Ce qui se passe au Burkina Faso est "un automne des pays africains"

Ce qui se passe au Burkina Faso est "un automne des pays africains"
Ce qui se passe au Burkina Faso est "un automne des pays africains" - © Tous droits réservés

L'Afrique est-elle en train de changer ? C'est en tout cas l'avis d'Oumou Zé, coordonnatrice de recherche et plaidoyer au CNCD. Invitée de L'acteur en Direct de Matin Première ce vendredi, elle affirme qu'il y a aujourd'hui "un ras-le-bol populaire des régimes qui sont là depuis une vingtaine d'années pour la plupart et qui, en terme socio-économique, n'ont pas apporté les promesses faites et donc la démocratie reste de façade".

"Le président Compaoré est arrivé au pouvoir il y a 27 ans par un coup d'état où l'armée a pris le pouvoir suite à l'assassinat de son compagnon d'arme, le capitaine Thomas Sankara, et depuis lors on a un système de démocratie où finalement l'alternance n'existe pas", explique Oumou Zé.

Autrement dit, ce qui se passe depuis trois jours au Burkina Faso est le résultat d'un malaise qui se fait ressentir depuis quelques années déjà. "Il y a de plus en plus de mouvements de contestation au sein de la population par rapport aussi aux politiques économiques et sociales", ajoute la coordinatrice du CNCD, "le Burkina est un des pays les plus pauvres du monde. Il se classe 181ème sur 187 dans le classement mondial au niveau des indicateurs de pauvreté. Et ce que l'on voit, c'est que depuis 27 ans, ces politiques-là n'ont pas permis un réel développement et une égalité au sein de la population".

Quant à savoir s'il y a une certaine manipulation derrière ces mouvements de contestation, Oumou Zé n'y croit pas. Pour elle, il s'agit de "mouvement citoyens", un mouvement pour dire "non" au référendum visant à modifier la constitution dans le but de permettre au président Blaise Compaoré de rester davantage au pouvoir. "Le mot d'ordre est maintenant le départ du président Blaise Compaoré, donc sa démission pure et simple. C'est ce qui est demandé aujourd'hui".

Mais les Burkinabés ne sont pas rassurés car "l'histoire se répète". Comme il y a 27 ans, l'armée intervient "et les déclarations de l'état-major ne sont pas suffisantes". La population "reste vigilante", elle "n'a pas du tout de confiance en l'armée, elle pense qu'elle n'est pas capable d'organiser la transition". "Une alternance et une alternative claire" doit se dégager dans les heures qui viennent.

Pour Oumou Zé, on peut parler d'"automne des pays africains" car "il n'y a pas que le Burkina qui est en question". La RDC et le Rwanda le sont également, dit-elle. Dans ces pays-là, il y a aussi des présidents qui ne peuvent plus briguer un nouveau mandat mais qui envisagent aussi quelques aménagements de la constitution. Ce qui se passe au Burkina est donc un sorte d'"avertissement" pour ces autres pays.

 

C. Biourge

 

 

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