Brésil: la présidente sort de sa réserve et s'adresse aux manifestants

Il fallait que ce discours arrive. Les manifestations devenaient de plus en plus violentes et les réactions tardaient. Dilma Rousseff a donc concocté un savant cocktail, délivré lors de son allocution télévisée.

Son discours était d'abord composé d'un tiers d'humilité, en affichant son respect pour les revendications. La présidente brésilienne a estimé avoir l'obligation d'écouter la voix de la rue et d'entamer un dialogue avec toutes les forces en présence, dans les limites de la loi. "Les manifestations montrent la force de la démocratie brésilienne", a-t-elle déclaré, mais en bannissant les violences commises par les minorités : "Si un pays laisse la violence le dérouter, il perdra une occasion historique", a-t-elle affirmé, en ajoutant qu'elle ne laisserait pas une "minorité entacher un mouvement démocratique et pacifique". Dilma Rousseff faisait allusion aux pillages et saccages commis jeudi en marge des manifestations qui ont réuni 1,2 million de personnes dans le pays.

Elle a aussi réservé un tiers de promesses à son discours, en évoquant "un grand pacte autour de l’amélioration des services publics". Elle a parlé d'une réforme du système des transports collectifs, d'un rappel de médecins à l'étranger pour un meilleur service médical, et a promis de destiner "100% des ressources du pétrole à l'éducation".

Enfin, Dilma Rousseff a ponctué son allocution d'un tiers de patriotisme, en assurant une grande coupe du monde de football.

Mais les Brésiliens n'ont pas l'air de céder à l'ivresse, car le coût de ce mondial leur reste vraiment en travers de la gorge. Et pas seulement pour les dépenses, car l'organisation de la coupe a aussi mené au déménagement de nombreuses familles en raison des travaux gigantesques.

En outre , ils dénoncent la corruption qui rongerait la société. Pour eux, la vitrine d'un Brésil gagnant est souvent un trompe l’œil.

Reste à voir maintenant comment la rue réagira ce samedi soir. Vendredi les manifestants étaient moins nombreux mais la violence devient plus aiguë. Une deuxième personne est morte, victime d'une crise cardiaque.

Le mouvement de contestation brésilien est né le 13 juin d'une petite manifestation violemment réprimée par la police contre la hausse des tarifs des transports publics à Sao Paulo. Face à cette répression, la colère a brusquement pris de l'ampleur et s'est dirigée pêle-mêle contre le coût de la vie, la corruption et les milliards de dollars dépensés pour l'organisation de la Coupe du monde de football en 2014 au détriment d'investissements dans la santé ou l'éducation.

RTBF avec Belga

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