Brexit: "Tout le Royaume-Uni est perdu dans la tête de Theresa May"

Est-ce encore possible d’abandonner le Brexit, à 100 jours de la sortie prévue ?
Est-ce encore possible d’abandonner le Brexit, à 100 jours de la sortie prévue ? - © ADRIAN DENNIS - AFP

Le feuilleton du Brexit se poursuit ce mardi : alors que les députés auraient dû se prononcer sur l’accord actuel, la Première ministre Theresa May a reporté le vote. Un vote qui aurait de toute façon probablement été rejeté, et c’est ce qui agace le journaliste Alex Taylor, invité de Matin Première. "Ça relève de la psychiatrie, pour moi, affirme-t-il. Il y a un tel entêtement à continuer à essayer de soumettre une loi qui déplaît, selon tous les sondages, à pratiquement tous les Britanniques et aussi à la vaste majorité des députés."

Pour le journaliste, le comportement de Theresa May ressemble au chevalier noir de 'Sacré Graal !' des Monty Python, "un soldat dont on coupe toutes les jambes et tous les bras, mais qui continue à se battre". En fin de semaine, la Première ministre ira renégocier le contrat au sommet européen de Bruxelles, mais pour Marianne Dony, professeur de droit de l'Union européenne et spécialiste en droit économique à l'ULB, l’échec est annoncé. "Je ne vois pas très bien sur quoi les autorités européennes peuvent rouvrir le dossier en réalité", expliquait-elle dans Matin Première.

Le problème est toujours le même : la frontière irlandaise. "Theresa May a décidé d'imposer ce qu'on appelle ses lignes rouges, c'est-à-dire pas d'union douanière, pas de marché unique, précise Alex Taylor. Mais le problème avec tout ça c’est que ça comporte forcément une frontière en Irlande du Nord, et tous les problèmes viennent de là." Aujourd’hui, impossible de démêler la situation sans une union douanière en Irlande, selon Marianne Dony : "pour le moment, en réalité, soit on approuve cet accord de sortie, soit on a un Brexit dur, mais alors c'est le chaos des deux côtés, ou alors, comme la Cour de justice l'a permis hier, le Royaume-Uni regrette et une procédure se met en route pour renoncer au Brexit."

Le Royaume-Uni a perdu de la crédibilité, de la constance, de la stabilité

Mais est-ce encore possible d’abandonner le Brexit, à 100 jours de la sortie prévue ? Du point de vue de l'Union européenne, le Royaume-Uni peut faire marche arrière, affirme Marianne Dony. "Il doit évidemment juste respecter ses propres procédures constitutionnelles. C'est peut-être du côté du Royaume-Uni que ça va bloquer." Selon Alex Taylor, il y a trois options : le deal de Theresa May, qui ne plaît à personne, puisqu’il s’agit de "plus ou moins rester indéfiniment dans l'Union européenne et perdre son mot à dire sur les procédures de l'Union européenne", une absence d’accord ou un nouveau référendum.

Dans l’affaire, le Royaume-Uni semble sortir perdant. D’abord, parce qu’il a montré à quel point sortir de l’UE est compliqué, selon Marianne Dony. Mais surtout parce qu’il se retrouve dans une situation où il devra quémander à l’UE une prolongation du délai. "Le Royaume-Uni a perdu de la crédibilité, de la constance, de la stabilité", assène Alex Taylor. Le problème est dans la tête de Theresa May, elle est divisée entre quelque chose contre lequel elle a fait campagne elle-même et cette politique très dure du Brexit dur qu'elle a choisi de mettre en œuvre. Tout le Royaume-Uni est perdu dans la tête de Theresa May, c'est pour ça qu'on en est là. "

Alors est-ce que le Brexit pourrait finalement ne pas avoir lieu ? "J'ai espoir, mais j'ai un peu peur parce que la crise est tellement profonde, le Brexit a déclenché un tel clivage... je regarde la télé britannique tout le temps et les gens campent sur leur position", regrette Alex Taylor. Marianne Dony estime qu’une non-sortie du Royaume-Uni serait un peu contre-productive pour l’UE. "On va dire qu'on a obligé les Britanniques à faire marche arrière et qu'on n'a pas tenu compte de la volonté populaire, précise-t-elle. Donc ça, c'est le grand risque pour moi de l'Union européenne, c'est que ça se retourne contre elle en disant : 'Vous voyez, cette Union européenne est antidémocratique'."

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