Brexit: "La Grande-Bretagne a deux ans pour faire marche arrière"

Marie Arena, députée européenne (PS) et Richard Corbett député du Labour Party (socialiste britannique) livrent, tous deux le même message : la Grande-Bretagne à tout à perdre de la sortie de l’Union. Et il serait vain, pour Marie Arena, d’espérer obtenir davantage en quittant l’Europe qu’en y restant. Pour le député travailliste, il n’est d’ailleurs pas impossible qu’aux termes des deux ans de négociation, le gouvernement britannique ne revienne sur sa décision. 

En cas de retrait de l’Union européenne, "La Grande Bretagne ne peut pas espérer n'en avoir que les avantages", avait prévenu Charles Michel. Donald Tusk avait à peine nuancé le propos en disant l’Europe plus déterminée et plus unie que jamais, même si "les Anglais nous manquent dejà". Une Europe impressionnante, avec ses 510 millions d’individus s’exprimant en 24 langues officielles. Et presque autant de cultures.

La signification du "Brexit dur"

Pour Richard Corbett, député du Labour, le Brexit n’est clairement pas une bonne chose. "Le gouvernement de Theresa May veut un ‘Brexit dur’, à savoir quitter non seulement  l’Union et les institutions mais aussi le marché intérieur et l’union douanière, c’est une mauvaise chose pour l’Europe et surtout pour le Royaume-Uni. "

Richard Corbett assure par ailleurs que nombreux sont ceux qui, ayant voté pour ‘le départ’, réalisent aujourd’hui que c’est une opérations " dommageable et coûteuse" pour son pays.

Pour Marie Arena, un avantage de la présence du Royaume-Uni dans l’Union était notamment la collaboration universitaire et le programme Erasmus, "mais on ne peut pas agir contre la volonté des Britanniques qui veulent un marchepied dans l’Union sans participer au marché. Il faut la présence des Britanniques, mais dans une Europe intégrale. Et ce n’est pas le cas".

La députée européenne constate toutefois que, dès aujourd’hui, les Anglais ne reviennent pas sur la collaboration en matière de sécurité. Pour elle, le message est clair : "Nous avons dit qu’il n’y aura pas de Brexit avec une Angleterre qui obtiendrait davantage en sortant de l’Union qu’en y restant. Il ne faut pas donner à certains pays l’envie de quitter l’Europe".

Le Brexit repose sur des mensonges

Pour Richard Corbett, le Brexit repose sur des mensonges. A commencer par ceux du populiste Nigel Farage (parti indépendantiste Ukip) qui a milité pour le Brexit, mais qui est beaucoup moins apprécié aujourd'hui: "Il est proche de Trump et pour les Britanniques, Trump et Brexit , c’est une cause commune. Or, la plus grande partie de la population ne veut pas de rapprochement avec Trump. Avant le référendum sur le Brexit, Nigel Farage avait dit qu’un résultat 52% pour le maintien et 48% pour le Brexit ne résoudrait  rien. C’est l’inverse qui s’est passé, et cela ne règle rien non plus."

Les petits pays n’ont rien à dire ?

Pour Marie Arena, les petits pays ont beaucoup à gagner de l’Europe dans les grands défis mondiaux que sont la sécurité, l’immigration et l’environnement. " Les grands pays sont, eux, des moteurs qui peuvent être leader dans la construction européenne. Cela s’est toujours fait dans cet alliage-là. "

Le désamour à l’égard de l’Europe trouve son origine dans la crise financière de 2008,  lorsque l’Europe a eu pour  principal objectif de stabiliser l’euro. "Les populations ont payé cette austérité. Et c’est cette image-là qu’ont les gens aujourd’hui, mais avant 2008, les 10 nouveaux pays ont quitté le joug soviétique. Il ne faut pas perdre une partie de l’histoire." . Selon l’élue socialiste, il faut maintenant travailler sur des plans de convergences et notamment de convergence sociale. Les différences de salaires entre pays sont trop fortes. "Un salaire moyen de 300 euros c’est de la distorsion de concurrence."

On peut encore éviter le Brexit

Mais le message le plus fort de ce face-à-face dominical dans l'émission 'A votre Avis' est le sentiment, émis par Richard Corbett que le processus du Brexit est réversible. "Dans deux ans, la chambre des Communes devra voter sur l’accord de divorce. D’ici là, le gouvernement britannique va tester sa théorie selon laquelle ‘on peut avoir le beurre et l’argent du beurre’. Et il va réaliser que ce n’est pas possible. A ce moment-là, il faudra faire un choix, soit poursuivre la chute dans le précipice, soit réfléchir à la situation."

 

Marie Arena abonde dans ce sens: "L’Union veut voir si les Britanniques acceptent l’accord qui leur sera présenté. Si ces derniers réalisent qu’ils sont perdants, ils pourraient repartir dans une autre discussion vis-à-vis de l’Europe. Mais à la seule condition que les Britanniques ne mettent pas une condition à l’entrée. On connaît ce jeu des Britanniques. On ne peut pas faire ce jeu de yoyo qui met en difficulté l’ensemble du projet européen. Ils doivent prendre ces deux années pour déterminer comment sortir, mais à ce moment-là, ils devront vraiment sortir" De l’autre côté du Channel, bien des oreilles ont dû siffler ce dimanche midi.

 

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