Bruxelles: Amnesty International rebaptise la rue de l'ambassade saoudienne "avenue Jamal Khashoggi"

Ce mercredi, l'avenue Roosevelt à Bruxelles a été symboliquement rebaptisée "avenue Jamal Khashoggi" par des militants d'Amnesty international. Plusieurs plaques de rue au nom de Jamal Khashoggi et panneaux commémoratifs ont été installées devant et à proximité de l'ambassade.

Chroniqueur au Washington Post, le journaliste Jamal Khashoggi a été tué et démembré au consulat saoudien d'Istanbul le 2 octobre 2018, il y a un an. Son corps n'a jamais été retrouvé. Le royaume saoudien a traduit en justice plusieurs suspects.

La CIA et une experte de l'ONU ont mis en cause le prince héritier saoudien et homme fort du pays, Mohammed ben Salmane, qui dément avoir ordonné l'assassinat, même s'il admet en porter la responsabilité en tant que dirigeant du royaume. "Il a dit qu'il était responsable mais pas coupable, et un procès est en cours à l'encontre des 6 présumés responsables de ce crime, mais sans qu'il puisse y avoir d'examen par des ONG internationales, ou même des Nations-Unies. Les Nations-Unies ont demandé à pouvoir enquêter, mais n'ont pas pu entrer sur le territoire saoudien. Seuls quelques diplomates peuvent assister au procès. C'est un procès qui est symptomatique de ce qui se passe aujourd'hui en Arabie Saoudite : il s'agit d'un processus judiciaire qui est très obscur, où on peut arrêter des personnes pour des motifs qui ne sont pas nécessairement dans la loi. On peut les garder en détention parfois pendant des mois. Et on peut aussi faire pression sur eux pour qu'ils reconnaissent des peines, de telle sorte qu'on puisse les déclarer coupables de ce que l'on veut" explique Philippe Hensmans, directeur d'Amnesty international – Belgique.

Un prince "pas fréquentable"

Jamal Khashoggi aurait été tué quelques instants après être entré dans l'enceinte du consulat d'Arabie saoudite en Turquie le 2 octobre 2018, il y a un an. Le rapport publié par la rapporteuse spéciale des Nations unies Agnès Callamard a conclu qu'il a été victime d'une exécution extrajudiciaire pour laquelle l'État d'Arabie Saoudite est responsable aux termes du droit relatif aux droits humains. Selon Lynn Maalouf, directrice de recherches pour Amnesty International sur le Moyen-Orient, "depuis l'arrivée au pouvoir de Mohammed ben Salmane", le prince héritier saoudien, "il y a une dichotomie assez claire. Il annonce des réformes plus libérales qui permettent aux femmes de conduire, ou de pouvoir voyager sans l'autorisation d'un male de la famille. Ce discours s'adresse principalement à la communauté internationale. Dans le même temps Amnesty International et l'ONU sont en train de documenter une répression de plus en plus excessive au sein du royaume. Il y a eu plusieurs vagues d'arrestations de citoyens : des intellectuels, des activistes. Des dizaines de personnes sont en procès devant la cour antiterroriste, simplement pour avoir participé à des manifestations. Cette réalité existait avant son ascension au pouvoir, la situation s'est aggravée depuis".

Le prince ben Salmane est-il devenu fréquentable pour les investisseurs étrangers? "Absolument pas" selon la représentante d'Amnesty International. "Il faut se poser la question de savoir si les autorités saoudiennes auraient décidé de mettre fin aux jours de de Jamal Khashoggi de façon aussi visible si elles ne sentaient pas qu'elles avaient "carte verte" pour faire ce qu'elles voulaient. Le manque de mobilisation publique, privée, au niveau des Etats, a certainement contribué à ce sentiment d'impunité chez les autorités saoudiennes. Le prince ne pourrait être fréquentable que s'il y a de réelles mesures pour rendre la justice sur ce crime horrifique qui s'est passé", selon elle.

Archives: Journal télévisé 20/10/2018

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