Brexit : comment le coronavirus a changé la donne

Il suffit de jeter un coup d’œil sur les unes des quotidiens britanniques pour s’en rendre compte : le Brexit ne passionne plus les foules Outre-Manche. De Londres à Edimbourg, le sujet number one, depuis des mois, c’est le coronavirus et ses effets dévastateurs.

Le coronavirus a clairement changé la donne au Royaume-Uni. Le pays a subi la plus forte surmortalité enregistrée en Europe durant la pandémie. Avec une chute record de 20,4% de son PIB, il connaît la pire récession de son histoire.

Pour mesurer cet impact, le Conseil européen pour les relations internationales (ECFR) a interrogé 2000 personnes au Royaume-Uni. Les conclusions de ce sondage révèlent un paysage politique transformé. Alors que durant l’interminable feuilleton du Brexit, la société britannique s’était polarisée autour des pro- et anti -Brexit, aujourd’hui, ces divisions paraissent s’estomper.

"La pandémie pourrait, paradoxalement, avoir ramené une certaine normalité dans la politique britannique", estime le think-tank.

Plus europhiles ?

Même l’attitude des Britanniques envers le reste du monde a changé. Plus pragmatiques, ils sont désormais deux tiers à souhaiter un renforcement de la collaboration avec l'UE pour combattre la pandémie. La crise du coronavirus semble en effet avoir révélé l’importance d’un allié européen fort dans les chaînes d’approvisionnement de biens essentiels, comme les médicaments, et l’intérêt de "ramener des éléments essentiels de ces chaînes en Europe."

Dans le même temps, l’idéal d’un Royaume-Uni essentiellement tourné vers son allié historique, les États-Unis, et vers son grand partenaire commercial, la Chine, semble battre de l’aile. Deux tiers des participants au sondage déclarent en effet que leur vision des États-Unis s’est détériorée ces derniers mois. Un peu plus de la moitié signalent que leur confiance dans la Chine a chuté. Cette évolution pourrait avoir "exacerbé un sentiment de solitude dans le monde - un sentiment qui pourrait même conduire à l'acceptation de l’idée que l'Europe est un allié de nécessité."

Il faut dire que jusqu’ici, les négociations menées par les Britanniques en vue de conclure leurs propres traités de libre-échange avec des pays tiers, n’ont guère donné de résultats. Les États-Unis maintiennent leurs taxes punitives sur le whisky écossais, tandis que les pourparlers commerciaux avec le Japon butent sur l’emblématique fromage Stilton.

Les négociations patinent

En attendant, ce mercredi, Européens et Britanniques entament une 7e session de négociations pour trouver un accord sur leur relation post Brexit. Fin juillet, ils s’étaient quittés dos à dos, en désaccord total sur plusieurs grands dossiers.

La pandémie aura-t-elle assoupli les points de vue des négociateurs ? A voir… En tout cas, le temps presse. Faute d'accord avant le 31 décembre, le divorce entre Britanniques et Européens sera brutal. Dès le 1er janvier, ils devront appliquer les règles de l’Organisation mondiale du commerce et leurs droits de douane élevés dans leurs échanges commerciaux. De quoi affaiblir des économies déjà frappées de plein fouet par la pandémie.

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