Burundi: les "Princesses des enfants" s'inquiètent pour la paix

Maggy Barankitse
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Maggy Barankitse - © JOEL SAGET - BELGAIMAGE

L’une accumule les distinctions honorifiques dans son combat pour les enfants. L’autre est une princesse qui vit dans l’ombre depuis la fin de la Monarchie au Burundi. Son grand père était le dernier roi du Burundi, Mwambutsa IV, et son oncle n’était autre que le Prince Rwagasore, le tout premier Premier ministre du Burundi décolonisé. Maggy Barankitse et Aline Ndenzako travaillent désormais main dans la main.

Aline est devenue la vice-présidente de la Maison Shalom, une fondation créée par Maggy pour accueillir les enfants orphelins, Hutus et Tutsis, dont les parents ont été tués au cours des conflits multiethniques, mais aussi les enfants maltraités, victimes de viols, atteints du sida, des enfants soldats ou sortis de prison. A la maison Shalom, ces enfants retrouvent de l’amour, une nouvelle famille, vont à l’école, apprennent un métier. A Ruygi, la ville de Maggy, la Maison Shalom a essaimé et ouvert une série d’infrastructures permettant aux jeunes de devenir autonomes : deux hôtels, une ferme, un cinéma, une bibliothèque, une boulangerie,un garage,un salon de coiffure une maternité, un hôpital de référence pour toute la région.

Mais aujourd’hui Maggy et Aline sont inquiètes des bruits de bottes qui résonnent au Burundi, à un an des élections présidentielles.

Un document confidentiel de l’ONU accuse le gouvernement d’avoir distribué, en janvier, des armes aux membres du mouvement des jeunes du parti au pouvoir, le CNDD-FDD.

Un défenseur des droits de l’homme respecté, Pierre-Claver Mbonimpa a été arrêté, les medias indépendants sont mis sous pression. La communauté internationale s’inquiète d’un scénario à la rwandaise, dans ce pays qui revient de loin, et où les Tutsis et les Hutus vivent aujourdhui en parfaite harmonie.

A la question de savoir quel  est le message qu'elles veulent porter à la communauté internationale , Maggy Barankitse sourit,éternelle optimiste.

"Quand j’ai commencé à recueillir ces enfants victimes d’une guerre fratricide, le rêve c’était de créer une nouvelle génération qui oserait casser ce cycle de violences. Alors pour moi ce serait un échec que pendant ces 20 ans où j’ai donné tant d’espoir à ces enfants, que tout ce travail de paix et de réconciliation tout cela s’écroule. La moitié d’entre eux sont devenus mes collègues dans la Maison Shalom. Nous avons le devoir de dire à ceux qui veulent encore que le Burundi retombe dans la guerre, " non, ce serait trop ". Je vois qu’on organise des jeunes, que l’on profite de leur mal-être, de leur manque de travail. Moi, ce que je vais faire, puisque je ne veux pas me mettre à râler, je vais me mettre au travail, et chercher les personnes de bonne volonté qui ne veulent pas que cela se reproduise au burundi. Mon devoir, c’est d’aller, comme un prophète, dire qu’il y a des choses qui ne vont pas, même si je dérange."

Aline Ndenzako vit en grande partie à Londres. mais elle suit de très près ce qui se passe dans son pays.

"Il faut que le gouvernement comprenne qu’il se grandirait en acceptant une opposition valable, parce que sans opposition, ce ne sera qu’un gouvernement totalitaire comme on en a connu. Mais ils ont la chance d’avoir une opposition en face. Alors, qu’ils s’asseyent à la même table, et qu’ils discutent. Ensuite (lors des élections ndlr) , nous les Burundais, on choisira. L’opinion publique est mûre, les radios indépendantes ont fait un travail extraordinaire de vulgarisation de la politique, les Burundais comprennent ce que cela veut dire d’aller voter."

Seins nus et sacs verts

Les deux femmes ont bien sûr entendu parler des allégations de distribution d’armes par le pouvoir aux milices Imbonerakure, les membres de la ligue des jeunes du parti au pouvoir. Elles s'en inquiètent.

"Cela m’inquiète pour ceux qui gouvernent et veulent se maintenir au pouvoir", explique Aline. "Mais vous savez, qui a prévenu la communauté internationale et l’ONU de la distribution de ces armes ? C’est la population elle-même ! Qui ne veut plus de cette violence ! Moi je m’inquiète de cette prolifération d’armes, mais le pouvoir devrait aussi s’en méfier : ces armes pourraient se retourner contre lui !"

Heureusement, en 20 ans,la population burundaise a développé des anti-corps contre la violence inter-ethnique

"Elle fait preuve d’une incroyable ingéniosité, d’une grande créativité, sourit Aline. Par exemple, apres l’arrestation de Pierre Claver Mbonimpa, les radios indépendantes ont appelé a se présenter chaque vendredi midi au centre de Bujumbura, habillés de vert, et de klaxonner pendant 10 minutes. Apres le premier vendredi, le pouvoir a interdit la vente de tissus verts. Eh bien, les gens ont utilisé des sacs poubelles verts, qu’ils ont taillé en chasuble, pour défiler et réclamer la libération de Pierre-Claver. Ils ont compris une chose : on peut arrêter une personne, ou dix, ou cent, mais on ne peut pas mettre toute la population burundaise en prison !"

Maggy Barankitse revient sur la réaction des vendeuses de légumes de Bujumbura, après l'incendie du Marché central de la capitale au début de l'année.

"Quand le marché central de Bujumbura a brulé, les paysannes ont perdu leur gagne pain. Alors elles se sont dispersées sur les trottoirs pour vendre leurs léguemes. Et la police a tenté de les chasser. Alors elles se sont mises ensemble, et ont menacé de se dénuder si on les chassait ! La police a abandonné. Au Burundi, une maman qui se dénude, c’est la honte pour toute la communauté. Ces femmes ont compris qu’en se mettant ensemble , elles étaient plus fortes !
Vous savez, 98% des Burundais vivent de l’agriculture, sur les collines, Hutus et tutsi ensemble, ils n’ont aucun problème. Ce qu’ils veulent, c’est que leurs enfants puissent manger, puissent se faire soigner, puissent aller à l’école, c’est tout ce qu’ils désirent. Bien sûr, vu leur pauvreté, on peut très bien les manipuler. Mais les Burundais de la base savent très bien ce qu’ils veulent. Ce qu’ils veulent, c’est la paix."

Francoise Wallemacq

 

 

 

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