Ce qu'il faut savoir avant le scrutin présidentiel dimanche au Venezuela

Hugo Chavez sera-t-il réélu dimanche?
Hugo Chavez sera-t-il réélu dimanche? - © AFP PHOTO/Luis Acosta

Ce dimanche 7 octobre se déroulent au Venezuela des élections importantes puisqu’elles décideront du maintien au pouvoir ou non d’Hugo Chavez et de la continuation ou non de sa politique "d’alternative socialiste bolivarienne". Portrait de la situation en quelques points-clés.

Ces élections pourraient aussi avoir d’importants effets dans toute l’Amérique du Sud où le remuant président sortant du Venezuela, doté des plus importantes réserves pétrolières du monde, ancre son pays dans des alliances progressistes sud-américaines qui veulent s’affranchir des Etats-Unis, tuteur traditionnel du sous-continent. Controversé, qu’il plaise ou déplaise, Hugo Chavez entend continuer à jouer un rôle que lui conteste son challenger, Henrique Capriles. Celui-ci a réussi à fédérer une opposition auparavant dispersée ou dans les cordes après des aventures putschistes, et même si les sondages donnent toujours Chavez gagnant, la contestation de son hégémonie électorale est cette fois-ci plus menaçante pour lui.

Elections présidentielles : enjeux et forces en présence

Les élections présidentielles, dimanche 7 octobre au Venezuela, mettent aux prises l’actuel président vénézuélien Hugo Chavez et son principal adversaire Henrique Capriles Radonski. Hugo Chavez, au pouvoir depuis 1999, se présente pour un troisième mandat. Il a promu au Venezuela  une politique dite du "socialisme bolivarien", reposant notamment sur le contrôle public des énormes ressources pétrolières du Venezuela et d’autres nationalisations, une ample utilisation de la rente pétrolière pour les politiques sociales et une mobilisation de la population par une extension de diverses formes de démocraties et d’organisations locales (coopératives, assemblées populaires, etc…) . Son challenger, Henrique Capriles Radonski, a réussi (provisoirement en  tout cas) à fédérer le camp des opposants, diversifié de la droite libérale pure et dure au centre en ralliant aussi d’ex-chavistes. Après des années d’antagonisme très virulent entre les deux camps, ce candidat qui se dit "plus neuf" (même s’il est plus jeune, il a un passé d’ancien maire et de gouverneur, dans l’opposition, et il a tout de même été mêlé au coup d’Etat de 2002) a adopté un ton un peu différent, déclarant qu’il ne remettrait pas en cause une partie des réformes de Chavez. Des affirmations qui laissent sceptique le camp d’en face, d’autant plus que deux documents-programmes assez différents dans leurs orientations, l’un plus centriste, l’autre plus nettement néo-libéral, sont issus de son camp, sans qu’il s’explique sur ces contradictions.  

Processus électoral 

Malgré les critiques de l’opposition sur la partialité de la commission nationale électorale, les nombreux observateurs internationaux déployés à chaque échéance électorale, avec l’assentiment du pouvoir, ont régulièrement attesté de la régularité, la fiabilité et la transparence du processus électoral, aux élections présidentielles ou législatives. Le vote électronique, assez répandu au Venezuela, est vérifiable par une confirmation papier.  Encore récemment, l’ex-président américain Jimmy Carter, directeur du centre Carter, spécialisé dans ce genre d’opérations, a déclaré que, des 92 élections que son centre a vérifié, "le processus électoral au Venezuela était le meilleur au monde", ajoutant même que "celui des Etats-Unis était sans doute l’un des pires". La mission "d'accompagnement" de l'Union des nations sud-américaines (Unasur) au Venezuela a estimé mercredi que les conditions d'un scrutin transparent, dimanche, étaient réunies.

Le climat dans lequel se tient les élections reste cependant très polarisé, la campagne est marquée par de nombreux affrontements, souvent verbaux, ou des bagarres, mais parfois plus dramatiques, comme récemment lorsque trois partisans du candidat de l’opposition ont perdu la vie dans des circonstances encore confuses.

La constitution, introduite par Chavez, prévoit des possibilités de référendum, y compris pour révoquer le président avant le terme de son mandat. Lorsque Chavez s’y est soumis, il l’a emporté. En d’autres circonstances des réformes proposées et soumises à référendum lui ont été refusées.

Coups d’Etat

Les rapports entre les différents camps restent marqués par le souvenir des deux tentatives de putsch dont Hugo Chavez a été victime. D’abord en avril 2002 lorsqu’une partie de l’opposition, le patronat, une partie de l’état-major, des grands medias, ont tenté de renverser le président, une tentative soutenue par les Etats-Unis. La forte réaction populaire a fait échouer ce putsch. Le deuxième tentative fut la grève organisée par la direction, les cadres et une partie du personnel de la grande compagnie pétrolière PSVDA (en fait un lock-out) destinée à priver l’état de recettes et le pays de pétrole, et à provoquer ainsi un mécontentement populaire, une intervention militaire et le départ du président. Une tentative qui a aussi échoué, mais qui a coûté un désastre économique dont le pays mettra longtemps à se relever. 18 000 personnes sur les 40 000 que comptaient alors l’entreprise ont été ensuite licenciées, dont 80% de la direction et des cadres.

Les médias

Les médias au Venezuela, et notamment le paysage audiovisuel, restent très largement dominés par des grands groupes privés, dont certains multinationaux. Ceux-ci se sont assez rapidement montrés hostiles au dirigeant vénézuélien, une hostilité qui s’est même, dans certaines circonstances, transformée en participation active aux deux tentatives de renversement du président. Certains médias ont été sanctionnés par le gouvernement Chavez, pour leur participation au coup d’Etat ou pour le non-respect de la législation.

La loi a redistribué les fréquences radio et TV. Malgré cela le secteur privé et les grandes compagnies continuent à dominer le paysage audiovisuel (plus de 60%, auquel il faut ajouter les chaines payantes). Les chaînes publique ont pris un peu plus de place (5 à 10 %) et les radios et télévisions communautaires se sont multipliées. Dans ce domaine aussi la polarisation est très forte, les langages et le vocabulaire à destination de l’adversaire très durs.  

L’internet fonctionne normalement, il n’y a aucune censure.

Bilan économique

Le bilan économique et social des 14 années de pouvoir pour Hugo Chavez est contrasté selon les domaines et les points de vue. La politique économique et sociale a été fondée sur la maîtrise publique des ressources - essentiellement le pétrole sur lequel a été basée une vaste politique de redistribution.

En tout cas, il est incontestable que les progrès en matière d’éducation, d’alphabétisation et de santé sont très impressionnants. La pauvreté a été fortement réduite et l’extrême pauvreté presque éradiquée. La construction de logements a tardé par rapport aux promesses, mais connaît un boom – parfois anarchique - depuis trois ans. Les terres inexploitées ont été partiellement redistribuées. Les allocations sociales, pensions et  salaires minimum ont été augmentés et s’appliquent à plus de bénéficiaires. Globalement les inégalités se sont donc réduites.

Cependant, une série de secteurs productifs souffrent d’un manque d’efficacité et l’offre est insuffisante pour répondre aux demandes croissantes générées par cette politique. Des pénuries existent dans certains secteurs, qui doivent être compensées par des importations. L’économie et toute la société restent trop dépendantes du pétrole. 

Insécurité et corruption

Deux graves problèmes minent le Venezuela. Si la politique de Chavez n’est pas directement à leur origine, elle n’a cependant pas réussi à les juguler. D’abord la corruption est reste très répandue, alimentée notamment  par l’argent facile et abondant du pétrole. La corruption affecte tous les milieux, y compris la police et la fonction publique. La politique chaviste a contribué aussi à l’émergence de nouveaux riches que des sociologues appellent la "bourgeoisie bolivarienne", proche du pouvoir, et qui bénéficient de ses retombées. Hugo Chavez pourrait avoir autant de problèmes avec certains de ses amis et proches qu’avec ses adversaires.

L’autre problème majeur est l’insécurité, le nombre de délits dont sont victimes toutes les catégories sociales. Elle s’est aussi accrue par les conséquences, au Venezuela, de la guerre civile en Colombie voisine. Plusieurs millions de Colombiens sont au Venezuela, dont une partie dans des grandes villes. Et il y a parmi eux de nombreux ex-paramilitaires colombiens d’extrême-droite qui sont une menace réelle pour toute la population, les milieux associatifs et les militants chavistes dans les quartiers pauvres. Les trafics de drogue et d’armes, générés en Colombie, transitent par ces réseaux mafieux et paramilitaires au Venezuela.

Relations internationales  

Au cœur de la politique internationale d’Hugo Chavez se trouve le projet de s’émanciper complètement des Etats-Unis, qui ont toujours considéré l’Amérique latine comme leur "jardin privé" sous leur tutelle. Caracas a donc privilégié des alliances d’abord avec la Bolivie et l’Equateur, qui basculaient aussi à gauche, et puis avec les autres pays latino-américains dont le géant brésilien  (Alba, Mercosur, Unasur, tout cela sans les Etats-Unis). Le Venezuela est même sorti récemment de la Cour interaméricaine des droits de l’homme où il estime l’influence des USA trop forte.

Au-delà de l’Amérique latine, Hugo Chavez a noué des relations  plus rapprochées avec la Chine, la Russie, l’Iran, le Belarus, ce que l’Occident lui a reproché dans ces derniers cas. Il applique généralement le précepte "les ennemis de mes ennemis sont mes amis", ce qui l’amène à se rapprocher des ennemis des Etats –Unis. Les rapports avec l’Iran et la Russie lui servent aussi pour peser sur les prix du pétrole. 

Marc Molitor

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK