Burkina Faso: "Nous n'avons que 3 mois d'autonomie alimentaire"

Moustapha Ouedraogo, s’occupe des greniers de sécurité alimentaire de la Coopérative Viim Baoré, à Koumbri.
12 images
Moustapha Ouedraogo, s’occupe des greniers de sécurité alimentaire de la Coopérative Viim Baoré, à Koumbri. - © Tous droits réservés

Au Burkina Faso, près de trois millions de personnes souffrent d'insécurité alimentaire. Les constats sont alarmants : dans le monde, près de 700 millions de personnes y sont confrontées. Cela touche surtout les petits paysans qui tentent de vivre de leur récolte. Cette année, leurs difficultés pour se nourrir seront encore plus grandes, à cause des faibles pluies. A partir de février, et pendant neuf mois, ces familles devront trouver des solutions pour se nourrir.

Reportage de Ghizlane Kounda.

Nous sommes à Koumbri, un village situé dans le nord du Burkina Faso, à une centaine de kilomètres de la bande du Sahel, tout près du Mali. Dans la région, les familles se regroupent pour cultiver un champ. Ensembles, elles tentent de vivre de leur production et de petit élevage. Au Burkina Faso, le secteur agricole occupe 80% de la population active. En majorité, il s’agit d’une agriculture de subsistance, soumise aux aléas climatiques.

Ouetraougo Mohamadi nous explique que la récolte est particulièrement mauvaise, cette année, à cause du manque de pluie. "On a récolté, deux charrettes, contre sept l’an dernier. Cela représente cinq sacs de 100 kg. Et avec une vingtaine de personnes à nourrir, cette production sera écoulée en trois mois".

Trois mois d’autonomie alimentaire, cela signifie que la période de soudure va commencer tôt, en Février et durera neuf mois. La période de soudure, c’est lorsque les familles ont fini de consommer ce qu’elles ont produit, et doivent trouver des solutions pour se nourrir.

Chocs climatiques

Au Burkina Faso, on estime que 3 millions de personnes sont confrontées à l’insécurité alimentaire. En cause : la pauvreté, la mauvaise fertilité des sols et la sécheresse. Avec le temps, Porgo Adama a constaté un changement climatique.

"Avant, il y avait des grandes pluies abondantes qui permettaient de boucler le cycle des cultures. Maintenant, les pluies, sont de plus en plus précoces et s’estompent rapidement. Avant, on avait des températures supportables. Maintenant, on a les deux extrêmes : soit excessivement chaud, ou alors très froid. Quand j’étais plus jeune, je n’osais même pas venir seul, ici. C’était la brousse, c’était très arboré, boisé. Et maintenant, regardez ! Il n’y a plus d’arbres, pas même de l’herbe. Donc oui, je vois le changement climatique".

Les Greniers de sécurité alimentaires nous sont bien utiles, à nous les femmes

Pour lutter contre l’insécurité alimentaire, l’Aide publique au développement (APD) soutient des centaines de programmes, comme des formations en agroécologie, la distribution de semences améliorées, des systèmes de micro-crédits ou encore les Greniers de sécurité alimentaire.

Les Greniers de sécurité alimentaire sont des magasins communautaires qui achètent, stockent et vendent des céréales et des produits alimentaires de base. La population cotise pour acheter ces produits, à crédit. Les prix sont accessibles grâce aux achats groupés. La Coopérative Viim Baoré permet de compléter les apports financiers des familles grâce au soutien des partenaires internationaux, notamment, les ONG belges, Broederlijk Delen et SOS Faim. Et là, le carnet de commande est plein.

Ce sont les femmes qui sont à l’origine de ces greniers de sécurité alimentaires. "Les Greniers de sécurité alimentaires nous sont bien utiles, à nous les femmes", lance satisfaite, Kindo Azeta, la vice-présidente des Greniers de sécurité alimentaire dans la région de Koumbri. "Le mil ici est accessible à tous, quels que soient les moyens. On peut remplir un bol, une petite boite de conserve, une demi tine, une tine, un sac…. C’est à la portée de tous… Ce n’est pas comme ça chez les commerçants. En période de soudure, ils refusent de vendre le mil au détail. Ils vendent au sac, sinon rien".

En dix ans, le nombre de Greniers de sécurité alimentaire de la Coopérative Viim Baoré a presque doublé. Aujourd’hui, il y en a plus de 450. On estime que 300 à 400.000 personnes en bénéficient.

A Ronga, dans le nord du pays, la Coopération belge soutient une Caisse de résilience, un système de micro-crédit qui permet de réduire la vulnérabilité des agriculteurs. 25 femmes en sont membres. Une fois par semaine, elles se réunissent pour cotiser et ensuite se faire des prêts, en vue de développer des activités génératrices de revenus, comme des petits commerces. Dans la région, 900 familles bénéficient de ce programme humanitaire.

A côté de ces programmes, la Coopération belge soutient Moablaou, dans le village de Nambe, une société d’aviculture qui produit des œufs de consommation en mode industriel. L'entreprise existe depuis 30 ans, mais depuis 2006, elle bénéficie du soutien de BIO (la Société d’investissement pour les pays en développement). ‘La Coopération Belge, à travers Bio nous a été d’un apport considérable’, commente Abou Simbel Ouattara, le directeur général. ‘Grâce au financement que nous avons eu, il faut préciser qu’il s’agit d’un prêt, nous avons doublé notre capacité. De 55 000 pondeuses, nous sommes arrivés à 110 000 pondeuses’. Résultats, aujourd’hui, la société emploi une centaine de personnes. Près de 1200 emplois indirects ont été créés, dont 800 occupés par des femmes, pour la commercialisation des produits.

Agriculture familiale vs agriculture entrepreneuriale 

La nouvelle note stratégique de la Coopération belge, en matière d’agriculture et de sécurité alimentaire, mise désormais sur l’agriculture entrepreneuriale pour sortir les paysans de l’agriculture de subsistance. Mais les ONG s’en inquiètent. Quelles balises seront mises en place pour éviter les dérives économiques, sociales et environnementales ? Que deviendront ces familles de paysans, si elles ne sont plus soutenues ? Finalement, quel modèle agricole adopter pour faire face à l’insécurité alimentaire ?

La question n’est pas simple, car il existe peu d'outils pour mesurer l'efficacité des systèmes agricoles entre eux, et puis, dans ce débat, "on a l'impression que les deux modèles s'opposent, parce qu'on a affaire à deux courants, chargés idéologiquement", commente Olivier de Schutter, ancien rapporteur spécial des nations-unies sur le droit à l’alimentation, "on a des représentations caricaturales des acteurs en présence : d’un côté, il y a l’idée romantique que l’agriculture paysanne, à faible usage d’intrants, sur des petites parcelles, va être une source d’épanouissement, tout en sous-estimant la lourdeur de la tâche, que cela représente au quotidien. D’un autre côté, il y a l’idée que le secteur privé concerne des grandes multinationales qui vont développer une agriculture à grande échelle. Alors qu’entre ces deux extrêmes, il y a toute une gamme de possibilités".

Pour Olivier de Schutter, l’agroécologie se présente comme une alternative à l’agriculture de subsistance et l’agriculture industrielle, car c’est une agriculture durable qui peut contribuer à la sécurité alimentaire.

Newsletter RTBF Info - Afrique

Chaque semaine, recevez l’essentiel de l'actualité sur le thème de l'Afrique. Toutes les infos du continent africain bientôt dans votre boîte de réception.

OK