Centrafrique: violences à Bangui, la France va intervenir "immédiatement"

Confiant dans le succès de l'opération de l'armée française, François Holllande a promis une action rapide. Il a également annoncé le doublement de l'effectif sur place "dans les prochaines heures".

L'Union européenne examine le soutien, essentiellement financier, qu'elle prévoit d'apporter à l'intervention des troupes africaines et françaises en Centrafrique après le feu vert du Conseil de sécurité de l'ONU, a-t-on appris jeudi de sources diplomatiques.

L'UE devrait "saluer", dans une déclaration attendue en fin de journée, le mandat accordé par le Conseil de sécurité aux forces françaises pour intervenir en soutien à la Misca (force africaine en RCA), a-t-on indiqué de même source.

Décidée à "apporter un soutien à cette mission", l'UE examine "plusieurs options", qui sont "essentiellement d'ordre financier", a indiqué un porte-parole du service diplomatique européen, Michael Mann.

L'aide consacrée au fonctionnement de la Misca devrait être "substantielle", probablement de plusieurs dizaines de millions d'euros, selon des sources diplomatiques.

La Belgique est l'un des pays approchés par la France pour fournir une aide - en matière de transport aérien, selon plusieurs sources.

D'ores et déjà, Londres a proposé "une aide logistique limitée" à la France. Selon des sources gouvernementales, elle devrait se traduire par la mise à disposition d'un avion militaire gros-porteur C-17, comme cela avait été le cas lors de l'intervention française au Mali en janvier. Mais l'envoi de troupes britanniques n'est pas une option sur la table, a averti un porte-parole du ministère britannique de la Défense.

La France et la Grande-Bretagne ont renforcé ces dernières années leur coopération militaire, en insistant notamment sur l'interopérabilité qui les a conduites à agir conjointement en Libye, en 2011.

Au cours des discussions à Bruxelles, des experts de l'UE avaient évoqué la possibilité de déployer le groupement tactique européen ("EU Battlegroup" ou EUBG), dont l'objectif est de pouvoir participer rapidement à des opérations à l'étranger.

Créé en 2007, ce groupement n'a encore jamais été utilisé sur un théâtre d'opération. Pour le second semestre 2013, il comprend environ 1.500 militaires de cinq pays, dont le Royaume-Uni, qui le dirige.

Selon des sources diplomatiques, des responsables britanniques ont demandé que l'analyse des experts évoquant le déploiement du "battlegroup" ne soit pas communiquée aux Etats membres, appelés à décider.

Les Britanniques sont traditionnellement réticents à un renforcement des outils de défense commune au sein de l'UE, privilégiant l'Otan ou les accords ad-hoc entre pays.

L'option du déploiement d'un EUBG est par contre bien considérée du côté belge, a indiqué le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders.

Des responsables de certains pays ont par ailleurs mis en avant l'absence d'une demande par la France d'un déploiement de forces européennes.

Dans leur analyse, les experts de l'UE soulignaient que l'envoi d'une force militaire européenne "serait susceptible de contribuer notablement au rétablissement de la sécurité pour la population, facilitant ainsi la distribution de l'aide humanitaire" en Centrafrique.

L'UE a débloqué une aide humanitaire d'urgence de vingt millions d'euros depuis le début de l'année pour les victimes des violences en Centrafrique.

Des combats dès l'aube à Bangui

Dans le seul hôpital communautaire de Bangui, la mission en Centrafrique de Médecins sans frontières (MSF) a recensé en début d'après-midi 8 morts et 65 blessés, victimes des tirs ou d'armes blanches. Le bilan final des affrontements de la matinée s'élève à 130 tués.

Dans une allocution radio-diffusée en début d'après-midi, M. Djotodia a appelé la population "à garder son calme", ajoutant que "l'armée française est une amie de la Centrafrique". A Paris, le porte-parole de l'état-major des armées françaises a annoncé qu'environ 250 soldats français se sont déployés dans la capitale à la suite des incidents de la nuit, pour "sécuriser les points sensibles" et "des points de regroupement" pour les étrangers. "Vers 03H00 (02H00 GMT), il y a eu des accrochages entre des ex-Séléka et des éléments armés non identifiés à cette heure (...) les forces françaises ont dû réagir", a-t-il expliqué. Des tirs d'armes automatiques et des détonations d'armes lourdes ont éclaté avant l'aube dans plusieurs quartiers, débutant dans la zone du PK-12, dans le nord de la ville, avant de s'étendre. Des tirs épisodiques étaient encore signalés à 14H00 (13H00 GMT) par des habitants.

Selon des habitants du quartier de Boy-Rabe, une partie de la population, affolée, a cherché refuge dans une église tandis que les autres se terraient dans leurs maisons.

Les autorités ont imputé la responsabilité des violences du jour à des milices chrétiennes "anti-balaka" (anti-machettes) et à des éléments favorables au président déchu François Bozizé. Le scénario cauchemar de massacres inter-religieux à grande échelle semble donc malheureusement se préciser, au milieu d'une anarchie généralisée. Après avoir subi des mois durant la loi d'airain et les exactions des ex-rebelles Séléka, pour la plupart musulmans, certains dans la capitale, très majoritairement chrétienne, pensent que l'heure de la vengeance a sonné. Une extrême tension règne désormais dans les rues de Bangui désertée, par endroits livrées aux pillages, et où ne circulent plus que les pick-up des combattants Séléka surarmés. Les habitants restent terrés chez eux, terrorisés par les ex-rebelles désireux de se venger des attaques de la matinée, qui écument les quartiers et défoncent une à une les portes des maisons à la recherche "d'infiltrés" présumés.

Les artères du centre-ville étaient totalement désertes en début de matinée. Circulant à bord de pick-up surchargés, armés de mitrailleuses lourdes, des Séléka intégrés à l'armée levaient le poing en guise de victoire et patrouillaient les rues à vive allure, sortant et rentrant du camp militaire situé près du palais présidentiel, au PK-0.

A ce rond-point un détachement de la force africaine, équipé d'un blindé, a pris position.

Engrenage infernal

Les milices d'autodéfense paysannes antibalaka (antimachettes) ont émergé depuis septembre dans le nord-ouest du pays, en réaction aux nombreuses exactions d'hommes armés issus des rangs de la coalition rebelle de la Séléka - depuis dissoute - dirigée par Michel Djotodia qui a renversé en mars le président François Bozizé.

Le texte de la résolution de l'ONU, adopté à l'unanimité des 15 pays membres du Conseil sur proposition de la France -ancienne puissance coloniale- autorise les soldats français en RCA à "prendre toutes les mesures nécessaires pour soutenir la Misca (force africaine en RCA) dans l'accomplissement de son mandat".

La Misca pourra se déployer "pour une période de douze mois", avec une clause de révision à six mois, avec pour mission de "protéger les civils, rétablir l'ordre et la sécurité, stabiliser le pays" et faciliter l'acheminement de l'aide humanitaire.

Dans le cadre de l'opération Sangaris (du nom d'un papillon rouge), la France doit tripler son contingent sur place, qui passera à 1.200 hommes. Ils sont chargés notamment de sécuriser l'aéroport de Bangui et les principaux axes par où transiteront les convois humanitaires.

La Centrafrique est livrée aux bandes armées depuis le renversement en mars du président François Bozizé par la coalition rebelle Séléka.

La résolution envisage la transformation éventuelle de la Misca en force de maintien de la paix de l'ONU quand les conditions le permettront, c'est-à-dire dans plusieurs mois, et à condition que le Conseil donne à nouveau son feu vert.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon doit préparer un rapport à ce sujet dans les trois mois. Selon un précédent rapport de M. Ban, une telle opération devrait mobiliser entre 6000 et 9000 Casques bleus pour être efficace.

La résolution prévoit aussi une commission d'enquête sur les droits de l'homme et un embargo sur les armes à destination de la RCA pendant un an.

Le Conseil brandit enfin la menace de sanctions ciblées (essentiellement le gel d'avoirs et une interdiction de voyager) contre les responsables d'exactions, ceux qui tenteraient de violer l'embargo ou de bloquer la transition politique en RCA, ou encore de piller les ressources naturelles du pays.


RTBF avec agences

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