Coup d'Etat au Burundi: D. Reynders annonce des mesures pour les Belges

Des manifestants rassemblés au centre de Bujumbura, la capitale burundaise, ce mercredi 13 mai
Des manifestants rassemblés au centre de Bujumbura, la capitale burundaise, ce mercredi 13 mai - © JF Bastin/RTBF

Le général burundais Godefroid Niyombare a annoncé ce mercredi, sur une radio privée, la destitution du président Nkurunziza et décrété la fermeture des frontières. Les militaires putschistes ont déclaré qu'ils ne reconnaissaient plus l'autorité du président. Un chef d'Etat dont l'annonce d'une candidature à un troisième mandat est la source d'une grave crise politique dans le pays. Mais ce dernier réplique que la situation est sous contrôle et que le coup d'Etat a échoué.

En milieu de journée, des soldats ont encerclé le siège de la radio-télévision publique et les voies accès au bâtiment ont été coupées. "Le président Pierre Nkurunziza est destitué de ses fonctions, le gouvernement est dissous", a alors annoncé, sur les ondes d'une radio privée, le général Niyombare, limogé en février par le chef de l'Etat après lui avoir déconseillé de briguer un troisième mandat jugé inconstitutionnel par ses adversaires. "Il est institué un comité pour le rétablissement de la concorde nationale, temporaire et ayant pour mission entres autres le rétablissement de l'unité nationale" et "la reprise du processus électoral dans un climat serein et équitable", a ajouté le général Niyombare, précisant qu'il prenait la tête dudit comité, sans en préciser ses membres.

Qui est le général Niyombare?

Il s'agit d'un (ancien) ami et compagnon d'armes de longue date de Pierre Nkurunziza au sein des forces du Cndd-FDD, devenu le parti au pouvoir depuis la fin de la guerre civile qui a ensanglanté le pays entre 1993 et 2006). Le général Niyombare est, dans son pays, une personnalité connue et assez populaire.

Après la guerre, il était devenu chef d'état-major adjoint, puis chef d'état-major de l'armée burundaise. Nommé en décembre 2014 à la tête du Service national de renseignements (SNR), il avait été limogé moins de trois mois plus tard suite à son désaccord avec le chef de l'Etat.

Fermeture des frontières alors que le président Nkurunziza est en Tanzanie

Un témoin sur place, à proximité du siège de la RTNB (Radio Télévision nationale burundaise) nous a indiqué que des "tirs" se sont fait entendre. Selon le site d'informations burundais iwacu, c'est "au passage au niveau de la Cathédrale Regina Mundi, (que la) colonne (de militaires) a essuyé des tirs de la part des policiers postés en face des Bureaux du SNR (les services de renseignements burundais) non loin de l’Etat-major". "Quand cette colonne a essuyé des tirs, un véhicule blindé a riposté à coup de mitrailleuse. Il y aurait eu des morts et des blessés. Au centre ville, plus aucun policier ne circule", explique encore le site. 

Peu après 17h00, le général putschiste a ordonné la fermeture des frontières et de l'aéroport de Bujumbura ce alors que le président Nkurunziza venait d'annoncer son attention de rejoindre Bujumbura en avion. Le président Nkurunziza se trouvait à Dar es Salaam, en Tanzanie, ce mercredi pour un Sommet des chefs d'Etat de la Communauté Est-africaine (EAC: Burundi, Kenya, Ouganda, Rwanda, Tanzanie) justement pour discuter de la crise au Burundi.

Scènes de liesse à Bujumbura

Plusieurs témoins à Bujumbura évoquent "des milliers" de manifestants, en liesse, venus exprimer leur soutien aux putschistes. La tension était pourtant à son comble ce mercredi mais, si la situation n'est pas encore très claire, elle paraît à tout le moins relativement calme selon des contacts que nous avons sur place. "Pour le moment, il n'est pas question d'évacuation des expatriés, ces derniers ne sont pas menacés, l'alerte est au niveau zéro", nous précise d'ailleurs l'un d'entre eux. 

D. Reynders appelle annonce des mesures pour les Belges

Le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, a appelé mercredi "l'ensemble des acteurs" de la crise burundaise à la retenue.

M. Reynders a dit souhaiter un "retour à une application correcte" des accords de paix d'Arusha (Tanzanie) signés en 2000 et qui ont mis fin à une longue guerre civile, tout en interdisant à tout chef de l'Etat d'effectuer plus de deux mandats.

Les Affaires étrangères ont ainsi ouvert une ligne téléphonique spéciale pour fournir des informations aux familles de Belges séjournant au Burundi (02/501.40.01) alors que les équipes de protection de l'ambassade de Belgique à Bujumbura ont été renforcées avec l'aide du ministère de la Défense - mais pas dans les proportions évoquées mercredi par le journal 'Het Belang van Limburg', qui faisait état de l'envoi de "dizaines de (membres des) forces spéciales".

"On examine avec les autres départements (ministériels) quelles sont les mesures éventuelles d'urgence à prendre", a ajouté le chef de la diplomatie belge.

"Les prochains  vols -  à partir de vendredi - feront l'objet d'une décisions qui sera prise au fur et à mesure en concertation par Brussels Airlines".

La presse internationale est sur place

Une journaliste de RFI évoque, les manifestants qui se rassemblent à proximité du siège de la radio nationale en ces mots pour confirmer que les militaires ne répriment pas les manifestations de joie:

D'après un autre journaliste sur place, la radio RPA, fermée sous la présidence de Pierre Nkurunziza, a été rouverte et a recommencé à émettre sans que les militaires ne bronchent. Ce qui pourrait indiquer que l'armée a choisi son camp, à savoir, celui des manifestants.

La situation "sous contrôle" selon la présidence

Mais le compte officiel de la présidence burundaise a, de son côté, affirmé que la tentative de coup d'Etat avait échoué et que la situation était sous contrôle. Ce qui va à l'encontre des témoignages qui nous parviennent jusqu'ici. 

La présidence a diffusé un communiqué via les réseaux sociaux affirmant "qu’un groupe de militaires s’est mutiné ce matin et à fait une déclaration fantaisiste de coup d’état. La Présidence de la République annonce à l’opinion tant nationale qu’internationale que cette tentative de coup d’état a été déjouée et que ces gens, qui ont lu ce communiqué de coup d’état via des radios locales privées sont recherchés par les forces de défense et de sécurité afin qu’ils soient traduits en justice. La Présidence de la République demande à la population burundaise et aux étrangers vivant au Burundi de garder le calme et la sérénité. Tout est mis en œuvre afin que la sécurité sur tout le territoire national soit maintenue".

 

En outre, un journaliste du Monde évoque d'importants renforts militaires dans le centre de la capitale, sans que l'on puisse savoir qui dans l'armée, se range du côté des putschistes et qui reste loyal au président Nkurunziza.

Les manifestants avaient réussi à se rendre au centre-ville

La police avait déjà utilisé mercredi des gaz lacrymogènes et des tirs de sommation pour disperser quelque 300 manifestants opposés à un troisième mandat du président burundais Pierre Nkurunziza, rassemblés au cœur de la capitale Bujumbura, selon un journaliste de l'AFP. C'était alors la première fois depuis le début de la contestation, le 26 avril, qu'un groupe de manifestants parvient à se rassembler sur la place de l'Indépendance, en plein centre-ville. Toute la matinée, la police avait tenté d'empêcher des petits groupes de manifestants de se regrouper dans le centre.

Le pays sous tension depuis le 26 avril

Depuis le 26 avril, la police bloque les protestataires dans les quartiers périphériques de la capitale pour les empêcher de converger vers le centre de Bujumbura et s'y rassembler.

Mercredi matin, une centaine de femmes, dont des jeunes filles, s'était rassemblées pour un sit-in dans le centre de la capitale mais avaient été rapidement dispersées à coups de gaz lacrymogènes. Quelques centaines de jeunes avaient également été dispersés, à coups de gaz lacrymogènes et de tirs de sommation, alors qu'ils arrivaient à 50 mètres environ d'un des axes majeurs de la ville menant à la présidence.

Des images d'incidents opposants des policiers, dont une fonctionnaire de police particulièrement malmenée par les protestataires a également circulé ce lundi et illustre la tension et la violence qui semble s'accroître entre les différents acteurs de cette crise politique.

La police a également empêché toute la matinée tout regroupement près de l'ancien marché central de la capitale, où tentaient de converger des petits groupes, et interdit la circulation des piétons sur plusieurs grands axes du centre, selon le correspondant de l'AFP.

Les manifestations, interdites par les autorités, ont commencé le 26 avril dernier dans plusieurs quartiers de la banlieue de Bujumbura. Elles ont été déclenchées par la désignation du président Pierre Nkurunziza - élu en 2005 puis réélu en 2010 - comme candidat à la présidentielle du 26 juin prochain pour le compte de son parti, le Cndd-FDD.

Les opposants qui protestent contre ce possible troisième mandat le jugent inconstitutionnel, la Constitution burundaise limitant l'exercice de la présidence à deux mandats consécutifs. Mais la Cour constitutionnelle -aux ordres du pouvoir présidentiel selon ses adversaires-, a récemment estimé qu'un nouveau mandat de Pierre Nkurunziza serait conforme à la Constitution et a donc validé cette candidature.

@julienvlass

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