Carlos Ghosn: les quatre inculpations que l'ex-patron de Renault-Nissan a voulu fuir

L’ancien patron de Renault-Nissan en fuite pour échapper à la justice japonaise. Assigné à résidence à Tokyo, Carlos Ghosn s’est échappé lundi 30 décembre pour rejoindre le Liban dont il possède la nationalité.

Carlos Ghosn fait l’objet de quatre inculpations. Les deux premières concernent des revenus différés non déclarés aux autorités boursières par Nissan. Les deux autres pour abus de confiance aggravé.

Carlos Ghosn avait été arrêté au Japon en novembre 2018. Son procès est prévu en 2020. L’ex-président de Renault et Nissan est accusé par la justice japonaise d’avoir dissimulé une partie de ses revenus au fisc et de s’être enrichi personnellement à hauteur de plusieurs millions d’euros par le biais de paiements à des intermédiaires au Moyen-Orient.
 

Les faits pour lesquels il est poursuivi

La dissimulation de revenus chez Nissan entre 2010 et 2015 et entre 2015 et 2018. C’est ce qui lui vaut les deux premiers chefs d’inculpation. Carlos Ghosn aurait minimisé, dans les rapports de Nissan remis aux autorités boursières, environ la moitié de ses revenus, soit 9,23 milliards de yens (74 millions d’euros) de 2010 à 2018.

L’abus de confiance aggravé. Ici aussi Carlos Ghosn est sous le coup de deux inculpations.

La justice le soupçonne d’avoir fait couvrir par Nissan "des pertes sur des investissements personnels" au moment de la crise financière d’octobre 2008, la somme incriminée s’élèverait à 1,85 milliard de yens (15 millions d’euros).
Pour résoudre ce problème financier, il aurait obtenu qu’un ami saoudien, Khaled Juffali, se porte garant. Il lui aurait ultérieurement versé de l’argent issu de la "réserve du PDG".

Mais Carlos Ghosn est aussi inculpé pour des transferts d’argent émanant de Nissan, à un distributeur de véhicules du constructeur à Oman. Au total, cinq millions de dollars ont été utilisés pour le bénéfice personnel de Ghosn, selon le bureau des procureurs. Des sources proches du dossier évoquent l’achat d’un yacht et des investissements dans un fonds contrôlé par son fils Anthony aux Etats-Unis, Shogun Investments LLC. Renault a transmis à la justice des éléments similaires, portant sur plusieurs millions d’euros de paiements suspects.

Au total, les soupçons de malversations financières pour lesquelles Carlos Ghosn est inculpé se montent à 87 millions d’euros.

Des points toujours en suspens

D’autres éléments posent question. On évoque une utilisation frauduleuse de fonds. Par exemple, des résidences de luxe à Beyrouth, Rio de Janeiro et Paris, achetées par l’intermédiaire de filiales basées aux Pays-Bas. Des résidences que Nissan aurait financées pour Carlos Ghosn, via sa filiale dédiée aux start-ups.

Et puis, il y a encore le soupçon d’emploi fictif avec le versement d’émoluments à une de ses sœurs (755.000 dollars de 2003 à 2016) pour des activités de conseil au sein d’un " Global donation advisory council " qui, d’après Nissan, n’a jamais existé.
 

Enquête en France

Enfin, en France, l’ancien président de Renault est sous le coup d’une enquête du parquet sur le financement de son mariage au château de Versailles.
Il est soupçonné d’avoir obtenu la location du Château de Versailles et du Grand Trianon pour l’organisation de son mariage en octobre 2016, une prestation évaluée à 50.000 euros, en contrepartie d’une convention de mécénat signée entre l’établissement public et la marque au losange.

Mais selon la presse française, Renault et Nissan s’intéressent également à un autre événement dans le même lieu prestigieux, le 9 mars 2014, jour du 60e anniversaire de Carlos Ghosn. Selon le carton d’invitation vu par l’AFP, envoyé via une adresse émail appelée " Alliance Versailles ", il s’agissait d’un dîner pour célébrer en grande pompe (menu concocté par le chef étoilé Alain Ducasse, tenue de gala, feu d’artifice) les 15 ans de l’Alliance Renault-Nissan, tombant le 27 mars. La facture de plus de 600.000 euros a été réglée par la société néerlandaise Renault-Nissan BV (RNBV) mais, parmi les 200 invités appelés à " une discrétion totale ", figuraient essentiellement des proches de Carlos Ghosn, et de la haute société du Liban. Seulement deux représentants des constructeurs étaient là, assure la même source.

Carlos Ghosn a également invité huit couples au Carnaval de Rio aux frais de Renault-Nissan en 2018. D’après L’Express, qui a révélé les faits en février dernier, tous les frais hors billets d’avion, soit 230.000 euros, ont d’abord été réglés par Nissan Brésil, puis refacturés à la filiale néerlandaise RNBV, que les deux constructeurs financent à parts égales. Les seize invités ont été logés à l’hôtel Hilton de Cobacana, au même titre que le couple Ghosn, et ils bénéficiaient d’un dispositif de sécurité drastique et forcément dispendieux. Interrogée par l’hebdomadaire, une proche de Ghosn expliquait alors que toutes les grandes entreprises françaises " organisent des événements de relations publiques ".

Carlos Ghosn dénonce un complot

L’homme d’affaires n’a eu de cesse de clamer son innocence et se dit victime d’un "complot". Ses avocats ont demandé en octobre au tribunal du district de Tokyo d’annuler les poursuites, accusant les procureurs et des représentants de Nissan de collusion dans le but "d’évincer" Carlos Ghosn et de l’empêcher de renforcer l’alliance avec Renault. Depuis le Liban, Carlos Ghosn affirme avoir fui le Japon pour le Liban, disant refuser d’être "otage d’un système judiciaire partial et où prévaut la présomption de culpabilité. Je n’ai pas fui la justice, je me suis libéré de l’injustice et de la persécution politique".

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