Brexit: par où la sortie?

Les drapeaux du Royaume-Uni et de l'Union européenne.
Les drapeaux du Royaume-Uni et de l'Union européenne. - © DANIEL LEAL-OLIVAS - AFP

La tempête continue de souffler sur le Royaume-Uni : selon un sondage récemment publié par Sky News, 52% des Britanniques estiment que le Brexit sera mauvais pour l’économie nationale, et 74% d’entre eux désapprouvent la façon dont le gouvernement May gère la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Au point qu’ils sont aujourd’hui nombreux à souhaiter un nouveau référendum une fois les pourparlers achevés. Assiste-t-on à un retournement d’opinion contre le Brexit ? Rien n’est moins sûr.

Selon Christian Lequesne*, professeur à Sciences Po Paris et spécialiste de la politique étrangère et européenne de l’Union Européenne, les Britanniques prennent plutôt conscience des difficultés que pose la négociation du Brexit.

Un certain nombre de Britanniques ont sous-estimé la difficulté des négociations

Voilà plus de deux ans que les Britanniques ont voté en faveur du Brexit : le 23 juin 2016, près de 52% d’entre eux ont exprimé leur volonté de quitter l’Union européenne. Pourtant, ils sont aujourd’hui un grand nombre à critiquer les tractations que mène leur gouvernement avec Bruxelles. Regrettent-ils pour autant leur vote ? Christian Lequesne met en garde contre les raccourcis trop rapides : "Même si un petit nombre de ceux qui ont voté Leave s’interrogent aujourd’hui, il n’y a pas de retournement d’opinion massif contre le Brexit. Je pense surtout qu’un certain nombre de Britanniques ont sous-estimé la difficulté des négociations. Or depuis le départ, il est évident que les relations d’interdépendance qui se sont créées après plus de 45 ans d’adhésion à l’Union européenne sont tellement importantes, que le rapport de force dans la négociation n’a jamais été du côté de la délégation britannique, il a toujours été du côté des 27."

Sentiment anti-européen chez une partie de l’électorat conservateur, désapprobation de cette Europe jugée trop régulée et pas assez libérale, ou encore contestation de l’ouverture des frontières aux travailleurs originaires de l’Union européenne… autant de raisons qui ont poussé des électeurs impatients à voter pour un retour à la souveraineté. C’était sans compter la résistance de leur interlocuteur.

Ce qui ne tue pas rend plus fort

Le Brexit est une épreuve de taille pour l’Union européenne. En effet, jamais un de ses membres ne l’a quittée depuis le début de l’aventure européenne instituée par le Traité de Rome de 1957. Rompre avec elle, c’est donc tester la solidité de ses principes fondateurs. Pour Christian Lequesne, elle en sort renforcée : "Les conservateurs, qu’ils aient été pro-Brexit ou anti-Brexit, ont totalement surestimé leur capacité à diviser les 27. C’est donc un bel exemple de cohésion sur les principes pour cette Union européenne qu’on a souvent dite divisée."

Et c’est précisément cette cohésion des 27 qui constitue le premier obstacle aux volontés du gouvernement May, plongé dans un véritable bourbier avec Bruxelles. Les dirigeants européens refusent de flancher sur leurs valeurs communes et redoublent de fermeté : pas question d’accorder au Royaume-Uni cet "accès à la carte" au marché unique qu’il réclame tant. Du moins, l’accès à ce marché unique implique-t-il d’embrasser les quatre libertés fondamentales de l’Union européenne, parmi lesquelles la libre circulation des personnes. Or les Britanniques refusent de se soumettre à cette dernière. Mais il se pourrait bien que leur requête représente une erreur stratégique : en voulant toucher au fondement de l’Union européenne que sont les quatre libertés, ils se sont peut-être donné un objectif inatteignable.

To deal, or not to deal: that is the question

No deal, "fake Brexit"… alors que l’issue des négociations reste incertaine, les pires scénarios sont évoqués. À en croire Christian Lequesne, il s’agit là d’une stratégie de dramatisation de la part des Britanniques et notamment de leur gouvernement. Brandir la menace d’un no deal qui nuirait gravement au Royaume-Uni comme aux 27, voilà le moyen de faire pression sur Bruxelles pour obtenir un marché à la carte.

Lundi, le porte-parole de Theresa May rapportait que cette dernière croyait toujours à un "bon accord", seul capable de servir l'intérêt de tous les négociateurs. Passera ou passera pas ? "Je pense que cela ne passera pas : Macron semble très contre, les Allemands pourraient difficilement suivre cette idée… Je suppose qu’on aura un accord de libre-échange semblable à ceux que l’on a conclu avec d’autres pays tiers. Je ne vois pas comment ne pas négocier un accord minimal", souligne le spécialiste. Si cet accord de libre-échange venait à voir le jour, il pourrait être facilité par les normes et critères du Royaume-Uni. Car après 45 ans d’adhésion à l’Union européenne – le Royaume-Uni a rejoint la Communauté économique européenne (CEE) le 1er janvier 1973 -, ces derniers sont nettement plus adaptés aux critères européens que ne le sont ceux de la Corée du Sud ou du Canada par exemple.

Le processus de retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne, engagé le 29 mars 2017, doit s’achever le 29 mars 2019. Il faudra sans doute encore attendre quelques années pour en mesurer les conséquences économiques et évaluer dans quelle mesure les Britanniques, comme les 27, en seront affectés.

*Christian Lequesne a notamment codirigé avec Thierry Chopin le rapport " Brexit : un compromis possible entre le Royaume-Uni et les Etats membres de l’UE ? "  Fondation Robert Schuman ; Centre de recherches internationales (CERI). 2015.

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