Bruit de bottes dans le Golfe : "Les Irakiens ne veulent plus de guerre"

Des milliers d'Irakiens ont manifesté à Bagdad contre l'implication de leur pays dans une guerre entre les États-Unis et l'Iran
Des milliers d'Irakiens ont manifesté à Bagdad contre l'implication de leur pays dans une guerre entre les États-Unis et l'Iran - © AHMAD AL-RUBAYE - AFP

L’Irak va-t-il être entraîné contre son gré dans une nouvelle guerre régionale ? Shaukat Muttaqi constate la montée de l’inquiétude dans le pays. Ce Pakistanais est chef de mission de Médecins sans Frontières à Bagdad. De passage à Bruxelles, il nous confirme une montée perceptible de la tension dans le pays et la multiplication des incidents.

Depuis début mai, les responsables américains multiplient les accusations contre l’Iran. Washington affirme que l’Iran prépare des attaques contre ses ressortissants en Irak. Le président Trump a ordonné le déploiement préventif d’une armada dans le Golfe : un porte-avions, des bombardiers B-52, un navire de guerre, des missiles Patriot et 1500 hommes.

Le risque d’une guerre par accident

L’Irak suit avec inquiétude ces préparatifs, alors que le pays n’est pas encore remis de la guerre sans merci livrée sur son sol contre le groupe Etat islamique. " Nous entendons ces préoccupations, explique Shaukat Muttaqi. Lorsque j’en parle avec mon équipe en Irak, ils me disent en général qu’ils ne voient pas une guerre se déclencher. Mais il y a certainement de la tension, il y a des incidents çà et là. Ce sont des signes que quelque chose pourrait arriver. Nous ne devons pas oublier que cette région a été en guerre depuis longtemps. Si ces tensions ne sont pas évacuées, il pourrait y avoir une escalade. On ne peut pas exclure une multiplication des attaques. "

Et tout incident impliquant un ressortissant américain pourrait mettre le feu aux poudres. L’Union européenne s’est dit préoccupée par le risque d’un nouveau conflit, qui pourrait être déclenché de manière accidentelle.

Ils ne veulent pas un nouveau conflit, ils aspirent à vivre en paix.

Des milliers d’Irakiens ont manifesté il y a quelques jours pour dire " non à la guerre ". " C’est évident quand vous parlez avec les gens : tout le monde est fatigué de la guerre, souligne le coordinateur de MSF. Ils ne veulent pas un nouveau conflit, ils aspirent à vivre en paix. Les gens ont beaucoup souffert. Certains ne sont toujours pas retournés dans leur maison qui a été détruite. Ils vivent dans des camps. Donc, la population ne veut plus que ça arrive. "

Deux ans après la terrible guerre menée aux djihadistes de l’Etat islamique, les séquelles sont toujours bien visibles dans les zones de combats. Les Nations unies estiment que plus de six millions d’Irakiens ont toujours besoin d’aide humanitaire. Plus de deux millions d’habitants ont dû quitter leur maison et un grand nombre d’entre eux n’a pas encore pu rentrer. " Enormément de gens ont été déplacés dans le nord de l’Irak. Certains ont commencé à rentrer chez eux. Mais il y en a un grand nombre qui vivent toujours dans les camps. "

La bataille de Mossoul, la plus grande ville tenue par les djihadistes, a détruit des quartiers entiers de la ville. " Quand vous marchez à Mossoul, vous pouvez constater le niveau de destruction qui subsiste, raconte Shaukat Muttaqi. Les gens ont commencé à reconstruire leur maison, et le travail se poursuit. Mais les destructions, deux ans après la guerre, sont bien visibles dans l’ensemble de la ville. "

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