Brésil : 1179 décès en un jour, l'histoire d'une catastrophe annoncée

Tombes creusées dans un cimetière de Sao Paulo, le plus grand d'Amérique latine
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Tombes creusées dans un cimetière de Sao Paulo, le plus grand d'Amérique latine - © Tous droits réservés

Plus de mille décès en 24 heures. C’est le pire bilan depuis l’arrivée du coronavirus au Brésil. Et de loin. Le 12 mai dernier, il était question de 881 morts en une journée. Un "record" qui est donc très largement dépassé aujourd’hui.

Et même si ces chiffres sont impressionnants, ils sont probablement bien loin de refléter la réelle catastrophe qui est en train de se produire au Brésil.

Les spécialistes sont formels, le nombre de tests effectués dans cet immense pays est beaucoup trop peu nombreux pour être proches de la réalité.


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Nous perdons la bataille

Douze heures et 62 enterrements. C’est à ce rythme infernal que les fossoyeurs du cimetière de Vila Formosa à Sao Paulo travaillent. Une journée sans repos où les familles se succèdent sans relâche, sans avoir le temps de prier ou de se recueillir. La réalité de la pandémie se dévoile dans cet endroit. Ou dans les couloirs des hôpitaux bondés.

"Nous perdons la bataille contre le virus, c’est la réalité. En ce moment, le virus est en train de gagner la guerre. Les jours qui arrivent, ce long week-end, je ne les vois pas comme des vacances, mais je les vois comme des jours de bataille. Les jours les plus importants dans la lutte contre le virus."

Dimas Covas, directeur d’un centre d’urgence de Sao Paulo est très clair sur ce qui est en train de se passer. Son service n’est pas le seul à arriver à saturation.

Selon le ministère de la santé, les nouveaux cas ont progressé de 17.408 en 24 heures. Et les unités de soins intensifs d’hôpitaux des Etats de Sao Paulo, Rio de Janeiro (sud-est), du Ceara, d’Amazonas ou du Pernambouc (nord et nord-est), sont très proches de la saturation.

Mais c’est bien Sao Paulo, capitale économique du Brésil avec 46 millions d’habitants, qui a recensé 5147 décès, soit près d’un tiers de tout le pays, avec près de 66.000 cas.

Une situation dramatique mais sous-estimée

Le Brésil a réalisé, selon les chiffres officiels, 735.224 tests, soit à peine plus que la Belgique. Pour une population de 212 millions d’habitants. On comprend vite que les bilans avancés ne sont pas le reflet de la réalité.

Et pourtant, même avec cette évaluation tronquée du moment, le Brésil est devenu le troisième pays au monde en nombre de contaminations. Derrière les Etats-Unis et la Russie. Si la tendance se confirmait au cours des prochains jours, le Brésil connaîtrait une phase d’accélération de la pandémie, dont le pic n’est prévu par les experts qu’au début juin.

La communauté scientifique estime même que les chiffres du ministère sont très largement sous-estimés, peut-être jusqu’à 15 fois, à cause du trop faible taux de dépistage dans la population.
 

 

La chloroquine plutôt que la distanciation

Le ministère brésilien de la Santé vient de recommander pour les patients légers du Covid-19 l’usage de la chloroquine, jusqu’ici réservée aux cas graves, au lendemain du record quotidien de décès. Cette recommandation a été faite dans un document du ministère, dont le ministre, Nelson Teich avait démissionné vendredi dernier en raison de fortes pressions du président Jair Bolsonaro, convaincu des effets à ce jour non prouvés de la chloroquine pour lutter contre la pandémie qui a fait déjà près de 18.000 morts au Brésil.

"Je ne suis pas d’accord, parce que le gouvernement n’exerce pas le rôle d’un leader politique qui unit le Brésil dans cette lutte. Le ministère de la Santé n’articule pas et ne coordonne pas son travail avec les différents états et les municipalités. Le gouvernement sabote la politique de distanciation sociale et vend même l’idée d’un médicament miracle pour résoudre ce problème, qui ne correspond pas à la réalité. " Cette déclaration est celle d’Humberto Costa, ancien ministre de la santé du Brésil, sous la présidence de Lula.


 

Sujet du 18 mai: