Brexit: un ministre rompt les rangs et met Theresa May dans l'embarras

Le ministre britannique des Entreprises Greg Clark, ici le 26 novembre 2018 quittant le 10, Downing Street, a mis en garde le 10 janvier 2019 contre la une situation désastreuse" que serait un Brexit sans accord
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Le ministre britannique des Entreprises Greg Clark, ici le 26 novembre 2018 quittant le 10, Downing Street, a mis en garde le 10 janvier 2019 contre la une situation désastreuse" que serait un Brexit sans accord - © Ben STANSALL

Le refus de Greg Clark, ministre des Entreprises, d'endosser la possibilité d'un Brexit sans accord a mis un peu plus en lumière jeudi la faiblesse de Theresa May qui semble avoir complètement perdu la main sur ce dossier, à quelques jours d'un vote crucial au Parlement.

Une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne sans filet de sécurité, le 29 mars, serait "une situation désastreuse", avec des échanges commerciaux régis par les règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et ainsi réduits à leurs "termes les plus basiques avec nos partenaires les plus proches", a déclaré Greg Clark sur la BBC.

Ces propos contredisent la position officielle du gouvernement conservateur de Theresa May, qui n'exclut pas un Brexit brutal en cas de rejet, très probable, de l'accord de divorce négocié pendant de longs mois avec Bruxelles.

Ils sont également un signe supplémentaire des divisions sur le Brexit, qui ont conduit l'exécutif à essuyer deux défaites cuisantes à la chambre des Communes cette semaine, mauvais présage pour le vote sur l'accord de divorce prévu mardi, qui mécontente tant les Brexiters que les europhiles.

Les règles de l'OMC fixent notamment des droits de douane pour la circulation des marchandises. Une rupture brutale des liens avec le bloc européen est particulièrement redoutée par les milieux économiques et plongerait le Royaume-Uni dans la crise, selon la Banque d'Angleterre, avec un effondrement de la livre et une montée en flèche du chômage.

Selon la BBC, le constructeur automobile Jaguar Land Rover va supprimer jusqu'à 5000 emplois au Royaume-Uni, soit plus de 10% de ses effectifs, affecté notamment par une chute des ventes en Chine et les incertitudes du Brexit.

Appel à des élections

Face à ces divisions, Greg Clark a appelé à l'unité. "Je suis persuadé que nous devons nous rassembler. Nous devons agir pour éviter un 'no deal' parce que, selon moi, on est très loin d'une majorité au Parlement qui tolérera cela".

"Nous devrions nous comporter en vertu de ce que notre réputation internationale a toujours été : nous montrer pragmatiques et fiables", a-t-il ajouté.

Theresa May est également mise au pied du mur par les députés qui tentent de mettre en échec sa menace d'un +no deal+, avec la complicité de conservateurs europhiles de la majorité.

Les députés ont adopté mercredi un amendement obligeant l'exécutif à présenter sous trois jours, en cas de rejet de l'accord, un "plan B" qui pourra être amendé par les députés.

Le président de la chambre, John Bercow, régulièrement accusé de faire le jeu des europhiles, a été vilipendé jeudi par plusieurs quotidiens pro-Brexit qui l'accusent d'avoir fait fi d'avis juridiques lui conseillant de ne pas soumettre cet amendement au vote.

La veille, les députés avaient passé un autre amendement à une loi budgétaire, visant à limiter le pouvoir du gouvernement pour modifier la politique fiscale en cas de Brexit sans accord.

Voulant capitaliser sur le chaos ambiant, le leader de l'opposition travailliste, Jeremy Corbyn, a appelé jeudi à des élections générales anticipées pour résoudre "l'impasse".

"Si le gouvernement ne peut faire passer ce texte extrêmement important, alors il doit y avoir une élection le plus tôt possible", a-t-il réclamé, répétant que le Labour voterait contre le "mauvais accord" de Theresa May.

Pour tenter de rallier le vote des députés travaillistes, Theresa May réfléchit à accepter leur amendement garantissant les droits des travailleurs après le Brexit, a confirmé son porte-parole jeudi.

La dirigeante espère toujours aussi pouvoir retourner la situation à son avantage en tentant d'obtenir de l'UE des "assurances" supplémentaires, susceptibles de rassurer les députés.

Greg Clark se rendant chez Theresa May au 10, downing street, le 12 mars 2018:

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