Catastrophe de Fukushima : 9 ans après l'accident nucléaire, les Japonais veulent croire aux belles histoires

Sur la côte de Fukushima, les surfeurs n'ont pas oublié l'océan, 9 ans après l'accident nucléaire.
Sur la côte de Fukushima, les surfeurs n'ont pas oublié l'océan, 9 ans après l'accident nucléaire. - © CHARLY TRIBALLEAU - AFP

Ces 8 dernières années, les hommages aux victimes du tremblement de terre et du tsunami furent nationaux. Depuis mars 2012, Premier ministre, membres de la famille impériale ou parlementaires convergeaient vers Fukushima, pour une cérémonie du souvenir. 2020 fera exception. L’épidémie survenue après l’apparition du nouveau virus contraint le Japon à l’annulation. Les commémorations sont réduites à peau de chagrin : une minute de silence sera observée au moment précis où la vie des habitants de Fukushima bascula, le 11 mars 2011.

Etat des lieux

Neuf ans après l’accident et avant les Jeux Olympiques, la centrale de Fukushima est toujours debout. Les bâtiments des réacteurs (trois avaient été soufflés par des explosions) ont été reconstitués. L’ensemble paraît cela dit encore bien fragile, décrépi. A l’intérieur, le combustible fondu, résultant de la fusion des cœurs des réacteurs, gît toujours dans l’enceinte de confinement. Son extraction ? Une opération tellement délicate qu’on n’en verra pas le bout avant 2050 au mieux.

L’eau qui s’engouffre dans les installations reste aussi un problème majeur. Chaque jour, 170 mètres cubes de liquide extrêmement radioactif sont générés quotidiennement. En cause, notamment : l’eau de refroidissement des réacteurs qu’il faut décontaminer et qui reste un problème. Même passé dans un système de filtrage, le liquide garde une "faible" teneur en éléments radioactifs. Qu’en faire ? La rejeter dans l’océan Pacifique voisin ? Les autorités japonaises privilégient cette option. Pêcheurs, agriculteurs et… surfeurs de la région s’en scandalisent.

Les surfeurs de Fukushima

Car 9 ans après l’accident, on surfe toujours à Fukushima. A quelques kilomètres de la centrale, autrefois éventrée. L’activité, contrairement à ce que l’on pourrait penser, n’est pas interdite. Et l’on signale aux surfeurs que les niveaux de radioactivité ne sont pas dangereux. Car la côte de Fukushima compte parmi les plus beaux spots du Japon. Et ceux et celles qui s’adonnaient à ce sport avant les terribles événements n’ont jamais souhaité lâcher leur planche.

Certains, ici, ont tout perdu, sauf le surf. Tous racontent que s’ils ne retournaient pas immédiatement dans l’eau, cette côte, paradis des surfeurs de Fukushima, serait morte pour l’éternité.

Le retour des Samouraïs

Une autre activité, légendaire celle-ci, a fait son retour dans la préfecture de Fukushima. L’une des plus prestigieuses compétitions de Samouraïs, vieille, dit-on, de plus de 1000 ans. Pour apercevoir les courses de chevaux (400 d’entre eux sont spécialement dressés pour l’occasion) et pour assister aux combats de Samouraïs, le public, avide de tradition, est revenu.

"La région de Fukushima a connu le pire, elle a même été marginalisée depuis l’accident nucléaire", confie Yuichi Takahashi, l’un des participants. "Mais notre esprit samouraï a survécu. Nous n’avons rien voulu lâcher et nous nous sommes relevés. Nous avons fait front contre les radiations." Certains des participants font valoir qu’ils sont les descendants des Samouraïs, cette classe guerrière qui dirigea le Japon féodal durant près de 700 ans.

Le Saké, renaissance d’une boisson ancestrale

A l’ombre des réacteurs condamnés de Fukushima, surgissent des terrains vagues et un sentiment de fin du monde. Mais les belles histoires fleurissent aussi parfois. Un brasseur de saké, héritier d’une tradition ancestrale, a vu ses installations emportées par le tsunami. Mais un petit miracle s’est produit. Dans la précipitation de l’évacuation, il y a 9 ans, la précieuse cellule souche de la levure de saké a été emportée par le centre technologique de Fukushima. Le brasseur a récupéré alors la levure originale du saké.

C’est ainsi que la production a pu reprendre, à quelques kilomètres de la brasserie d’origine. Les niveaux de radiation sont vérifiés quotidiennement pour s’assurer que le saké ne constitue aucun risque pour la santé des consommateurs. Mais le brasseur, désormais, n’a plus qu’une idée en tête. Relancer son activité dans la ville fantôme de Namie, pour offrir au breuvage de ses ancêtres une résurrection inespérée.