Brexit : quelles seraient les conséquences d'un "no deal" en Europe ?

Plus que 7 semaines avant la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne
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Plus que 7 semaines avant la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne - © Tous droits réservés

Plus que 7 semaines avant la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, le Brexit. Ne sachant pas encore si la date sera finalement reportée, la Commission européenne demande tout de même "à toutes les parties prenantes de l’Union à 27 de se préparer à une sortie sans accord." Alors que le gouvernement britannique a publié les conclusions du dossier "Opération Yellowhammer", qui évalue les conséquences les plus brutales d’un Brexit sans accord au Royaume-Uni, la question se pose : quels seraient les impacts d’un "no deal" en Europe ?

Coup dur pour l’économie européenne

"Un retrait sans accord le 1er novembre 2019 reste une issue possible, mais non souhaitable", déclare la Commission européenne dans un communiqué. "C’est dans cet esprit que la Commission européenne a publié ce jour une liste de contrôle détaillée destinée à aider les entreprises entretenant des relations commerciales avec le Royaume-Uni à faire leurs derniers préparatifs."

Il faut dire que l’UE des 27 exporte énormément vers le Royaume-Uni, surtout la Belgique, l’Irlande, les Pays-Bas, le Danemark et la Suède. Des exportations qui valaient 40 milliards d’euros en 2017. Mais en cas de "no deal", "les ingrédients britanniques ne seront plus considérés comme originaires de l’UE. Seul un futur accord UE-Royaume-Uni pourrait modifier certaines modalités relatives aux accords bilatéraux", précise la Commission. Des frais de douane seraient donc appliqués. En cas de "no deal", l’économie européenne pourrait perdre 1.200.000 emplois, surtout dans le secteur alimentaire, textile, pétrochimique et pharmaceutique. Et mauvaise nouvelle pour nous : la Belgique fait partie du top 3 des pays les plus touchés, avec le risque de perdre 42.000 emplois.

L’Europe a donc débloqué 800 millions d’euros pour aider les entreprises qui seront concernées. Le SPF Intérieur, quant à lui, propose un "Brexit Impact Scan" pour permettre aux entreprises de se préparer au mieux.

Files d’attente dans les transports

"Le retrait du Royaume-Uni de l’UE sans un accord entraînera des perturbations dans tous les modes de transport, mais à un degré différent", explique la Commission européenne dans son document "Questions – Réponses". Concernant l’avion, en cas de "no deal", il ne devrait y avoir aucun souci pour rejoindre le Royaume-Uni sans visa, pour un séjour de trois mois maximum. Les contrôles douaniers imposeraient la présentation des mêmes documents d’identité qu’aujourd’hui, c’est-à-dire un passeport ou une carte d’identité en cours de validité. Mais il faudra peut-être prévoir plus de temps passé dans les files de contrôle, selon la Commission européenne : "La répétition des contrôles de sécurité dans les aéroports de l’UE constituera un inconvénient majeur pour les voyageurs et un fardeau considérable pour les aéroports de l’UE."

Des accords aériens bilatéraux devront ainsi être renégociés entre le Royaume-Uni et les 27. Les compagnies aériennes britanniques et européennes perdront par exemple le droit automatique d’opérer des vols entre l’UE et le Royaume-Uni. Et bien que Londres envisage d’accorder des permissions aux compagnies aériennes, des perturbations devraient irrémédiablement se faire ressentir. Des arrangements devront donc être trouvés pour permettre aux compagnies de maintenir leur liaison et il devra en être de même pour le train Eurostar ainsi qu’au niveau du transport ferroviaire ou routier.

Douanes

Les marchandises importées ou exportées seront soumises à une surveillance plus importante qu’actuellement. "Elles peuvent être soumises à des contrôles douaniers. Des déclarations doivent être déposées et les autorités douanières peuvent exiger des garanties pour les dettes douanières existantes ou potentielles", explique la Commission européenne. "Une situation de No deal provoquera le chaos aux douanes", nous expliquait Nicolas Chourant, directeur Communication de Fevia. "Si un accord n’est pas trouvé, la situation aux douanes va devenir ingérable. On va assister à des files de camions interminables". Une situation impossible à tenir dans le cas d’aliments périssables. Les producteurs belges se retrouveront face à un dilemme : risquer de jeter de la marchandise ou renoncer totalement à exporter. La plus grande inquiétude, c’est la viande car l’Angleterre importe beaucoup de produits transformés belges comme les charcuteries.

La Belgique engagera 15 millions d’euros (20 millions en 2020) dans le recrutement de près de 650 personnes : l’AFSCA accueillera 300 équivalents temps plein, les Douanes 245, la police fédérale 40, l’agence des médicaments 26, etc. La police s’attend à une forte augmentation du trafic marchandises et des embouteillages au départ de Zeebruges et à la frontière française.

La situation particulière de l'Irlande

C’est un enjeu majeur, et peut-être même la question la plus épineuse du Brexit :  celle des 500 kilomètres de frontière entre l’Irlande du Nord, qui fait toujours partie du Royaume-Uni, et la République d’Irlande, qui est un état membre à part entière de l’Union Européenne. La perspective d'un "no deal" est la plus redoutée par l'Irlande. Mais en juillet dernier, le Premier ministre britannique Boris Johnson affirmait à son homologue irlandais Leo Varadkar que son gouvernement était déterminé à "ne jamais rétablir de contrôles physiques à la frontière irlandaise après le Brexit." 

=> Pour mieux saisir les enjeux de la frontière irlandaise

Pas de période transitoire

Selon la Commission européenne, "en cas de sortie sans accord, le Royaume-Uni deviendra un pays tiers ne bénéficiant d’aucun régime transitoire. Dès ce moment, le droit primaire et le droit dérivé de l’Union cesseront totalement de s’appliquer au Royaume-Uni. Il n’y aura aucune période de transition telle que prévue par l’accord de retrait. Cela entraînera évidemment des perturbations majeures pour les citoyens et les entreprises et aura de graves répercussions économiques, qui seront proportionnellement bien plus importantes au Royaume-Uni que dans les États membres de l’UE à 27."

Pour en savoir plus sur la manière de se préparer à l’éventualité d’une absence d’accord, les citoyens de l’Union peuvent contacter Europe Direct pour toute question qu’ils pourraient se poser : appeler le numéro gratuit 00 800 6 7 8 9 10 11 depuis n’importe quel pays de l’UE, dans n’importe quelle langue officielle de l’UE. La Commission a publié une série de fiches d’information faciles à lire, dans toutes les langues de l’UE.

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