Burundi: 3 morts dans l'explosion de deux grenades dans la capitale

Burundi: 3 morts dans l'explosion de deux grenades dans la capitale
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Burundi: 3 morts dans l'explosion de deux grenades dans la capitale - © CARL DE SOUZA - AFP

Au lendemain d'une journée d'affrontements incessants, les manifestations contre un troisième mandat du président burundais Pierre Nkurunziza ont repris à un degré moindre vendredi matin à Bujumbura, où, fait nouveau, des contestataires s'en sont pris à du matériel électoral. Mais en début d'après-mi, ce vendredi, des milliers de manifestants se sont encore une fois rassemblés dans un quartier de la capitale. Début de soirée, la police a fait état de trois morts dans l'explosion de deux grenades en plein centre de Bujumbura.

"Deux grenades viennent d'exploser en plein centre-ville près de l'ancien marché central. Elles ont fait trois morts et plusieurs blessés, plus d'une dizaine probablement", a déclaré le général Godefroid Bizimana.

Peu après l'incident, deux corps étaient allongés côte à côte, recouverts de pagnes, et gisant au milieu des flaques de sang, a constaté un journaliste de l'AFP sur place. Les victimes sont apparemment des vendeuses de fruits et légumes, installées juste à proximité de l'ancien marché central. De nombreux policiers étaient présents sur les lieux de l'attaque.

"Ceux qui ont fait ça avaient l'intention de tuer, car les grenades ont été lancées au milieu de femmes qui vendaient des fruits, et alors qu'il y avait une grande foule", a estimé le général Bizimana.

"Cela s'est passé vers 19 heures, malheureusement on n'a pas pu arrêter les auteurs de cet attentat", a-t-il ajouté.

Le Burundi est plongé en pleine crise politique, alors que Bujumbura connaît depuis fin avril un vaste mouvement de contestation populaire contre le président Pierre Nkurunziza, qui est candidat à un troisième mandat à l'élection présidentielle du 26 juin.

Des manifestations ont lieu quasi-quotidiennement depuis lors, émaillées de nombreux heurts entre policiers et protestataires, et sont sévèrement réprimées, avec une vingtaine de morts en quatre semaines. La police fait largement usage de ses armes à feu pour disperser les manifestants, tirant en l'air mais également parfois à hauteur d'hommes.

Depuis le début du mouvement de contestation, plusieurs grenades ont été lancées par des inconnus, une fois sur des policiers dans le quartier de Kamenge, mais la plupart du temps plus pour terroriser que pour tuer.

C'est la première fois que des grenades sont jetées ainsi au milieu de la foule, et qu'on vise délibérément des civils. Vendredi, deux grenades ont été lancées par des inconnus sur des militaires dans le quartier contestataire de Musaga. Plusieurs soldats ont été blessés.

Manifestations dans un quartier de la capitale

Rassemblée sur l'une des principales avenues du quartier, la foule des manifestants en liesse avançait vers le quartier voisin de Ngagara, d'où militaires et policiers tentaient tant bien que mal, sous les jets de pierres, de les repousser en tirant en l'air. C'est l'un des rassemblements les plus importants depuis le début, le 26 avril, de la contestation populaire contre un troisième mandat du président Nkurunziza.

Après une nuit relativement calme, à peine perturbée par quelques tirs sporadiques, les manifestants tentaient de se remobiliser dans les quartiers périphériques de la capitale, habituels foyers de la contestation qui dure maintenant depuis presque un mois.

A Cibitoke, quelques dizaines de jeunes parcouraient la principale rue de Cibitoke (nord), par endroits jonchée de cailloux, au son strident de leurs sifflets.

Dans le quartier voisin de Mutakura, une centaine de contestataires faisaient de même : "On essaie de regrouper les gens, après on ira dans les quartiers voisins pour faire le nombre", a dit un manifestant. 

Un journaliste de l'AFP s'est vu refuser par la police l'entrée de Musaga (sud), où les affrontements sont particulièrement violents depuis mercredi. "C'est pour votre sécurité", a expliqué un policier, affirmant avoir reçu l'ordre d'interdire l'accès du quartier à la presse.

"Il y beaucoup de policiers dans la rue pour nous terroriser", a renchéri Steve, un manifestant. "Les regroupements ont commencé mais pour l'instant, il n'y a pas d'affrontements". Des policiers étaient postés à l'entrée des quartiers, où les barricades ont été retirées.

La journée de jeudi avait été marquée par de nombreux incidents un peu partout dans la capitale, à l'exception notable du centre-ville. Des groupes de jeunes ont affronté à coups de pierre les policiers, qui ripostaient à l'arme automatique, tirant en l'air et parfois à hauteur d'homme. Les policiers ont pénétré jusqu'au cœur des quartiers, pourchassant les manifestants dans les moindres petites ruelles, avec parfois des véritables scènes de guérilla urbaine.

Ces violences ont été particulièrement intenses dans les quartiers de Musaga et Kanyosha. Au moins deux manifestants ont été tués par balle, selon un bilan provisoire de la Croix rouge burundaise. 

Les protestataires espèrent faire renoncer le président Nkurunziza, au pouvoir depuis 2005, à briguer à un troisième mandat lors de la présidentielle du 26 juin. Ils jugent ce mandat anticonstitutionnel et contraire aux accords de réconciliation nationale d'Arusha qui avaient mis fin à la sanglante guerre civile (1993-2006, quelque 300 000 morts). Le camp présidentiel juge la démarche parfaitement légale.

Matériel électoral brûlé

A ce jour, la contestation reste essentiellement limitée à la capitale, ce qui fait dire au président Nkurunziza, exigeant la fin de cette "d'insurrection", que "la paix et la sécurité règnent sur 99,9% du territoire burundais".

Des manifestations ont aussi été signalées en province, mais de moindre ampleur et plus sporadiques. Depuis la fermeture des principales radio privées du pays, attaquées lors du putsch manqué contre le président Nkurunziza la semaine dernière, il est cependant très difficile de savoir ce qu'il se passe dans les zones rurales, l'information ne circulant plus.

A ce jour, près de 110 000 Burundais, fuyant la crise politique dans leur pays, ont trouvé refuge dans les pays voisins, dont 70 000 en Tanzanie. 

Des élections législatives et communales sont censées se tenir le 5 juin, et marqueront en théorie le début des élections générales, avec en point d'orgue la présidentielle du 26 juin. Prévues initialement le 26 mai, elles ont déjà été reportées d'une dizaine de jours sous la pression internationale.

Pour la première fois depuis le début de la contestation, des manifestants ont brûlé jeudi du matériel électoral pour ces scrutins législatifs et communaux de début juin, selon la Commission électorale burundaise (Céni).

L'incident a eu lieu dans la province de Bujumbura rural, dans les collines autour de la capitale.

"Les manifestants ont arrêté une voiture qui acheminait des isoloirs et des urnes (...), lors la foule s'en est pris à ce véhicule. Tout le matériel a été brûlé", selon la Céni, pour qui "c'est la première fois qu'un tel incident arrive".

Vendredi matin, Innocent Muhozi, patron de la radio-télévision Renaissance, s'est rendu à une convocation du parquet. Sa radio avait été, comme les autres principaux médias indépendants, attaquée par des pro-Nkurunziza lors du putsch manqué visant le président la semaine dernière. Le journaliste, qui a dit ignorer les raisons précises de sa convocation, était toujours entendu à la mi-journée.

Renaissance avait diffusé les messages des putschistes, comme les autres radios indépendantes, dont les patrons se cachent aujourd'hui, par crainte d'être arrêtés ou par peur des représailles des partisans du pouvoir.

 

AFP

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