Burundi: une commission pour identifier et juger les contestataires

Les manifestations contre un troisième mandat du président se poursuivent
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Les manifestations contre un troisième mandat du président se poursuivent - © SIMON MAINA - BELGAIMAGE

Plusieurs réseaux sociaux, dont Whatsapp et Twitter, étaient coupés mercredi sur les téléphones portables à Bujumbura, théâtre depuis dimanche de manifestations contre un troisième mandat du président Pierre Nkurunziza. Une commission a été créée mercredi au Burundi pour identifier et traduire "immédiatement" en justice les responsables des manifestations contre un troisième mandat du président Pierre Nkurunziza, qualifiées de "mouvement insurrectionnel", a annoncé le procureur général.

"Je viens de mettre sur pied une commission chargée de faire la lumière sur le mouvement insurrectionnel déclenché dimanche le 26 avril 2015", a annoncé à la presse Valentin Bagorikunda.

Elle aura "pour mission de mener une enquête judiciaire (...) afin d'identifier ses auteurs où qu'ils soient ou qui qu'ils soient, établir la part de responsabilité de chacun, qualifier les faits et les traduire immédiatement devant la juridiction compétente", a expliqué le procureur général du Burundi.

Cette commission, qui a un mois pour produire son rapport, est présidée par le premier substitut du procureur, Adolphe Manirakiza, à la tête de toutes enquêtes sensibles depuis des années.

Le Sénat a saisi la cour constitutionnelle

Le Sénat burundais a annoncé mercredi avoir saisi la Cour constitutionnelle au sujet de la légalité d'un nouveau mandat du président Pierre Nkurunziza, contestée par la société civile et l'opposition.

"Le Sénat a saisi mardi le 28 avril la Cour constitutionnelle pour une requête aux fins d'une action en interprétation des articles 96 et 302 de la Constitution", a déclaré à l'AFP Venant Barubike, secrétaire particulier du président du Sénat.

Ces articles, qu'opposants et partisans de Pierre Nkurunziza interprètent chacun à leur façon, sont au coeur de la controverse autour de la légalité d'un troisième mandat du président, au pouvoir depuis 2005.

Sans surprise, le parti au pouvoir (Cndd-FDD) a désigné samedi Pierre Nkurunziza comme son candidat à la présidentielle du 26 juin.

Cette décision a déclenché des manifestations dans la capitale Bujumbura, à l'appel de la société civile et d'une partie de l'opposition qui jugent un troisième mandat illégal.

Pierre Nkurunziza a été élu une première fois par le Parlement en 2005, dans le cadre d'un mécanisme de sortie de guerre civile (1993-2006) prévu par des accords d'Arusha de 2000. Il l'a été une deuxième fois au suffrage universel en 2010.

L'article (96) de la Constitution prévoit que le chef de l'État "est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une fois". Pierre Nkurunziza ayant été élu par le Parlement en 2005, son camp estime que le premier mandat ne compte pas.

Réseaux sociaux inaccessibles

Twitter, Facebook, Whatsapp notamment étaient inaccessibles via les réseaux de téléphonie mobile 3G, mais restaient accessibles sur l'internet fixe.

Un cadre d'une entreprise de télécoms a confirmé à l'AFP que l'Agence de régulation et de contrôle des télécoms (ARCT), régulateur du secteur, avait adressé une lettre aux opérateurs, assortie d'une liste de sites à suspendre. "L'ARCT nous a écrit hier (mardi) pour demander la suspension momentanée de plusieurs réseaux sociaux, notamment Whatsapp, Twitter, Facebook, Tango mais pas internet", a déclaré cette source. Cette procédure de suspension a été progressive au cours de la journée et devrait être totalement effective mercredi matin, a-t-elle ajouté. L'ARCT n'a apparemment pas donné de motif à cette suspension.

La désignation samedi par le parti présidentiel Cndd-FDD de Pierre Nkurunziza comme son candidat à la présidentielle du 26 juin a déclenché des manifestations dans la périphérie de la capitale Bujumbura, émaillées d'affrontements sporadiques avec les forces de l'ordre.

Au moins cinq personnes ont été tuées depuis dimanche dans les violences.

La police a jusqu'ici empêché les manifestants de quitter les quartiers périphériques de Bujumbura et de rejoindre le centre-ville, resté calme. Mais l'opposition, dont l'objectif est précisément de rallier le centre-ville, n'entend pas renoncer.

Pour enrayer les protestations, les autorités ont déjà aussi fermé la très populaire radio RPA.

RTBF

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