Burundi : qui va devenir le nouveau président ?

Burundi: qui va succéder au président sortant?
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Burundi: qui va succéder au président sortant? - © AFP

Le vote a commencé au Burundi. A travers le pays, 5 millions de personnes vont se rendre dans les différents bureaux de vote. Pas de confinement, pas de mesures spécifiques pour tenter de limiter la propagation du coronavirus.

Trois scrutins, dont un qui amènera au pouvoir un nouveau président. Deux candidats sur les six qui se présentent sortent réellement du lot.

Évariste Ndayishimiye, le dauphin

Il est présenté par son parti le CNDD-FDD comme l’héritier du président Pierre Nkurunziza, à la tête du pays depuis 2005. Autant dire qu'il est ultra favori pour le scrutin présidentiel. Les deux hommes sont issus de la rébellion hutu qui accéda au pouvoir suite à la guerre civile qui a ravagé le pays entre 1993 et 2006. C’est en janvier, que "Neva", c’est son surnom, a été désigné candidat.

Cet homme de 52 ans est l’un des piliers du système qui a verrouillé le pays depuis la crise de 2015. Pour rappel, cette crise a été déclenchée par la réélection de Pierre Nkurunziza pour un troisième mandat controversé. Le tout avait débouché sur des violences politiques qui ont fait au moins 1200 morts et se poursuivent toujours à l’heure actuelle.

Le général Ndayishimiye devient secrétaire général du parti au pouvoir en 2016. Il a plutôt prôné la tolérance politique et ne paraît pas avoir été directement impliqué dans des violations des droits de l’homme. Mais il ne les a pas empêchées non plus.

Sa désignation en tant que dauphin du président Nkurunziza serait en réalité le résultat de tractations entre le président sortant qui ne présente pas pour un quatrième mandat et un groupe de généraux issus de l’ancienne rébellion hutu qui contrôlent avec lui tous les leviers du pouvoir, selon une étude publiée récemment par l’Initiative pour les droits humains au Burundi.

L’actuel le chef de l’État aurait préféré un civil, Pascal Nyabenda, le président de l’Assemblée nationale, pour lui succéder. Mais il aurait cédé face à ces généraux déterminés à ce qu’un militaire reste au sommet du pouvoir. M. Ndayishimiye, qui ne fait pas partie de ce groupe de généraux, leur est donc redevable et pourrait avoir du mal à s’émanciper". "Il devra marcher sur une dangereuse corde raide dans les hautes sphères du parti au pouvoir" entre "des intérêts puissants et concurrents , note d’ailleurs l’Initiative.

Vu de l’étranger

Il est décrit par des personnes qui l’ont côtoyé comme "quelqu’un de simple, proche du peuple, plutôt tolérant, peu corrompu et ne s’inscrivant pas dans les schémas ethniques".

Son profil plutôt modéré pourrait a priori lui valoir une certaine bienveillance de la communauté internationale, de quoi sortir, peut-être, un peu le pays de son isolement actuel.

D’abord critique à l’égard de notre pays en tant qu’ancien colonisateur et de l’Union européenne en général, il se serait montré plus conciliant ces derniers temps.

Agathon Rwasa, l’opposant devenu trop populaire

Mais cette succession à la tête du pouvoir pourrait ne pas se dérouler aussi facilement que selon les plans imaginés par le président sortant. Un candidat de l’opposition, Agathon Rwasa est devenu de plus en plus populaire pendant la campagne. Une partie de la population n’admet plus la terreur et les répressions imposées par la milice du CNDD-FDD, les Imbonerakure.

C’est donc en assistant massivement aux meetings de l’opposant Agathon Rwasa et de son parti, le CNL, qu’une partie du pays a montré qu’elle aspirait désespérément à un changement de régime. Mais si la popularité de M. Rwasa est reconnue il reste une inconnue de taille.

Comment va se dérouler le scrutin ? Vu l’absence d’observateurs étrangers qui n’ont pas été admis par le pouvoir en place, on peut craindre des fraudes massives, alors que la population est si désireuse d’alternance au pouvoir qu’elle risque fort de ne pas accepter une éventuelle défaite de Rwasa. La crainte est donc bien réelle de voir le pays sombrer dans les pires violences.

Le désintérêt apparent de la communauté internationale pour ce petit pays, l’un des plus pauvre du monde, est évidemment encore plus frappant en pleine pandémie de coronavirus. Au risque peut-être d’assister de loin à une nouvelle tragédie.

 

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