Brexit sans accord: Qui a le plus à perdre?

Toujours pas d'accord post-Brexit... Les négociations butent depuis des semaines sur plusieurs points. La période de transition prend fin au 31 décembre et Londres exclut de prolonger les discussions en 2021. Bref, le spectre du no-deal est toujours bien présent, avec des conséquences économiques redoutées. Pour en parler sur le plateau de CQFD: Benjamin Bodson, assistant en droit européen à l’UCLouvain, Associate Fellow à l’Institut Egmont, et Chloé Goudenhooft, correspondante à Londres pour la RTBF.

Comment les Britanniques vivent-ils l'attente?

"Pour la plupart des Britanniques, on est passé à autre chose. Pour eux, le Brexit c'est de l'histoire ancienne. Ici, les Brexiters durs ont fêté le départ de l'Union Européenne le 31 janvier dernier, alors certains ne comprennent pas pourquoi on parle de nouveau d'un accord à finaliser avec les Européens", observe Chloé Goudenhooft qui ajoute que les Britanniques sont surtout préoccupés par le coronavirus en ce moment.

"Avec la période transitoire décidée jusqu'au 31 décembre, la plupart des règles de droit européen restent applicables aujourd'hui au Royaume-Uni", commente Benjamin Bodson, "personne n'a vu les changements car ils vont seulement arriver au premier janvier. Toute la question de l'accord post-Brexit aujourd'hui, c'est quel type de changement?".

La pêche, un enjeu hautement symbolique

Parmi les pierres d'achoppement entre Londres et Bruxelles: l’accès des pêcheurs européens aux eaux britanniques, très poissonneuses. Deux visions s'affrontent: Londres veut un contrôle total, avec des quotas négociés chaque année, alors que l'Union Européenne souhaite le statu quo. "C'est un enjeu symbolique, car la pêche ne représente que 0,12% du PIB britannique, d'un point de vue économique, c'est vraiment minime", explique Chloé Goudenhooft, "mais tout repose sur la puissance symbolique de la pêche, les pêcheurs sont ceux qui ont voté le plus pour le Brexit, ça symbolique surtout la volonté du pays de retrouver sa souveraineté [...] Récupérer le contrôle des eaux et donner aux pêcheurs la possibilité de pêcher leur propre poisson, sans être en concurrence avec les pêcheurs européens qui avaient des quotas supérieux aux Britanniques dans leur propre zone!".

"Il faut aussi préciser que 80% de la pêche britannique part vers l'Union Européenne. Si aucun deal n'est conclu, le prix du poisson sera plus cher et il sera peut-être plus difficile pour les Britanniques de vendre leur pêche à l'Union. Mais cet aspect-là des choses n'est pas le plus visible au Royaume-Uni", ajoute la correspondante à Londres pour la RTBF. "La réalité d'un tas d'autres acteurs de part et d'autre de la Manche va changer", poursuit Benjamin Bodson. L'assistant en droit européen à l’UCLouvain rappelle en outre à quel point le temps presse, puisqu'il faut aussi que les Parlements européen et britannique ratifient un éventuel accord.

Comment se prépare-t-on au Brexit sur place?

Qui a le plus à perdre?

Sans accord, les échanges entre les 27 et le Royaume-Uni se feraient selon les règles de l’Organisation mondiale du commerce. A la clef: le retour des droits de douane et des quotas. Ce qui exposerait les deux parties à un nouveau choc économique, en plus de celui provoqué cette année par l’épidémie de coronavirus. Selon la très respectée London School of Economics, un Brexit sans accord aurait des conséquences plus coûteuses et plus longues encore que celles de la pandémie. Pour l'OCDE, l'économie britannique restera en recul de 6% fin 2021 par rapport à son niveau d'avant crise.

"On pourrait dire que le Royaume-Uni va perdre plus que l'Union Européenne dans son ensemble", développe Benjamin Bodson, "mais l'Union ce sont 27 Etats Membres, et certains pays dont la Belgique vont risquer aussi bien un impact sur l'emploi que sur certaines activités économiques". "Dans l'accord sur la table, il y a aussi un chapitre concernant la coopération judiciaire et policière en matière pénale. Sans accord, si un policier belge veut échanger des données avec un policier britannique, c'est terminé, le Royaume-Uni n'aura plus d'accès aux bases de données", rappelle aussi le politologue. 

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