Burundi : les citoyens bravent le coronavirus et votent ce mercredi

Malgré le coronavirus, la campagne présidentielle a rassemblé les foules.
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Malgré le coronavirus, la campagne présidentielle a rassemblé les foules. - © AFP

Le Burundi organise ce mercredi des élections générales sous tension et en dépit de l’épidémie de Covid-19 qui s’annonce comme le premier vrai défi du futur nouveau président. Le sortant Pierre Nkurunziza, au pouvoir depuis 2005, ayant décidé de passer la main. Quelque 5,1 millions de Burundais sont appelés à choisir leur président, députés et conseillers communaux. Les bureaux de vote seront ouverts dès 6h00 GMT jusque 16h00.

Le petit pays d’Afrique des Grands Lacs et ses 11 millions d’habitants tentent de sortir d’une crise politique meurtrière née de la candidature controversée du président Nkurunziza à un troisième mandat en avril 2015.

Elections coûte que coûte

Contrairement à l’Éthiopie qui a repoussé ses élections d’août en raison du Covid-19, le Burundi a décidé de les maintenir coûte que coûte, à l’instar d’autres pays sur le continent (Mali, Bénin, Malawi).

Le Burundi, dont le gouvernement assurait qu’il était protégé par la "grâce divine", a pour l’heure officiellement recensé 42 cas positifs, dont un décès. Mais les autorités sont accusées par des médecins et l’opposition de cacher des cas de Covid-19, en les attribuant à d’autres maladies comme la pneumonie.

Conseillers de l’OMS expulsés

Le Burundi n’a pas imposé le confinement de la population, au contraire de son voisin rwandais, et la campagne électorale a mobilisé des foules nombreuses, avec pour toute mesure de prévention quelques seaux d’eau et du savon. Le gouvernement a même ordonné, sans donné d’explications, l’expulsion des quatre principaux experts de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) chargés de le conseiller sur l’épidémie, qui ont quitté le pays ce samedi.

Cinq ans de crise politique

Le pays, qui pourrait faire face à une crise sanitaire majeure, s’apprête à tourner la page Nkurunziza, dont les dernières années au pouvoir ont été marquées par des violations massives des droits humains qui ont fait au moins 1200 morts, selon un bilan de l’ONU arrêté en 2017, et poussé à l’exil quelque 400.000 personnes au plus fort de la crise.

Ces violences sont imputées par l’ONU et les ONG de défense des droits de l’homme aux Imbonerakure, membres de la ligue des jeunes du parti au pouvoir (CNDD-FDD) mais aussi au redouté Service national de renseignement, à la police et dans une moindre mesure à l’armée. Nkurunziza avait surpris en annonçant en juin 2018 qu’il ne se présenterait pas à sa succession, alors que la nouvelle Constitution tout juste adoptée par référendum le lui permettait.

Le dauphin de Nkurunziza

Le régime s’est donc choisi fin janvier un nouveau visage, le général Évariste Ndayishimiye pour porter ses couleurs à la présidentielle. Homme du sérail a priori moins dur que son mentor Nkurunziza, dont il est présenté comme l'"Héritier", Ndayishimiye, 52 ans, est favori du scrutin de mercredi au regard de la toute puissance du parti au pouvoir.


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En tant que secrétaire général du parti au pouvoir, depuis 2016, Ndayishimiye, surnommé Neva, a plutôt prôné la tolérance politique et ne paraît pas avoir été directement impliqué dans des violations des droits de l’homme. Mais il n’a pas empêché non plus les abus.

La campagne a, par ailleurs, été âpre et son principal rival parmi les six autres candidats, Agathon Rwasa, a mobilisé les foules. Rwasa est issu du plus ancien mouvement rebelle du pays (Palipehutu-FNL) dont il prit la tête au début des années 2000 et qui fut l’un des deux principaux groupes rebelles pendant la guerre civile burundaise (1993-2006) ayant opposé des rebelles hutu à l’armée, dominée par la minorité tutsi, et fait plus de 300.000 morts.

Aux yeux de la population hutu, qui représente 85% de la population, Rwasa a autant de légitimité à briguer la présidence que les chefs de l’ancienne autre rébellion, le CNDD-FDD, dont fait partie le général Ndayishimiye.

Campagne sous le signe des violences

La campagne a été marquée par des violences dont s’est "alarmée" l’ONU, notamment des affrontements entre membres de partis rivaux et des arrestations d’opposants.

Le scrutin, qui sera arbitré par une commission électorale accusée par l’opposition d’être acquise au pouvoir, va se dérouler à huis clos, le gouvernement ayant rejeté toute mission d’observation de l’ONU ou de l’Union africaine, qu’il accuse d’être proches de son opposition.


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Le futur président aura fort à faire pour redresser une économie minée par la crise et que l’épidémie de Covid-19 vient encore affaiblir.

La Belgique a administré le Burundi, ex-colonie allemande, sous le régime de la tutelle de la Société des Nations (SDN) puis du mandat de l’ONU jusqu’à l’indépendance, le 1er juillet 1962.

Le Burundi, dont l’histoire est jalonnée de violences ethniques, est classé parmi les trois pays les plus pauvres au monde selon la Banque mondiale, qui estime que 75% de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté, contre 65% à l’arrivée au pouvoir de Nkurunziza en 2005. Le taux de chômage des jeunes est de 65% selon la Banque africaine de développement (BAD), et six enfants sur dix présentent un retard de la croissance à cause de la malnutrition.

Ndayishimiye en est semble-t-il conscient, lui qui a axé sa campagne sur l’éradication de la pauvreté et le développement du pays.

Meeting du parti d'opposition CNL à Gitega, le 17 mai