Burundi: "Il y a un risque réel de massacres" sur une base ethnique

L'avocat Bernard Maingain
L'avocat Bernard Maingain - © RTBF

Risque de dérive génocidaire, débordement du conflit vers les pays voisins : l'avocat Bernard Maingain pointe les dangers que fait courir la situation au Burundi. Il appelle au respect de l’État de droit et surtout il demande que la communauté internationale agisse afin de provoquer des élections démocratiques.

Alors que la situation reste confuse au Burundi, où les putschistes ont annoncé ce vendredi leur reddition, l’avocat Bernard Maingain s’inquiète du respect de l’État de droit dans les prochaines heures : "Va-t-il y avoir une répression ? Les droits fondamentaux de la personne humaine seront-ils respectés ? Il y a aussi la problématique de la presse qui est aujourd’hui en grand danger puisque les radios ont été attaquées ces derniers jours".

Il se fait le porte-parole de la société civile burundaise : "La grande crainte est que le dialogue ne s’installe pas, que l’on aille vers des règlements de compte. On est dans une situation de grande angoisse au niveau de la population. La société civile avait accueilli les militaires de façon fraternelle parce qu’elle pensait que ces militaires voulaient le respect de la loi, c’est-à-dire des accords d’Arusha".

Les accords d’Arusha ont été conclus en 2000 et ont ouvert la voie à la fin de la guerre civile burundaise qui avait débuté en 1993. La Constitution actuelle est basée sur ces accords, qui ont posé les bases des institutions burundaises actuelles, en consacrant un système de partage du pouvoir entre Hutus et Tutsis. Elle limite clairement à deux le nombre de mandats qu'un président peut exercer.

Puisque la communauté internationale a condamné les militaires lorsqu’ils ont tenté de prendre le pouvoir, elle doit maintenant prendre "toutes ses responsabilités et veiller au respect de la loi : si des hommes et des femmes ont commis des infractions pénales, qu’ils soient jugés dans respect de la loi. Si des personnes ont effectivement armé les Imbonerakure (la ligue des jeunes du CNDD-FDD, le parti au pouvoir, ndlr) et ont mis en place un projet concernant les opposants, que des instructions pénales soient entamées et que les personnes concernées soient jugées", poursuit Bernard Maingain. "Il faut impérativement que la communauté internationale réunisse les acteurs politiques autour de la table afin de provoquer des élections démocratiques et le retour à la loi."

"Un risque réel de massacre"

Va-t-on vers un "nouveau Rwanda" ? Bernard Maingain croit qu’il "y a un risque réel de massacre. L’ethnicisation du conflit était un des éléments qui avait été utilisé dans les plans qui étaient en cours, selon les témoignages que j’ai reçus. Parce que, en ethnicisant le conflit, on raidissait tout ce qui se passait dans la région, et le clan malsain et terroriste qui règne autour de monsieur Nkurunziza avait la possibilité de présenter le président Nkurunziza comme une valeur refuge" (Pierre Nkurunziza est issu des Hutus, majoritaires au Burundi, ndlr).

Bernard Maingain pointe un autre risque : que le conflit burundais déborde le territoire du pays et prenne une dimension régionale : "J’ai été avisé d’un transfert d’armes par bateau, durant la nuit de vendredi à samedi, entre le Congo et le Burundi. Et je suis informé que les Imbonerakure ont été formé par des FDLR, c’est-à-dire des anciens de l’idéologie génocidaire hutue".

"S’il y a une dérive génocidaire, il y a un devoir juridique d’intervention de tous les États de la région et de la communauté internationale", conclut Bernard Maingain.

A.L. avec B. Henne

Et aussi

Newsletter RTBF Info - Afrique

Chaque semaine, recevez l’essentiel de l'actualité sur le thème de l'Afrique. Toutes les infos du continent africain bientôt dans votre boîte de réception.

OK