Atlantique à l'océan Pacifique en longeant la côte nord de la Russie. Ce passage est rendu de plus en accessible par la fonte des glaces causée par le réchauffement climatique.

Qu'en est-il des aspects environnementaux du projet?

Les autorités russes expliquent que les centrales nucléaires flottantes du type de l'Akademik Lomonossov permettent d'alimenter en énergie les régions reculées, et que cela "soutient le développement durable", a dit à l'AFP Vitali Troutnev, un responsable de Rosatom. Cela peut faire économiser jusqu'à 50.000 tonnes de CO2 par an, selon lui. L'Akademik Lomonossov pourrait couvrir la consommation de 100.000 personnes, alors que la ville de Pevek où il sera raccordé au réseau électrique ne dépasse pas 5000 habitants. Mais l'énergie servira surtout à alimenter les plateformes pétrolières des environs. L'Akademik Lomonossov remplacera une centrale nucléaire terrestre et une centrale au charbon obsolètes. Et cela permettra aussi d'alimenter en énergie de futures industries : la Russie espère que le réchauffement climatique, en faisant fondre les glaces, facilitera l'exploitation d'autres ressources.

Les associations environnementales craignent que l'Akademik Lomonossov devienne un "Tchernobyl sur glace" ou un "Titanic nucléaire". "Toute centrale nucléaire produit des déchets radioactifs et peut avoir un accident mais l'Akademik Lomonossov est en plus vulnérable aux tempêtes", selon Rachid Alimov de Greenpeace Russie. "La barge est tractée par d'autres navires donc en cas de grosse tempête, il peut y avoir des collisions. Rosatom prévoit de stocker le combustible usé à bord, tout incident aurait de graves conséquences sur l'environnement fragile de l'Arctique, sans oublier qu'il n'y a pas d'infrastructures de nettoyage nucléaire là-bas", selon lui.

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