Burundi : la commission électorale appelle à la patience pour les résultats

Cette élection, qui s'est globalement déroulée dans le calme, marque la fin de l'ère Pierre Nkurunziza.
Cette élection, qui s'est globalement déroulée dans le calme, marque la fin de l'ère Pierre Nkurunziza. - © AFP

Le président de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) du Burundi a appelé jeudi la population à la patience pour la publication des résultats des élections générales de la veille, notamment une présidentielle disputée sans le sortant Pierre Nkurunziza, au pouvoir depuis 2005.

S'adressant aux gens qui "s'impatientent en attendant le résultat des élections", Pierre-Claver Kazihise a indiqué qu'après la fermeture des bureaux de vote mercredi après-midi, "il y a eu un comptage des voix au niveau des bureaux de vote et ce comptage est terminé", dans une interview accordée à des médias burundais. M. Kazihise a ajouté que les résultats des 14.655 bureaux répartis dans 3.807 centres de vote étaient en cours d'acheminement dans les centres de la commission répartis au niveau des 119 communes du pays.

Les chiffres intermédiaires ne démontrent rien du tout

"Cela va prendre du temps", a-t-il poursuivi, en expliquant que la Commission électorale entendait publier simultanément les résultats de élections présidentielle, législatives et communales. La proclamation de ces résultats devrait avoir lieu lundi ou mardi, avait-il réaffirmé mercredi. Le président de la Céni a également mis en garde contre la diffusion de résultats de certains bureaux de vote sur les réseaux sociaux. "Les chiffres intermédiaires des bureaux de vote ne démontrent rien du tout, ce sont les résultats officiels proclamés après le comptage au niveau de la commune qu'il faut communiquer à la population", a-t-il souligné.

Jeudi, les réseaux sociaux les plus populaires au Burundi étaient toujours inaccessibles, sauf pour les utilisateurs ayant recours à un réseau virtuel privé (VPN).

Cette élection, qui s'est globalement déroulée dans le calme, marque la fin de l'ère Pierre Nkurunziza.

Sa candidature à un troisième mandat controversé en 2015 avait plongé son pays dans une grave crise politique, qui avait fait au moins 1.200 morts et poussé à l'exode 400.000 Burundais. La présidentielle, avec sept candidats en lice, a notamment mis aux prises le dauphin désigné de M. Nkurunziza et candidat du parti au pouvoir, le Conseil national pour la Défense de la Démocratie - Forces pour la Défense de la Démocratie (CNDD-FDD), le général Évariste Ndayishimiye, 52 ans, et le chef de l'opposition et président du Conseil national pour la Liberté (CNL), Agathon Rwasa, 56 ans.

Le parti de M. Rwasa a dénoncé des arrestations dans ses rangs ou des pressions à l'encontre de ses assesseurs ainsi que des fraudes, en particulier dans les provinces de Rumonge (sud-ouest) et Bujumbura-Rural (ouest).

Le porte-parole du ministère de la Sécurité publique, Pierre Nkurikiye, a pour sa part accusé les membres du CNL d'être responsables de "quelques incidents mineurs", dont "des tentatives de fraudes" qu'il a imputées à ce seul parti.

Une "gestion pacifiée" demande le ministre Goffin

Le ministre belge des Affaires étrangères, Philippe Goffin, a appelé jeudi, au lendemain d'élections présidentielle, législatives et communales au Burundi, les acteurs politiques burundais à oeuvrer à une "gestion pacifiée" de l'après-scrutin dans ce petit pays d'Afrique centrale.

"Nous saluons les efforts consentis par les citoyens burundais qui se sont résolument engagés, pour certains au prix de leur vie ou de leur intégrité physique, dans le processus électoral qui a mené au triple scrutin de ce 20 mai. Il s'agit d'une étape cruciale de la consolidation de la stabilité politique et institutionnelle du pays", a affirmé le chef de la diplomatie belge dans un communiqué.

"Nous exhortons tous les acteurs politiques à désamorcer systématiquement tout discours et toute action susceptible d'hypothéquer la bonne fin démocratique de ce processus électoral. Dans cette perspective, nous appelons ces mêmes acteurs à se concerter afin de créer les conditions d'une gestion pacifiée de la phase postélectorale qui respecte la volonté exprimée par l'électeur", a-t-il ajouté.

Selon M. Goffin (MR), ce processus électoral, mené à son bon terme, est aussi une occasion, à saisir, pour renforcer la relation entre le Burundi et la Belgique. "Nous réitérons notre ferme volonté de contribuer à une telle dynamique positive", souligne-t-il, alors que les relations entre Bruxelles et Bujumbura ont été souvent tendues sous le régime du président sortant Pierre Nkurunziza.

"Nous assurons à nouveau de notre soutien le peuple et le gouvernement du Burundi dans la consolidation d'une société pacifiée et inclusive, qui permettra de jeter les bases d'un avenir prospère", a conclu le ministre.

La Belgique a administré le Burundi, ex-colonie allemande, sous le régime de la tutelle de la Société des Nations (SDN) de 1922 à 1945, puis du mandat de l'ONU jusqu'à l'indépendance, le 1er juillet 1962.