Brexit: les derniers pas d'une longue valse-hésitation (archives)

Brexit: les derniers pas d'une longue valse-hésitation (archives)
Brexit: les derniers pas d'une longue valse-hésitation (archives) - © Tous droits réservés

Pour la plupart d'entre nous, les relations entre les Britanniques et les Européens du continent se résument souvent à une phrase : "I want my money back" prononcée par Margaret Thatcher, exaspérée par sa contribution au budget commun. 


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Mais l'histoire est plus complexe : depuis près de trois quarts de siècle, elle tient d'un mélange détonnant d'amour et de haine, d'attraction et de répulsion réciproques. Quelques coups d'oeil dans le rétroviseur du Journal télévisé suffisent pour s'en convaincre. 

1949 : au sortir de la guerre, Winston Churchill est europhile

Comme chef de guerre, après la victoire des Alliés, Churchill pèse de tout son poids en faveur de la construction européenne. C'est à ses yeux, la méthode la plus efficace pour "gagner" la paix. Malgré, déjà, quelques réticences souverainistes sur les prérogatives nationales qu'il faudrait abandonner. 

1961: Harold Macmillan dépose officiellement la demande d'adhésion

Dans les années cinquante, les freins au rapprochement sont travaillistes: le Labour perçoit l'entrée dans le Marché commun comme une menace pour le système social anglais. Mais le déclin de l'Empire et les limites économiques du Commonwealth finissent par convaincre le Premier ministre conservateur, Macmillan, de frapper à la porte des six fondateurs. 

1967: le général de Gaulle oppose son veto à l'entrée des Anglais

Mais c'est compter sans l'hostilité française. Le général de Gaulle nourrit une sorte de rancoeur : pendant la Seconde Guerre mondiale, il a dû batailler ferme pour se faire respecter. Par deux fois, en 1963, puis en en 1967, il refuse d'élargir le Marché Commun. 

1971: Edward Heath obtient l'aval de son parlement pour l'entrée du Royaume-Uni dans le Marché Commun

Petit à petit, les mentalités évoluent : de l'autre côte de la Manche, il se trouve désormais des europhiles et des eurosceptiques dans les deux grands partis qui se retrouvent alternativement au pouvoir. Le conservateur Edward Heath parvient à convaincre une une majorité de députés. Ce n'est pas l'enthousiasme, plutôt du pragmatisme.

1975: Harold Wilson consulte son peuple pour rester dans l'Union

Il ne faut pas quatre ans pour que des tensions apparaissent. C'est désormais le travailliste Harold Wilson qui est à la manoeuvre. Favorable au maintien dans ce qui est devenu la Communauté Economique Européenne, il prend la précaution d'une consultation populaire qui le soutient à plus de deux tiers. 

1984: les années Thatcher, une décennie de méfiance et de menaces

Mais ce n'est que partie remise : une ère néolibérale s'ouvre avec la reconquête du pouvoir par les conservateurs. Et forcément, les taxes imposées par la bureaucratie européenne sur les produits d'importation, servent de défouloir. C'est en 1979 que Margaret Thatcher prononce son désormais célèbre "I want my money back". Mais ce n'est pas un coup de gueule isolé : elle va le répéter des années durant, jusqu'à obtenir les compensations financières qu'elle réclame, lors du sommet de Fontainebleau en 1984. 

1993: John Major force la ratification du Traité de Maastricht

La transformation en "Marché unique" est de nature à satisfaire le Premier ministre conservateur, John Major, qui a succédé à Margaret Thatcher : le principe de la libre circulation des biens et des services, c'est dans sa ligne idéologique. Mais cela ne va pas beaucoup plus loin: ni la monnaie unique, ni l'espace sécuritaire Schengen ne conviennent aux sujets de sa Gracieuse Majesté. 

1997: Tony Blair, l'atlantiste, joue cavalier seul

Le Royaume-Uni hésite constamment entre la solidarité avec le Vieux Continent et des alliances plus "anglosaxones" et donc plus atlantistes. Lorsqu'il s'agit de conclure des traités militaires, notamment lors de la guerre contre l'Irak, le partenariat avec les Etats-Unis est privilégié.

2015: David Cameron, pour se faire réélire, enclenche le Brexit

Et après une vingtaine d'années de ce long "je t'aime, moi non plus",  avec les crises économiques à répétition, le sentiment nationaliste, comme ailleurs, s'exacerbe. La "troisième voie" est oubliée et le conservateur David Cameron, pour sauver l'unité de son parti doit promettre de consulter une nouvelle fois le peuple. A sa grande surprise, à son grand désarroi, le Brexit l'emporte. "Il ne reste plus" qu'à organiser la sortie. 

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