Brésil: l'enquête anticorruption sur Lula aurait visé à empêcher son retour au pouvoir

L'ex-président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, le 16 janvier 2018 à Rio de Janeiro
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L'ex-président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, le 16 janvier 2018 à Rio de Janeiro - © Mauro PIMENTEL

Le juge Sergio Moro et les procureurs de l'enquête anticorruption "Lava Jato" (Lavage express) ont-ils les mains sales? Un site d'investigation vient de faire des révélations aux allures de bombe mais qui pourraient, selon certains, se transformer en pétard mouillé au Brésil.

De lourdes accusations vis-à-vis du juge et des procureurs 

Le site The Intercept, cofondé par le journaliste américain Glenn Greenwald, a lancé de lourdes accusations de partialité politique dimanche soir après avoir eu accès à un grand volume de messages privés échangés notamment sur Telegram entre les procureurs et le juge Moro, chargés de Lavage express, et obtenus par "une source anonyme".

Les responsables, accusés de "tromperies systématiques" et de "manque d'éthique", auraient manoeuvré pour empêcher l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva de se représenter à la présidentielle de 2018, pour laquelle les sondages le donnaient largement vainqueur et finalement remportée par Jair Bolsonaro.

Le juge fédéral Moro, qui était devenu avec Lavage express le "Monsieur Propre" d'un Brésil rongé par la corruption, est aujourd'hui l'un des poids lourds du gouvernement du président d'extrême droite, dont il est ministre de la Justice.

Mais The Intercept a obtenu des messages qui prouvent, selon le site, que Sergio Moro, normalement tenu à la plus totale impartialité, a franchi la ligne rouge en fournissant conseils et indications aux procureurs de Lavage express en défaveur de Lula, qu'il a condamné à la prison en première instance en 2017.

Accusé d'avoir reçu un triplex de bord de mer comme pot-de-vin, Lula a été condamné et emprisonné en avril 2018 et empêché de se présenter à un 3e mandat présidentiel. Il s'est toujours dit innocent et victime d'une machination politique destinée à lui barrer la route de l'élection.

"Alors qu'ils ont assuré longtemps qu'ils étaient apolitiques et motivés par la seule lutte anticorruption, les procureurs de Lavage express ont en fait comploté entre eux sur les moyens d'empêcher le retour au pouvoir de Lula et de son Parti des Travailleurs", écrit le site.

Que peut-il se passer au Brésil après des révélations aussi explosives qui, ailleurs, pourraient déclencher de nouveaux procès, faire tomber des pans entiers de l'enquête anticorruption, entraîner la démission du ministre de la Justice et une crise politique?

"Tempête dans un verre d'eau"

Pour certains analystes, les révélations de The Intercept pourraient en réalité avoir l'effet d'un pétard mouillé.

Il pourrait s'agir d'une "tempête dans un verre d'eau, à moins qu'il y ait d'autres fuites plus compromettantes", écrit ainsi l'ex-président Fernando Henrique Cardoso sur son blog.

Christopher Garman, directeur Amérique pour l'Eurasia Group, "ne pense pas qu'il va y avoir une crise politique" ni de "justification légale à l'annulation de condamnations déjà prononcées", notamment celle de Lula à huit ans et dix mois de prison.

Tout au plus cette affaire permettra-t-elle, selon Christopher Garman, de voir les perspectives de Lula de quitter sa prison de Curitiba (sud) pour une résidence surveillée se rapprocher dans le temps.

"Les électeurs continuent de réclamer des mesures pour combattre la corruption et l'opinion publique ne va pas voir" ces révélations, même fracassantes, "comme un problème", conclut-il.

Pour leur part, les consultants de Infinity Assets ont souligné que, selon des juristes, "les échanges piratés relevaient de conversations privées", soit "rien d'inhabituel dans une procèdure de l'ampleur de Lava Jato", enquête tentaculaire lancée il y a cinq ans et qui a conduit derrière les barreaux des centaines de responsables politiques et économiques.

Sur les réseaux sociaux, deux camps se dessinent

Les réseaux sociaux se sont passionnés pour l'affaire, avec les mots-clés #EuApoioLavaJato (Je soutiens Lavage express) et EuApoioTheIntercept (je soutiens The intercept) prenant la tête des tendances.

Glenn Greenwald, qui avait publié les révélations d'Edward Snowden contre la NSA américaine, a pourtant annoncé que les scoops de dimanche n'étaient que le début d'une longue série de fuites très compromettantes pour des personnalités politiques en vue.

Alors que Jair Bolsonaro, généralement prolixe sur Twitter, gardait le silence lundi, Fernando Haddad, son rival de gauche malheureux à la présidentielle, a demandé dès dimanche soir l'ouverture d'une enquête sur ce qui pourrait être "le plus grand scandale institutionnel de la république".

The Intercept a publié notamment des messages prouvant que les procureurs avaient des doutes sur les preuves ayant permis d'établir une culpabilité de Lula dans l'affaire de triplex qui lui vaut la prison aujourd'hui.

Supporters de l'ancien président Lula devant la court suprême brésilienne, à Brasilia, le 19 décembre dernier

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