Brésil : MSF dénonce l’incohérence du gouvernement dans la lutte contre le coronavirus

Le parlement brésilien va mettre sur pied une commission d’enquête pour déterminer les manquements du gouvernement du président Bolsonaro dans le combat contre le coronavirus. Le Brésil est actuellement l’épicentre de la crise sanitaire, avec plus de 4000 décès quotidiens liés au Covid-19. Le président est mis sur la sellette pour avoir minimisé durant des mois la crise sanitaire.

Actif dans certaines zones reculées du Brésil, Médecins sans Frontières pointe également aujourd’hui la responsabilité du gouvernement brésilien : "le manque de volonté politique pour répondre de manière adéquate à la pandémie tue des milliers de Brésiliens". La pandémie n’épargne pratiquement aucun pays, mais le Brésil représente un point noir sur la carte du monde : "alors que le Brésil ne représente que 3% de la population mondiale, les décès dus au Covid-19 survenus dans le pays la semaine dernière représentent 27% de ceux survenus dans le monde".

Catastrophe humanitaire

"C’est une catastrophe humanitaire. Un quart des morts du Covid dans le monde aujourd’hui sont Brésiliens", s’indigne Pierre van Heddegem. Il rentre de l’Etat d’Amazonas, où il fut coordinateur d’urgence de MSF.

L’organisation refuse de pointer la responsabilité personnelle du président brésilien. Mais pour le coordinateur, "il y a clairement une responsabilité politique. Je ne vais pas parler d’une personne, mais c’est vraiment le niveau fédéral qui ne donne pas le même message que certains niveaux étatiques essayent de faire passer."

"Les gens sont perdus"

Le président Jaïr Bolsonaro a livré une guerre ouverte aux gouverneurs et aux maires qui imposaient des confinements, au nom de la sauvegarde de l’économie. "Certains états essayent de mettre en place des mesures de santé publique, explique Pierre van Heddegem. Et en même temps il y a ce discours du niveau fédéral qui n’est pas le même. Oui, il y a une grande responsabilité là-dedans, parce que du coup les gens les gens sont perdus."

La désinformation du public provoque des dégâts très perceptibles dans les hôpitaux : "Quand certains messages minimisent la sévérité de la maladie, les gens attendent trop longtemps pour venir à l’hôpital. Les mesures de santé publique ne sont pas suivies, parce qu’il y a des messages conflictuels des autorités. Mais la transmission, elle, est généralisée."

Nous nous sommes focalisés sur ces hôpitaux-là, où le taux de mortalité de patients intubés est proche de 100%. Il y a une liste d’attente pour les soins intensifs : les patients attendent pour avoir ces soins et une chance de survie.

Pierre van Heddegem a coordonné durant quatre mois l’action de MSF à Manaus, la capitale de l’Etat d’Amazonas. La situation catastrophique enregistrée dans cet Etat s’est rapidement étendue à tout le pays. "Les unités de soins intensifs sont complètement saturées, décrit-il. On ajoute des lits, mais il faut aussi avoir le personnel soignant, le matériel, l’oxygène pour traiter ces patients. La situation est la plus critique dans les petits hôpitaux qui n’ont pas d’unité de soins intensifs. Ils ne peuvent plus transférer les patients qui ont besoin de soins spécialisés. Ils sont bloqués avec ces patients. Or, ils n’ont pas le personnel nécessaire. Nous nous sommes focalisés sur ces hôpitaux-là, où le taux de mortalité de patients intubés est proche de 100%. Il y a une liste d’attente pour les soins intensifs : les patients attendent pour avoir ces soins et une chance de survie."

En janvier, des dizaines de personnes sont mortes à Manaus, en raison du manque d’oxygène dans les hôpitaux. "On en avait encore juste pour quelques heures d’oxygène. On a eu un approvisionnement qui est arrivé à temps. Mais imaginez-vous la pression sur le personnel soignant à ce moment-là qui ne savait pas s’ils allaient être capables de soigner les patients", se souvient Pierre van Heddegem. "Quand on a plus d’oxygène pour un patient intubé c’est fini. On rentre dans du soin palliatif."

La réalité s’est imposée

Aujourd’hui, le pic est dépassé en Amazonas. Le coordinateur de MSF constate qu’en janvier, la réalité s’est imposée à la population. Malgré la désinformation délivrée par le gouvernement fédéral, la catastrophe qui était en train de se produire s’est imposée : "A ce moment-là, ça devenait extrêmement visible pour tout le monde. C’était alors beaucoup plus facile pour les autorités locales de faire passer le message qui a été accepté par la population. Cette compréhension de la maladie est venue à un moment où la situation était extrêmement critique, avec la rupture d’oxygène qu’on a connue Manaus, qui était horrible. Les gens ont compris la sévérité de la situation et leur comportement a changé. On voit que c’est possible de changer les comportements, si les gens reçoivent une information qui est cohérente."

Pour Pierre van Heddegem, il serait réducteur d’incriminer la contagiosité des variants présents au Brésil pour expliquer cette catastrophe : "La situation est désastreuse à cause du fait qu’il n’y a pas de mesures de santé publique mises en place, ou alors avec des messages conflictuels. La cause de ce niveau de transmission, il faut la chercher là. Il ne faut pas utiliser la variante comme cause unique de la situation qu’on voit aujourd’hui au Brésil."

Traitement à l’hydroxychloroquine

Mais la mauvaise information continue à provoquer des dégâts, jusqu’au sein du corps médical : "on voit de la confusion au sein du personnel soignant. Il y a encore des médecins qui parlent de l’hydroxychloroquine ou d’ivermectine, parce que les autorités fédérales continuent à mettre en avant des traitements qui n’ont pas démontré une efficacité".

Aujourd’hui, MSF appelle les autorités brésiliennes à enfin reconnaître la gravité de la crise et de prendre les mesures nécessaires pour prévenir de nouveaux décès évitables. "Ce dont on a besoin aujourd’hui, c’est de prendre la maladie au sérieux à tout niveau. Il faut un message cohérent des différentes autorités, un message basé sur des faits scientifiques", implore Pierre van Heddegem.

L’enquête parlementaire qui va débuter pourra déboucher sur un éventail d’actions, dont l’ouverture d’une enquête policière sur d’éventuelles fautes.

Coronavirus au Brésil: JT 12/04/2021

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