Deux lettres, une signée, l'autre pas, sur le report du Brexit: comment comprendre le double langage de Boris Johnson ?

Une lettre pour respecter la loi, mais une deuxième pour réaffirmer son intention de ne pas demander de report : c’est la parade qu’a trouvée Boris Johnson. En effet, à 11 jours de la date butoir du Brexit, il a été obligé de revoir ses plans dimanche, après avoir été contraint par son Parlement de demander un report du divorce tout en martelant ne pas en vouloir.

Le vote prévu samedi sur l’accord – annoncé triomphalement à Bruxelles deux jours plus tôt - devait enfin apporter une clarification après plus de trois ans de saga suivant le référendum de 2016. Mais la décision est finalement repoussée, et le Conseil européen de Donald Tusk se retrouve dimanche matin avec trois lettres disant tout et son contraire. Que disent-elle ?

La première lettre demande une prolongation de trois mois. Non signée, elle a pourtant été envoyée par Boris Johnson, parce qu’il y était obligé pour se conformer à la loi, et rester à la manœuvre. La deuxième, signée cette fois par la main du Premier ministre britannique, dit qu’il ne veut pas de ce délai. Enfin, une troisième émane de l’ambassadeur britannique auprès de l’UE, Tim Barrow, qui précise effectivement que le report n’a été demandé que pour se plier à la loi. Personne n’est donc dupe.

"Je vais maintenant commencer à consulter les dirigeants de l’UE sur la manière de réagir", a indiqué le président du Conseil européen Donald Tusk sut Twitter après avoir parlé au téléphone avec Boris Johnson. Selon Downing Street, le dirigeant conservateur s’est également entretenu avec Emmanuel Macron et Angela Merkel. La présidence française a fait savoir qu’un "délai supplémentaire (n’était) dans l’intérêt de personne".

Eviter un "no deal"

La loi qui a forcé Boris Johnson à réclamer cette extension a été adoptée en septembre pour éviter un "no deal", Boris Johnson s’étant dit prêt à cette option s’il s’agissait du prix à payer pour sortir le Royaume-Uni de l’Union européenne le 31 octobre. Elle stipule que si aucun accord de sortie n’était approuvé par le Parlement d’ici au 19 octobre, le Premier ministre doit réclamer un report du Brexit au 31 janvier 2020.


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Boris Johnson espérait y échapper en faisant approuver samedi son nouvel accord de retrait de l’UE, qu’il avait arraché contre toute attente cette semaine à Bruxelles. Mais par l’un de ces coups de théâtre dont la démocratie parlementaire a le secret depuis le début de cette crise, la Chambre des Communes l’a contraint samedi à s’y conformer en repoussant sa décision.

La nouvelle a été accueillie par des cris de joie par les centaines de milliers de manifestants qui marchaient, selon les estimations des médias britanniques, dans les rues de Londres pour réclamer un nouveau référendum.

Johnson veut une "conclusion"

Cette nouvelle journée folle à Westminster laisse le Royaume-Uni en plein flou sur la manière dont il va sortir de l’UE. Arrivé au pouvoir fin juillet sur la promesse de réaliser le Brexit à tout prix le 31 octobre, Boris Johnson est vent debout contre tout report de la sortie de l’UE, initialement prévue le 29 mars et déjà repoussée deux fois.

"Une nouvelle prolongation serait dommageable pour les intérêts du Royaume-Uni et de nos partenaires européens, comme pour nos relations", a-t-il insisté dans sa lettre à Donald Tusk, selon la copie publiée par des journalistes britanniques. "Nous devons mener ce processus à sa conclusion". Aussitôt après le vote des députés reportant leur décision samedi, il avait prévenu qu’il ne comptait pas "négocier" de report avec l’UE et assuré qu’il présenterait "la semaine prochaine" au Parlement la législation nécessaire à la mise en œuvre de son accord de Brexit.

Le texte négocié à Bruxelles règle les conditions du divorce après 46 ans de vie commune, permettant une sortie en douceur assortie d’une période de transition courant au moins jusqu’à fin 2020. Il est censé résoudre le casse-tête de la frontière irlandaise, sur laquelle avait buté le processus jusqu’à présent. L’objectif est d’éviter le retour d’une frontière physique entre l’Irlande du Nord britannique et la république d’Irlande, membre de l’UE, pour préserver la paix sur l’île après des décennies de violences.

Faute d’accord adopté, le Royaume-Uni est menacé d’un "no deal" redouté des milieux économiques, qui craignent le chaos aux frontières, des pénuries de produits alimentaires et médicaments et une poussée des prix, voire une récession.

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