Burundi: le défenseur des droits de l'Homme arrêté a été libéré

Le défenseur des droits de l'Homme Pierre-Claver Mbonimpa "vient d'être relâché par les services de renseignements cet après-midi", a déclaré Me Armel Nyongere.

Selon son autre avocat Me Antoine Nzobandora, il a été arrêté par les services de renseignements pour "participation à un mouvement insurrectionnel". Il n'a pas été en mesure de préciser si le militant avait ou non été inculpé.

Pierre-Claver Mbonimpa, qui souffre d'hypertension et de diabète notamment, a été éprouvé par les conditions de sa détention mais pas violenté, a-t-il ajouté. Selon Me Nzobandora, le militant n'a pas eu accès à ses médicaments, ni à de la nourriture, avant 22h00 lundi soir.

Le porte-parole du Service national de renseignement (SNR) avait confirmé lundi soir l'arrestation par cet organisme du militant.

Le militant avait été arrêté sans mandat "dans une procédure de flagrance car il était en train d'appeler la population à l'insurrection", dans une émission de radio en direct, avait précisé un haut cadre des services de renseignement.

La RPA, radio indépendante la plus écoutée du pays, était toujours muette après avoir été fermée lundi car accusée de relayer les appels à manifester.

Un mandat d'arrêt a par ailleurs été émis contre Vital Nshimirimana, le principal organisateur au sein de la société civile de la campagne anti-Nkurunziza, passé dans la clandestinité mais qui, dans un entretien téléphonique à l'AFP, a promis de poursuivre le mouvement.

Le président persiste

La fermeture de la RPA et l'arrestation de cette figure de la société civile, aux avant-poste de la contestation, risquent de faire monter encore d'un cran la colère des manifestants. Ils protestent depuis dimanche contre la désignation samedi, par le parti au pouvoir (Cndd-FDD), de Pierre Nkurunziza candidat à la présidentielle prévue le 26 juin.

Une candidature pour un troisième mandat que la société civile et l'opposition estiment inconstitutionnelle, la loi fondamentale du Burundi limitant à deux le nombre de mandats présidentiels.

Mais le camp de Pierre Nkurunziza assure que son premier mandat (2005-2010), en tant que premier président post-transition élu par le Parlement et non au suffrage direct, tombe sous le coup d'une disposition particulière et n'entre pas en ligne de compte dans la limitation. Le président a par ailleurs annoncé mardi qu'il ne "reculera pas" devant les manifestants.

"Nous ne partirons pas d'ici"

Lundi, l'annonce de la fermeture de la radio et l'arrestation de Pierre-Claver Mbonimpa ont provoqué des heurts dans le quartier périphérique de Musaga, dans le sud de Bujumbura, où des jeunes ont affronté la police à jets de pierre, auxquels répondaient des tirs de grenades lacrymogènes et assourdissantes, et parfois des tirs d'intimidation à balles réelles.

Au moins un policier a été blessé, ont constaté des journalistes de l'AFP et un manifestant touché par balle, selon un ambulancier. Plusieurs personnes ont été arrêtées.

Les jeunes du quartier ont joué plusieurs heures durant au chat et à la souris avec la police, disparaissant dans les ruelles adjacentes à chaque charge de la police, appuyée par un canon à eau monté sur un camion.

"Nous ne partirons pas d'ici, tant que" M. Nkurunziza ne renoncera pas à se présenter, a assuré Thierry, musicien de 29 ans. "En plus maintenant ils ferment les radios", a-t-il souligné en référence à la coupure du signal de la RPA (Radio publique africaine). "Ce ne sont que des voyous qui cherchent à provoquer le désordre", a pour sa part expliqué un officier de police à l'AFP.

Dans la matinée lundi, dans le quartier de Cibitoke, un déploiement massif de police avait empêché les jeunes de descendre vers le centre de la capitale burundaise, déserte toute la journée, où de nombreux magasins et entreprises sont restés fermés.

L'Union européenne demande le retour au calme

L'Union européenne a dénoncé "l'intimidation et la violence" au Burundi, demandant aux autorités de "garantir l'exercice pacifique des droits civils et politiques".

"L'intimidation et la violence, les morts et blessés, l'arrestation de défenseurs de droits de l'Homme et la restriction des médias, le flux de réfugiés vers des pays voisins n'ont pas leur place dans un processus électoral", a affirmé un porte-parole du service diplomatique de l'UE.

"Nous appelons tous les acteurs burundais à la retenue, tout en soulignant qu'il revient aux autorités de garantir l'exercice pacifique des droits civils et politiques, y compris le droit de manifestation et d'expression pour tous les acteurs politiques ainsi que pour la société civile et les médias".

 

AFP

Newsletter RTBF Info - Afrique

Chaque semaine, recevez l’essentiel de l'actualité sur le thème de l'Afrique. Toutes les infos du continent africain bientôt dans votre boîte de réception.

OK