Canada: traversées coûteuses pour les réfugiés tamouls

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Les traversées vers le Canada apparaissent aux yeux des réfugiés tamouls comme bien organisées par des hommes mal identifiés mais illégales, dangereuses et coûteuses, a confié l'un d'entre eux à l'AFP.

Rencontré à Toronto et s'exprimant avec l'aisance d'un homme cultivé, ce réfugié arrivé en octobre dernier à Vancouver à bord du cargo Ocean Lady, a demandé l'anonymat, invoquant des procédures légales en cours pour obtenir le statut de réfugié au Canada.

Ainsi, il confirme avoir payé 40.000 dollars américains à un agent de voyage de Bangkok - qui n'était pas Tamoul et parlait un anglais incertain - pour son voyage depuis la Thaïlande.

Selon le ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, les organisateurs de la traversée de 492 réfugiés tamouls arrivés la semaine dernière sur la côte pacifique du Canada à bord d'un petit cargo auraient demandé jusqu'à 50.000 dollars canadiens à chaque passager, ce qui aurait rapporté près de 20 millions de dollars à ceux que les autorités canadiennes soupçonnent d'être les Tigres tamouls, une organisation séparatiste srilankaise reconnue comme terroriste par Ottawa.

Le bateau affrété, bon pour la ferraille

D'autant que le voyage ne semble pas avoir été coûteux à organiser. Selon une enquête en Thaïlande du quotidien canadien Globe and Mail, le cargo Sun Sea a été payé 175.000 dollars. Il était en fait destiné à la ferraille et sa traversée de l'océan semble avoir été un exploit comportant de grands risques.

"Nous avons payé beaucoup d'argent car notre voyage était illégal. S'il avait été légal, nous aurions payé bien moins", reconnaît l'ancien passager de l'Ocean Lady qui avait transporté 76 réfugiés tamouls.

Selon lui, certains migrants ont payé jusqu'à 50.000 voire 60.000 dollars à un agent de voyage de Bangkok, dont il dit ne pas savoir grand-chose.

"Je l'ai rencontré dans la capitale thaïlandaise. Il n'était pas Tamoul, il ne m'a pas parlé en tamoul. Il s'exprimait dans une sorte de mauvais anglais', a-t-il raconté.

Il est monté à bord en pleine nuit, sans connaître le nom du navire et ne l'a découvert qu'à l'arrivée un mois et demi plus tard.

Le cargo rouillé est parti d'un port thaïlandais pour atteindre la Colombie Britannique le 17 octobre 2009. Quelques jours auparavant, les passagers avaient frôlé la mort, a expliqué l'homme, le navire ayant été pris dans une grosse tempête.

"Le bateau tanguait dangereusement, de manière incontrôlée. Nous avons commencé à prier un seul Dieu, oubliant les différences religieuses, pour notre sécurité. Cette tempête a été la plus redoutable que nous ayons rencontrée, nous avons craint pour notre vie", a-t-il confié.

Les vivres ne manquaient pas à bord et les migrants s'alimentaient avec beaucoup de riz, des légumes, des nouilles instantanées, des biscuits et des gâteaux secs. Cependant, ils se sont retrouvés sans eau potable et ont dû récolter de l'eau de pluie pour boire.

"Nous ne pouvions aller nulle part demander de l'assistance parce que nous savions que notre voyage était illégal", a-t-il expliqué, tenant, pendant toute l'interview, sa photo de noces et celle de son unique enfant. Il l'a laissé au pays, ainsi que son épouse.

Sa décision de s'enfuir avait été motivée par la peur d'être tué parce qu'il était Tamoul et qu'il se battait pour les droits de l'Homme, dit-il.

Selon lui, environ 5000 personnes ont simplement disparu dans son pays natal depuis l'annonce par les autorités de Colombo en mai 2009 que les Tigres tamouls avaient été battus et que le conflit ethnique était terminé. Femmes et enfants sont toujours enlevés contre rançon et violés puis assassinés si elle n'est pas versée, affirme-t-il.


AFP

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