Brexit: "Il est nécessaire que la majorité et l'opposition britanniques se mettent d'accord"

Brexit: "Il est absolument nécessaire que la majorité et l'opposition britanniques se mettent d'accord"
Brexit: "Il est absolument nécessaire que la majorité et l'opposition britanniques se mettent d'accord" - © THOMAS SAMSON - AFP

Theresa May a sauvé la tête de son gouvernement, en passant à travers les mailles du filet de la motion de défiance, mais le constat est là : le Parlement britannique ne veut pas de son accord sur le Brexit en l'état. Alors faut-il tout recommencer ? Rien n'est moins sûr, car l'Union européenne n'est pas prête à renégocier, estime Guy Verhofstadt, coordinateur du Brexit au Parlement européen, qui était invité de Matin Première ce jeudi. "Par contre, il y a une volonté de négocier avec les Britanniques une relation future plus intense, plus profonde que ce qui était sur la table jusqu’ici", explique-t-il.

Pour cela, une seule solution : "Il sera absolument nécessaire qu'au Parlement britannique, la majorité et l'opposition se rejoignent dans un accord entre eux pour savoir quel type de relation intense ils veulent avec l'union européenne." Selon Guy Verhofstadt, aucune forme de coopération n'est exclue par l'UE : union douanière, participation du Royaume-Uni dans le marché unique, etc. En revanche, pour cela il faut que "du côté britannique, on démontre qu’il y a une majorité pour quelque chose de positif", rappelle l'eurodéputé.

Ce n'est pas à moi, en tant qu'humble Belge, de dire aux Britanniques ce qu'ils doivent faire, mais je pense qu'il est temps que l'intérêt national prime sur les visions étriquées des partis politiques et qu'une vision transpartite redéfinisse les lignes imposées par les conservateurs radicaux. Nous sommes prêts pour ça. #Brexit

Dans la négociation sur le Brexit, deux éléments sont à prendre en compte : l'aspect théorique (le traité en lui-même) et pratique (la déclaration politique qui illustre la future collaboration entre Royaume-Uni et UE). C'est sur ce deuxième aspect que l'Union attend beaucoup des Britanniques. "Il y a différentes possibilités, mais c'est aux Britanniques de dire ce qu'ils veulent, explique Guy Verhofstadt. "Optimiste par nature", selon ses propres mots, l'eurodéputé estime qu'il y a au moins un élément clair dans les débats : "Il n’y a pas de majorité au sein du Parlement britannique pour une sortie brutale sans accord." Selon lui, seule une centaine de membres du Parlement, des conservateurs radicaux, soutiennent cette solution. "Il y a donc une possibilité de trouver une majorité, et naturellement, c'est dans l'intérêt de tout le monde, car il ne faut pas oublier que les droits des Européens qui vivent au Royaume-Uni et des Britanniques qui vivent dans l'Union doivent être protégés", précise Guy Verhofstadt.

Le parti conservateur n'a jamais demandé l'opinion et l'aide des travaillistes

Pour le moment, difficile de trouver un dénominateur commun dans ce Parlement britannique complètement éclaté. Deux scénarios sont envisagés : s'accorder sur le traité actuel, ou sortir de l'UE sans traité du tout. Mais pour Guy Verhofstadt, il y a bien une troisième alternative : "que majorité et opposition se rejoignent pour la première fois". "Pendant un an et demi, les deux camps se sont combattus, rappelle l'eurodéputé. Le parti conservateur n'a jamais demandé l'opinion et l'aide des travaillistes." Et justement, ce mercredi, pour la première fois, Theresa May a évoquer la possibilité de coopérer avec les travaillistes. 

Reste que pour trouver un terrain d'entente, il faut du temps. L'Europe est-elle prête à reporter le Brexit au-delà de la date-butoir du 29 mars ? Pour Guy Verhofstadt, ce n'est pas une bonne idée : "On peut toujours trouver un peu de temps, mais pour faire quoi ? Si c'est pour continuer la situation chaotique d'aujourd'hui, cela n'a pas de sens." Il faudrait que le Royaume-Uni sache déjà vers où il va, selon l'eurodéputé.

D'autant qu'un report de plusieurs mois serait fâcheux, avec l'arrivée des élections européennes fin mai, puis la composition du nouveau parlement européen le 2 juillet. "Il ne faut pas commencer à importer les problèmes de la vie politique britannique dans la vie politique européenne", explique Guy Verhofstadt. De la même manière, il serait "complètement incompréhensible" à la fois pour les Européens et les Britanniques que ces derniers votent pour les élections européennes. Même si une partie d'entre eux reste encore très attachée à l'UE, si l'on en croit Guy Verhofstadt, qui affirme recevoir "tous les jours, des dizaines, parfois des centaines de lettres d'amour de Britanniques à l'Union européenne."

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