Centrafrique: "On intervient extrêmement tard dans cette crise"

Le ministre français de la Défense menace d’utiliser la force de ses soldats déployés en Centrafrique si les milices refusent de poser leurs armes. Roland Marchal, chercheur à Sciences Po et spécialiste des conflits africains, met en garde : même si les possibles opposants sont beaucoup plus faibles militairement qu’au Mali, le pays est très grand et ils peuvent aussi "se disperser et recourir au banditisme de grand chemin". Et si les Français parviennent à sécuriser la situation, "il faudra aussi consolider. Comment donner une légitimité au gouvernement en place ? Comment prouver à la population que l’autorité considérera tous les citoyens centrafricains comme égaux?"

Concernant les violences entre milices chrétiennes et musulmanes qui ont causé plusieurs centaines de morts ces derniers jours, Roland Marchal récuse le terme de "génocide : il n’y a pas de véritable politique d’élimination systématique d’un groupe ou d’un autre, les chrétiens ou les musulmans. Il y a des massacres, mais il s’agit plutôt d’une multiplication de règlements de compte, avec quelques fois des attaques sur des communautés isolées. Le terme ‘génocide’ a été utilisé pour dramatiser la situation, notamment aux Etats-Unis où le Congrès était réticent à financer cette opération pour le versant africain".

"On intervient extrêmement tard"

Selon Roland Marchal, la France "a perdu depuis très longtemps son expertise et sa connaissance du continent africain. Si le gouvernement français avait suivi depuis de longues années la chute de ce pays sous Bozizé et évidemment après le coup d’état sous Djotodia, la réaction française, européenne et internationale aurait dû alors se faire. On intervient extrêmement tard dans le déroulé de cette crise. D’une part ça oblige à des moyens militaires qui peut-être n’auraient pas été nécessaires il y a 2 ou 3 ans. Et d’autre part, on sait qu’effectivement le drame humain est massif, il y a des centaines de morts, peut-être des milliers de morts, et un risque potentiel que ça dure".

"Pourquoi le gouvernement français et le gouvernement américain ont-ils soutenu Bozizé jusqu’au bout, allant à la cérémonie d’intronisation d’un dirigeant qui avait été très mal élu, au terme d’élections de mascarade ? Ces questions-là il faut les poser, au niveau politique et aussi au niveau économique. Pourquoi, d’une certaine façon, l’économie centrafricaine a-t-elle été détruite par quelques mois d’offensive armée ? Il faut réfléchir, pas simplement pour pointer du doigt les éventuels responsables, mais également pour éviter de refaire les erreurs du passé" insiste Roland Marchal.

A.L. avec B. Henne

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