Brûlot de John Bolton contre Donald Trump : "Ce témoignage est plus direct que les autres"

L'ex-conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, John Bolton, dans le bureau ovale de la Maison Blanche, le 17 mai 1918.
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L'ex-conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, John Bolton, dans le bureau ovale de la Maison Blanche, le 17 mai 1918. - © SAUL LOEB - AFP

Le livre de John Bolton, The Room Where It Happened, A White House Memoir (La pièce où c’est arrivé, Mémoires de la Maison Blanche), ne doit paraître que le 23 juin, mais il fait déjà grand bruit. L’ouvrage est numéro un des ventes sur Amazon. Un brûlot de 592 pages dans lequel l’ancien conseiller à la Sécurité nationale de Donald Trump, détaille 17 mois passés à la maison blanche. Il raconte ce qu’il a vu et entendu dans le Bureau ovale.

John Bolton décrit un président erratique, obsédé par ses intérêts personnels.

L’an dernier, par exemple, en marge du sommet du G20 à Osaka, Donald Trump aurait demandé à son homologue chinois Xi Ximping d’acheter plus de soja et de blé aux agriculteurs américains, afin – selon Bolton – de faciliter sa réélection en novembre prochain.

Voilà qui fait écho à l’affaire ukrainienne… Dans cette affaire, les démocrates avaient accusé le président américain d’avoir demandé une faveur à Kiev pour son intérêt personnel : enquêter sur celui qui est désormais son rival pour la présidentielle du 3 novembre, Joe Biden.

Cette affaire avait valu à Donald Trump une procédure de destitution, fin 2019.

Vers une autre procédure de destitution ?

Ces nouvelles révélations conduiraient-elles à engager une nouvelle procédure de destitution contre Donald Trump ? "A court terme, je ne le pense pas", estime Tanguy Struye, politologue spécialiste des Etats-Unis à l’UCLouvain. "L’appétit pour une telle procédure n’est pas présent aux Etats-Unis, en raison de la gestion du Covid-19 mais aussi de l’élection présidentielle, qui approche. De plus, John Bolton n’a pas témoigné sous serment".

Toujours à Osaka, lors de la même visite, "en présence des interprètes, Xi avait expliqué à Trump pourquoi, en gros, il construisait des camps de concentration (pour les Ouïghours), dans le Xinjiang. Selon notre interprète, Trump a dit que Xi devait continuer à construire ces camps, dont Trump pensait que c’était exactement la bonne chose à faire", révèle encore le brûlot.

Cette conversation et "d’innombrables autres" ont "confirmé un comportement fondamentalement inacceptable qui érode la légitimité même de la présidence", accuse l’ancien conseiller.

"Ces révélations auront surtout des conséquences au niveau de la campagne politique", analyse Tanguy Struye. "Trump joue sur plusieurs tableaux : d’un côté il adopte une politique anti-chinoise, de l’autre, il sollicite l’aide chinoise pour être réélu… Les démocrates vont sauter sur l’occasion pour critiquer Trump et montrer qu’il est hypocrite au niveau des relations internationales ".

"Que fait Jared Kushner" dans le conflit israélo-palestinien ?

Selon Bolton encore, Benjamin Netanyahu n’a pas compris pourquoi Jared Kushner, le gendre de Donald Trump, était impliqué dans l’élaboration d’un plan de paix au Moyen-Orient. Le Premier ministre israélien est assez politicien pour ne pas s’y être opposé publiquement, raconte-t-il, mais comme pour la plupart des pays du monde, il se demandait pourquoi Kushner réussirait "là où des gens comme Kissinger avaient échoué"…

"Le président ne fait pas confiance aux diplomates, ni aux différents responsables de départements. Dans certains cas, Trump n’hésite pas à court-circuiter ses secrétaires… Conséquence, on a plusieurs politiques étrangères à la Maison Blanche, à tel point que les institutions comme l’OTAN, ne savent plus quelle politique étrangère américaine est menée ".

Autre exemple, dans le livre, d’après John Bolton, le président mal informé, semble ignorer que le Royaume-Uni est doté de l’arme nucléaire, ou encore il pense que la Finlande appartient à la Fédération de Russie.

De fait, les responsables de l’administration Trump oscillent entre profonde inquiétude et moqueries, explique encore Bolton.

En quoi ce livre est-il différent des autres brûlots contre Trump ?

D’autres livres ont dépeint au vitriol le portrait de Donald Trump à la présidence. On se souvient de Fire and Fury : Inside The Trump White House (Le Feu et la fureur : À l’intérieur de la Maison Blanche de Trump) du journaliste et écrivain, Michael Wolff, qui avait provoqué la colère de Donald Trump, en 2018.

"Le témoignage de Bolton est plus direct que les autres", explique Tanguy Struye. "Car le conseiller à la Sécurité nationale a une présence beaucoup plus régulière dans l’entourage du président, que les autres conseillers. Bolton a donc eu accès à beaucoup plus de discussions importantes que ses autres collègues".

Côté républicain, ces révélations ne changeront rien

"Mais du côté républicain, ces révélations ne changeront rien. Ce n’est pas la première fois qu’on critique la manière dont Trump gère ses affaires. On sait qu’il ne maîtrise pas ses dossiers… qu’il ne veut pas apprendre. En revanche, c’est la première fois qu’on voit autant de témoignages allant dans le même sens… Mais ça ne changera pas le point de vue des républicains, car ils savent que s’ils le lâchent maintenant, ils perdront les élections".

Dans le camp des démocrates, c’est l’indignation. "Si ces propos sont avérés, cela est non seulement répugnant moralement mais c’est aussi une violation du devoir sacré de Donald Trump envers les Américains", a accusé, dans un communiqué, Joe Biden, l’ancien vice-président américain et candidat à l’élection présidentielle.

La Maison blanche, elle, a tenté de faire interdire l’ouvrage au motif qu’il contiendrait des informations classées défense. Le ministère de la Justice a demandé à un juge de suspendre la sortie de l’ouvrage. Il a même insisté mercredi en engageant une nouvelle action en urgence…"Il a enfreint la loi", en diffusant des informations "très confidentielles", a estimé le président américain à la chaîne Fox News, soutien médiatique indéfectible de Donald Trump.

Esprit de vengeance ?

Étonnant, ce brûlot qui semble tomber à pic pour les adversaires du candidat Trump, en pleine campagne présidentielle. En janvier dernier, l’ancien conseiller avait pourtant refusé de témoigner devant la Chambre des représentants, à majorité démocrate, dans le cadre du procès en destitution de Donald Trump… concernant l’affaire ukrainienne. Le président américain avait été acquitté par le Sénat, à majorité républicaine.

"S’ils n’avaient pas été à ce point obsédés par l’affaire ukrainienne et avaient pris en compte plus largement sa politique étrangèrel’issue aurait pu être bien différente", explique aujourd’hui l'auteur du livre.

John Bolton, 71 ans, avait été conseiller à la sécurité nationale d’avril 2018 à septembre 2019. Ce va-t-en-guerre républicain, partisan d’une ligne dure à l’égard de l’Iran et de la Corée du Nord, a été limogé par Donald Trump, "pour cause de divergences profondes"… L’intéressé avait, lui, affirmé qu’il avait démissionné.

Dimanche soir, John Bolton sera l’invité de NBC. "Il est l’homme que Donald Trump veut faire taire", dit en boucle, la voix de la promo de l’émission…

 

Journal télévisé du 18/06/2020

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