Brésil: l'Amazonie, un poumon vert dans le viseur de Bolsonaro

Brésil: l'Amazonie, un poumon vert en sursis
Brésil: l'Amazonie, un poumon vert en sursis - © RAUL ARBOLEDA - AFP

L'Amazonie, le "poumon de la planète", risque-t-il d'être sacrifié aux intérêts des lobbys de l'agro-business? C'est la crainte des défenseurs de l'environnement après les déclarations sur l'environnement du nouveau président brésilien Jair Bolsonaro. Ce mercredi, une de ses premières décisions a été d’attribuer au ministère de l’Agriculture, la régulation des terres indigènes. Et une autre de ses promesses de campagne, la fusion des ministères de l'Agriculture et de l'Environnement, éveille les craintes car entre la défense de la nature et les intérêts des grands propriétaires terriens, le nouveau président d'extrême droite a choisi son camp sans équivoque. Il avait promis de choisir un ministre de l'Agriculture issu du secteur productif. 

Selon le porte-parole de Greenpeace, Thomas Leroy, les promesses de campagne de Bolsonaro sont anti-environnementales, comme "on l'a vu dans la nomination du ministre de l'Environnement, Riccardo Salles, proche des lobbies miniers et d'élevage de masse". 

"L'année écoulée a été particulièrement mauvaise pour la forêt amazonienne et la volonté affichée par Bolsonaro et Salles de continuer à mettre en avant le développement économique au dessus des intérêts environnementaux peut encore amener des problèmes plus importants pour ce poumon vert du Brésil et du monde", ajoute Greenpeace qui pointe aussi les risques liés à la possible légalisation des pesticides toxiques et à l'abandon par le Brésil de sa candidature à l'organisation de la COP25.

"Comme il est soutenu par le lobby parlementaire de l'agro-business, qui est très fort, Bolsonaro veut pratiquement mettre l'environnement au service de l'agro-business", estime Geraldo Monteiro, politologue à l'Université de l'Etat de Rio de Janeiro.

"Pas un centimètre de plus"

Jair Bolsonaro souhaite aussi la reprise des études pour la construction de centrales hydroélectriques en Amazonie, avec des barrages et un fort impact sur les cours d'eau, entraînant souvent le déplacement de populations.

En février, Jair Bolsonaro avait affirmé que s'il était élu il ne céderait "pas un centimètre de plus" pour la démarcation de territoires autochtones, les indiens revendiquant que leurs terres ancestrales soient clairement délimitées.

Le crédo de Jair Bolsonaro: en finir avec l'"activisme écologiste chiite". Dans son vocabulaire, "chiite", vidé de son sens religieux, est synonyme de radicalisme.

En août, en visite dans l'Etat amazonien de Roraima (nord), l'ex-capitaine de l'armée s'insurgeait ainsi contre les "contrôles chiites" des agences publiques environnementales ICMbio et Ibama, qui "nuisent à ceux qui veulent produire".

La présidente de l'Ibama, Suely Araujo, avait réagi dans un communiqué, affirmant que "l'implantation de projets à fort impact environnemental sans l'analyse nécessaire représenterait un retour en arrière de quatre décennies".

"Graves conséquences"

Emilio La Rovere, directeur du laboratoire d'études sur l'environnement de l'Université fédérale de Rio de Janeiro (UFRJ), le discours de Jair Bolsonaro "rappelle la doctrine qui régnait à l'époque de la dictature militaire (1964-1985).

Cette doctrine, c'était "le développement à tout prix", au détriment de l'environnement, vu comme un "obstacle" à la construction de route ou à l'exploration minière.

Pour le chercheur, les promesses de campagne du candidat d'extrême droite peuvent avoir "de graves conséquences au niveau mondial", tout en mettant à mal les efforts consentis par le Brésil depuis une quinzaine d'années pour préserver son exceptionnelle biodiversité.

L'émission de gaz à effets de serre a été pratiquement réduite de moitié, notamment grâce à une législation plus stricte pour lutter contre la déforestation. L'assouplissement de ces règles pourrait entraver "la transition vers une économie à basse émission de carbone", déplore M. La Rovere.

Jair Bolsonaro a même menacé début septembre de sortir de l'accord de Paris sur le climat s'il était élu, si la "souveraineté nationale" était engagée, comme Donald Trump aux Etats-Unis.

Emilio La Rovere estime que le Brésil pourrait alors faire face à "des sanctions commerciales de la part de certains pays sur ses exportations de viande ou de soja".

Archives : Journal télévisé 18/12/2018

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