C'était il y a 75 ans : et si Paris avait brûlé ?

Le 24 août au soir, les premiers blindés alliés pénètrent à l’intérieur de Paris. C’est l’avant-garde de la deuxième division blindée du général Leclerc mais la plupart ne sont pas français : ces éclaireurs sont des républicains espagnols, qui ont combattu Franco, se sont réfugiés en France et se sont engagés par antifascisme auprès des forces françaises libres. Tout un symbole de ces nationalités variées qui combattent le nazisme : des Espagnols ont intégré une division française qui fait elle-même partie de l’armée américaine. Ce soir-là, les cloches des églises parisiennes sonneront à toute volée pour annoncer la Libération : le lendemain 25 août, les Alliés libèrent Paris et la plus grande partie de la garnison allemande se rend après des combats finalement limités. Tout est bien qui finit bien pour la Ville-Lumière ; elle l’a pourtant échappé belle.

" L’ennemi ne doit trouver à Paris qu’un champ de ruines "

Au début du mois d’août 1944, le front de Normandie s’effondre pour les Allemands. Pendant deux mois, ils avaient réussi à bloquer les Alliés dans un périmètre assez réduit mais le général Patton réussit à percer du côté d’Avranches, aux confins de la Bretagne et de la Normandie. Le 15 août a lieu un second débarquement allié, en Provence avec pour fer de lance la première armée française. Partout, les Allemands reculent mais Hitler ne veut rien entendre. Il ordonne de combattre sur la Seine et espère attirer les Alliés dans Paris pour les entraîner dans des combats de rue sanglants où les chars auront du mal à manœuvrer. Et si vraiment Paris est pris, alors il ne faut laisser que des cendres. Les ordres du führer sont clairs : miner les ponts, ce qui peut encore se comprendre au plan militaire mais aussi placer des explosifs sur les monuments les plus emblématiques de la capitale française : tour Eiffel, Opéra, Invalides etc. Si la plus belle prise de guerre du führer ne peut être conservée, autant la détruire… Pourtant Paris sera sauvé et on le doit sans doute à quatre hommes : deux Français, un Suédois et un Allemand.

Pourquoi Paris n’a pas brûlé…

La première personne qui joue un rôle déterminant, c’est le colonel Rol-Tanguy, le chef de la Résistance parisienne. Le 19 août il déclenche l’insurrection. Harcelés, les Allemands voient leur organisation perturbée par les résistants. Mais l’arme est à double tranchant car ils risquent d’être écrasés par l’armée allemande : à la guerre, le courage seul ne suffit pas. Mal armés et peu organisés, ils n’ont pas les moyens de tenir longtemps si les Alliés ne volent pas à leur secours. Un émissaire de la Résistance parvient à traverser les lignes et à joindre les généraux américains en leur demandant de venir d’urgence à leur secours. En attendant, ils perturbent les plans allemands de destruction de Paris.

La seconde personne qui permet de sauver paris, c’est le général Leclerc. Rallié de la première heure au général De Gaulle à Londres, il commande une division blindée française sous commandement américain. Il est prêt à désobéir et à foncer sur Paris. C’est qu’au départ, le plan américain prévoit de contourner Paris par le nord et par le sud pour éviter de se laisser entraîner dans des combats de rue. Mais l’insurrection parisienne et les appels à l’aide vont convaincre l’Etat-major américain de changer ses plans : Leclerc ne devra pas désobéir, il reçoit la mission de foncer sur Paris. Son avance rapide va empêcher les Allemands de procéder aux destructions.

Troisième personnage important : le consul suédois Raoul Nordling. En sa qualité de diplomate neutre, il parvient à négocier avec les officiers allemands. Et il tente de les persuader que résister dans Paris aux Alliés est sans espoir. Se rendre est pour eux la meilleure manière d’avoir la vie sauve, quitte à le faire après une résistance symbolique. Et que détruire Paris serait un crime pour lequel ils devraient un jour rendre des comptes. Le message porte auprès des officiers de l’armée allemande dont beaucoup considèrent que la guerre est perdue pour eux. Et qui sont d’autant plus sensibles à ce type de message que les SS sont peu nombreux dans Paris et que les prisonniers sont mieux traités par les Américains que par les Russes.

Quatrième personnage clé de notre histoire : le commandant allemand de Paris, le général Von Choltitz. Ce n’est pourtant pas un tendre : il a des responsabilités personnelles dans la destruction de Rotterdam ou de Sebastopol. Mais cette fois, il hésite. Pas question pour lui de désobéir au Führer mais il trouve les ordres reçus de plus en plus déconnectés de la réalité. Où sont donc les renforts promis ? Avec quoi peut-il réprimer l’insurrection ? Où trouver les moyens pour empêcher les Alliés d’entrer dans Paris ? Et surtout à quoi servirait, sur le plan militaire, de détruire les plus beaux monuments de la capitale française ? Et a-t-il vraiment envie d’être pour l’éternité le destructeur de la ville lumière ?

Conclusion : Von Choltitz hésite ; le consul Nordling l’influence ; le colonel Rol-Tanguy, en déclenchant l’insurrection, perturbe le dispositif allemand et la stratégie des Alliés et finalement, la furieuse envie de libérer Paris du général Leclerc fait le reste. Paris sort intacte de la seconde guerre mondiale et est aujourd’hui la ville qui accueille le plus de touristes au monde.

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