Catalogne: "Ses atouts économiques lui permettent parfaitement d'être viable en tant qu'Etat indépendant"

L'avenir de la Catalogne, et celui de l'Espagne, est au cœur de l'actualité ces jeudi et vendredi. A 16 heures, le président régional de la Catalogne, Carles Puigdemont, doit prononcer un discours devant le Parlement catalan. On sait qu'il a refusé de se rendre devant le sénat à Madrid aujourd'hui. Il devrait s'exprimer au sujet des mesures que Madrid veut prendre pour mettre la région sous tutelle.

Le clan catalan est divisé quant à la suite à donner aux opérations: déclarer l'indépendance ou bien tenter d'éviter à tout prix cette mise sous tutelle voulue par Madrid en négociant. La région Catalogne est riche économiquement, mais serait-elle capable de s'assumer toute seule en tant qu'état indépendant? Elisenda Paluzie, professeur d'économie à l'université de Barcelone, était invitée dans Matin Première ce jeudi pour en parler.

La Catalogne représente un cinquième du PIB espagnol. Pour vous c'est clair, même indépendante, cette région peut vivre économiquement tout seule?

"Oui, la Catalogne a une taille économique un peu plus grande que la Finlande, un peu plus petite que le Danemark en ce qui concerne le PIB total. Pour ce qui est du PIB par personne, elle est un peu plus riche que l'Italie, un peu moins riche que la France. Il y a plein de pays en Europe d'une taille et d'un niveau de revenus similaires. [...] Les atouts économiques d'une région comme la Catalogne lui permettent parfaitement d'être viable en tant qu'Etat indépendant. Le problème, ce sont les coûts de la transition, c'est de quelle façon l'état espagnol est en train d'agir pour empêcher cette indépendance, et à court terme, quelles conséquences économiques ça peut avoir. Mais à moyen terme et à long terme, ce n'est pas un problème."

Est-ce que la Catalogne est suffisamment diversifiée pour pouvoir continuer avec cette économie-là ?

"La Catalogne est un peu plus industrielle que la moyenne européenne. L'industrie représente 20% de son PIB. La moyenne européenne c'est 18-19%. La Catalogne exporte énormément. En fait, en ce moment, de toute la production qui va ailleurs, il n'y a que 39% qui va dans le reste de l'Espagne et 61% va dans les marchés extérieurs, en Europe et ailleurs. Cette industrie ouverte à l'extérieur est une partie très importante du PIB catalan. Il y a aussi le tourisme qui pèse pas mal et les services, comme dans n'importe quelle économie moderne occidentale."

On voit pourtant que plusieurs entreprises ont déjà délocalisé leur siège, de toutes tailles depuis le début de l'instabilité. Vous ne craignez pas un tsunami?

"Il faut un peu relativiser. Il y a 600 000 entreprises en Catalogne, dont 300 000 qui ont leur siège social dans la région. Les 300 000 établissements, c'est-à-dire des filiales et des succursales d'entreprises d'ailleurs. Alors c'est un chiffre qui apparaît énorme, mais il faut un peu d'abord le relativiser. Il faut aussi comprendre que, pour l'instant, la seule chose qu'elles ont fait, c'est changer le siège social, ce qui coûte 80 euros et requiert seulement de chercher une adresse postale ailleurs, dans le reste de l'Espagne. Pour l'instant, elles n'ont bougé aucun travailleur. Il n’y a personne qui s'est déplacé. Le siège opérationnel reste en Catalogne."

Pourquoi font-elles cela?

"Il y a un peu un mélange de raisons. D'un côté, il y a des entreprises, surtout du secteur alimentaire, qui sont en train de subir un boycott en Espagne. Il y a des listes de Whatsapp qui circulent depuis deux mois, avec la liste d'entreprises catalanes, pour dire aux gens : 'Quand vous allez au supermarché, n'achetez pas de produits catalans'. Ce boycott est un peu stupide du point de vue économique, parce que ça fait mal aussi à l'économie espagnole."

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