Brexit : Johnson le confiant, von der Leyen la pragmatique, quelle communication adoptent les négociateurs ?

Le Brexit ne cesse de faire parler de lui. A quelques heures de la date limite des négociations fixée par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, un échec semble le plus probable.

Et si dans le camp européen, les mines sont basses et on cherche à tout prix à se mettre d’accord, ce n’est pas vraiment le cas de Boris Johnson qui adopte une communication plus forte arguant sur la puissance de la souveraineté britannique. 

Boris Johnson le confiant

Dès le départ des négociations, le chef du gouvernement britannique s’est montré fort dans sa communication. Jamais inquiet, il se positionne comme un leader dans ces négociations et il ne compte rien concéder.

Pour preuve, il affirmait encore cette semaine que, quelle que soit l’issue des négociations post-Brexit, son pays sera prêt. "Il y aura des emplois créés dans tout le Royaume-Uni, non pas malgré le Brexit mais grâce au Brexit car ce pays deviendra un aimant pour les investissements étrangers."

Une déclaration qui prouve la posture de la force adoptée par Boris Johnson. Pourtant, la situation interne du Royaume-Uni inquiète, le nombre de morts liés au coronavirus ne cesse d’augmenter, le déficit des finances publiques se creuse, le Pays de Galles, l’Irlande et l’Ecosse s’éloignent toujours un peu plus de Londres,…

Pas question toutefois pour celui que l’on considère parfois comme le Donald Trump britannique de montrer une quelconque faiblesse dans laquelle les négociateurs européens pourraient s’engager.

Dans le Times, il annonçait ne pas être contre un accord "fondé sur le lien unique et spécial entre voisins proches et alliés qui partagent la géographie et l’histoire et dont les économies sont étroitement entrelacées". Certes, mais le tout sans rien concéder.


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Et pour cause, selon lui, un "no deal" ne serait pas une si mauvaise chose. Il oscille entre dire qu'il fera tout pour l'éviter et des sorties où il dit : "Cette solution serait formidable pour le Royaume-Uni et nous pourrions faire exactement ce que nous voulons à partir du 1er janvier. Nous continuons d’espérer", a-t-il poursuivi, attendant de voir une éventuelle "grande proposition" ou "un grand changement".

Mais une sortie de l’Union Européenne sans accord obligerait le Royaume-Uni à s’accorder aux règles de l’Organisation mondiale du commerce, avec droits de douane élevés. Dans une économie qui va mal, cela pourrait avoir de lourdes répercussions. Mais cela n’a pas l’air d’inquiéter Boris Johnson qui se veut confiant pour l’avenir de son pays.

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Boris Johnson est confiant pour l’avenir de son pays. © Tous droits réservés

Ursula von der Leyen la sérieuse

Du côté des instances européennes avec Ursula von der Leyen en tête de gondole, on veut donner l'image du pragmatisme. On essaye de tempérer et de calme les choses. Comme si, l’Union Européenne, en bonne sœur essayait de raisonner son benjamin qui a perdu la raison.

Défaitiste, la présidente de la Commission européenne confirmait hier soir les propos de Johnson indiquant qu’il y avait "plus de probabilité pour un no deal que pour un deal".

Cette déclaration à la presse est une preuve de plus de l’inquiétude de l’Allemande. En effet, depuis le début de son mandat, elle n’accorde que très peu d’instants aux journalistes, encore moins depuis le début de la pandémie de coronavirus.

Aujourd’hui, l’Europe semble à court d’argument pour faire entendre raison à ses voisins d’outre-manche. Le nœud du problème réside en trois points : la pêche, le règlement des différends dans le futur accord et les garanties exigées de Londres par l’Union européenne en matière de concurrence.

Sur ce dernier point, les Européens souhaitent s’assurer de la convergence avec le Royaume-Uni de leurs normes sociales, environnementales, fiscales ou sur les aides publiques, pour éviter toute concurrence sauvage, Londres continue de bloquer.

Preuve de l’incertitude européenne, des mesures d’urgence ont d’ores et déjà été présentées. Elles visent à maintenir une connectivité dans le transport routier et aérien pendant six mois, à condition que Londres fasse de même. Les mesures visent également à garantir l’accès réciproque aux eaux des deux parties pour les bateaux de pêche jusqu’au 31 décembre 2021.

Mais malgré tout, les Européens ne cèdent pas non plus d'un iota et ne sont pas prêt à signer un chèque en blanc pour garder ses relations avec le Royaume-Uni. C'est d'ailleurs dans ce sens qu'abondait Charles Michel, le président du Conseil européen, sur le plateau du JT de 19h30 : "Il est certain qu'il faut dire la vérité. Les chances pour aboutir à un accord ont plutôt diminué. Mais nous devons être transparents et nous devons défendre l'intérêts des Européens. Pour l'UE, il s'agit de garantir qu'il ne sera pas possibles pour les entreprises britanniques de faire du dumping au détriment des entreprises et des emplois en Europe. Donc on dit à nos amis britanniques, vous êtes les bienvenus pour continuer à faire du commerce et échanger avec nous, à tenter de la prospérité partagée. (...) Mais il n'est pas question pour nous d'imposer des standards sociaux, environnementaux à nos entreprises et de laisser es entreprises britanniques venir inonder notre marché sans respecter les mêmes mesures"

Un ton plus calme, plus posé mais qui reste ferme au demeurant tout en précisant, pour finir, "nos bras sont toujours ouverts". 

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