Burundi: des étudiants campent devant l'ambassade américaine

A Musaga, des femmes vendent leurs produits devant les barricades
A Musaga, des femmes vendent leurs produits devant les barricades - © SIMON MAINA - BELGAIMAGE

Plus de 500 étudiants burundais, chassés jeudi matin des résidences universitaires fermées par les autorités, campaient en début de soirée devant l'ambassade des Etats-Unis à Bujumbura, où ils sont venus demander "protection", a constaté un journaliste de l'AFP. Par ailleurs, un militaire a été tué par un officier du renseignement.

"Un officier du service de renseignement se trouvait à Musaga (un quartier de la capitale, ndlr) à un endroit où les manifestants ont établi une barricade. Il s'est senti menacé. Il a tiré et touché un soldat qui a été tué, et un civil qui est blessé au bras", a expliqué ce responsable.

Il a évoqué un "incident malheureux" survenu à l'occasion des manifestations en cours contre un troisième mandat du président Pierre Nkurunziza.

"Ce n'est pas un agent de la police qui est responsable de cet incident malheureux, c'est un officier des services secrets", a-t-il ajouté.

Serge, un manifestant qui était sur place, a expliqué à l'AFP que les protestataires avaient arrêté "une camionnette banalisée avec à l'intérieur un policier en tenue civile et trois autres en uniforme".

"Les gens ont crié, les occupants se sont mis à tirer et ont tué un soldat et blessé un civil", a-t-il ajouté.

Il a précisé que les quatre occupants avaient été arrêtés par les militaires et le véhicule incendié par les manifestants.

Depuis le début des manifestations dimanche, l'armée, respectée par la population, s'interpose entre contestataires et policiers pour tenter d'apaiser la situation.

La police a bloqué jusque-là les manifestants dans les quartiers périphériques et les empêche de converger vers le centre-ville où ils souhaitent se rassembler.

Des affrontements sporadiques opposent depuis dimanche protestataires et policiers, qui ont à plusieurs reprises ouvert le feu à balles réelles.

Au moins six manifestants ont été tués depuis dimanche et une cinquantaine ont été blessés, dont certains par balles, selon la Croix-Rouge burundaise.

Les agents du Service national de renseignement (SNR), directement rattaché à la présidence de la République, sont redoutés de la population et accusés par l'Onu d'exécutions extra-judiciaires et de torture.

Les étudiants forcés de partir

Les premiers étudiants sont arrivés dans la matinée devant les grilles de l'ambassade, dans le quartier de Kigobe, peu après avoir quitté leurs chambres universitaires sur ordre des autorités qui ont ordonné l'évacuation des résidences des campus "pour raison de sécurité".

"Comme le gouvernement nous a chassé des résidences universitaires en disant que c'est à cause de l'insécurité qui règne à Bujumbura et dans le pays (...), nous sommes venus ici pour demander la protection de l'ambassade des USA", a annoncé à l'AFP Ernest Niyungeko, un des représentants estudiantins.

"Nous allons rester ici jusqu'à ce que la sécurité revienne dans ce pays", a-t-il poursuivi. "Ici au moins on ne nous tire pas dessus, on ne nous lance pas des lacrymogènes", a expliqué le représentant des étudiants.

Selon de nombreux étudiants, la décision des autorités vise à les contraindre à rentrer dans leurs provinces d'origine, car le pouvoir les soupçonne de prendre part à l'actuelle contestation contre un éventuel troisième mandat du président Pierre Nkurunziza, marquée par des heurts depuis dimanche entre manifestants et policiers dans plusieurs quartiers de la capitale.

La police a réussi depuis dimanche à empêcher les protestataires de converger vers le centre de la capitale burundaise, mais peine à éteindre la colère et à faire cesser manifestations, barricades et heurts avec la police.

"L'ambassade nous a demandé de lui adresser une lettre pour expliquer ce que nous voulons et la liste des étudiants présents". Ces étudiants, jeunes hommes et femmes, étaient pour certains debout, d'autres assis à quelques mètres des murs d'enceinte de l'ambassade ultra-moderne et ultra-sécurisée des Etats-Unis à Bujumbura.

"On nous a chassé et nous n'avons pas où aller car il y a aussi de l'insécurité à l'intérieur du pays d'où la plupart d'entre nous proviennent, car les Imbonerakure menacent les étudiants", a expliqué Dick Étienne, un étudiant de la Faculté des Sciences appliquées originaire de Bururi, dans le sud du pays.

Les Imbonerakure sont les membres de la Ligue de jeunesse du parti au pouvoir. Le groupe, qualifié de "milice" par l'Onu, est accusé de multiplier les intimidations et exactions contre tous ceux qui s'opposent au pouvoir en place.

Washington menace

De leur côté, les Etats-Unis ont affirmé que des mesures "concrètes" seraient prises, dont des sanctions ciblées contre les responsables des violences, si les autorités refusent le dialogue.

"Nous espérons que les choses vont s'améliorer et non empirer. Nous espérons que les chances de dialogue seront saisies. Si tel n'était pas le cas, nous avons fait très clairement savoir qu'il y aurait des conséquences concrètes, pas simplement des déclarations, mais des conséquences que le gouvernement ressentira", a averti lors d'une conférence de presse le secrétaire d'Etat adjoint à la démocratie et droits de l'Homme, Tom Malinowski.

Tom Malinowski, qui a rencontré jeudi le président Nkurunziza ainsi que des responsables de l'opposition et de la société civile, en pointe dans la contestation actuelle, a notamment évoqué des "mesures ciblées contre ceux qui sont responsables de violences", refusant de nommer les personnalités qui pourraient être visées.

"Le Burundi est grandement dépendant de ses relations avec la communauté internationale", a-t-il rappelé, en référence à l'importante aide internationale dont bénéficie le pays, appelant les autorités à ne pas mettre ces liens "en péril".

Le haut diplomate américain a clairement critiqué les récentes décisions prises par le gouvernement pour tenter d'endiguer la contestation et lui a reproché d'être à l'origine de la radicalisation des manifestations.

"Les décisions prises par le gouvernement telles que la coupure de radios, des réseaux sociaux et autres, censées motivées par le souci de maintenir la stabilité, laissent craindre l'effet inverse", a-t-il souligné.

Belga

 

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