Bradley Manning candidat au Nobel de la paix, un prix qui fait polémique

Le soldat américain Bradley Manning, le 23 février 2012 à Fort Meade, dans le Maryland
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Le soldat américain Bradley Manning, le 23 février 2012 à Fort Meade, dans le Maryland - © Mark Wilson - AFP

Bill Clinton, Helmut Kohl, l'UE ou encore la "taupe" présumée de WikiLeaks sont quelques-uns des 231 candidats en lice cette année pour le Nobel de la paix, un prix qui, regrettent certains, a été dévoyé avec le temps.

"Comme toujours, il y a des habitués des 'nominations' et des nouveaux venus, des personnes célèbres et des inconnus, venant de tous les coins du monde", a déclaré le directeur de l'Institut Nobel, Geir Lundestad, à l'AFP lundi.

Avec 188 individus et 43 organisations, la liste de prétendants est proche du record établi l'an dernier, une édition marquée par 241 candidatures et finalement remportée par un trio féminin : les Libériennes Ellen Johnson Sirleaf et Leymah Gbowee, et la Yéménite Tawakkol Karman.

Etre "nominé" est chose aisée car des milliers de personnes sont habilitées à proposer une candidature : parlementaires et ministres, membres de certaines instances internationales, des professeurs d'université, les anciens lauréats...

La liste des candidats reste secrète pendant 50 ans à moins que les parrains ne décident d'annoncer publiquement l'identité de leur "poulain".

Parmi les candidatures connues cette année figurent l'ex-président américain Bill Clinton, l'ex-chancelier Helmut Kohl, artisan de la réunification allemande, et une autre ex-chef de gouvernement, l'Ukrainienne Ioulia Timochenko, devenue membre de l'opposition et actuellement emprisonnée.

Egalement derrière les barreaux dans l'attente de son procès, le soldat américain Bradley Manning, accusé d'avoir déclenché une tempête diplomatique en livrant à WikiLeaks quelque 260 000 dépêches du département d'Etat, est lui aussi sur la liste.

De même que l'UE malgré la crise qu'elle traverse et les crispations internes qui en découlent, le médecin congolais Denis Mukwege, les dissidents cubains Oswaldo Paya et Yoani Sanchez, ou encore l'ONG russe Memorial et sa responsable Svetlana Gannouchkina qui oeuvrent à la protection des libertés en Russie.

Autres candidats : le politologue américain Gene Sharp, théoricien de la lutte non-violente qui a inspiré certaines figures du Printemps arabe, le président tunisien Moncef Marzouki, lui-même porté au pouvoir par l'élan de révoltes populaires déclenché dans son pays fin 2010, et la chaîne Al-Jazeera.

D'un immense retentissement international, le Nobel n'est pas épargné par les polémiques, comme en 2009 après l'attribution du prix à Barack Obama, quelques mois seulement après sa prise de fonctions.

Les autorités suédoises chargées de s'assurer de la conformité des fondations avec les testaments qui ont conduit à leur création enquêtent actuellement pour déterminer si le comité norvégien s'acquitte bien de la tâche que lui a confiée le Suédois Alfred Nobel il y a plus d'un siècle.

Cette décision fait suite aux critiques régulières du juriste norvégien Fredrik Heffermehl, auteur du livre "La Volonté de Nobel".

Pour lui, le prix de la paix a été dénaturé en allant à des défenseurs des droits de l'Homme tel le dissident chinois Liu Xiaobo (2010), des défenseurs de l'environnement comme Al Gore et le Giec (2007) ou encore des travailleurs humanitaires comme mère Teresa (1979).

Dans son testament rédigé en 1895, Alfred Nobel voulait que le prix récompense "la personnalité qui aura le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion ou à la propagation des congrès pacifistes".

"Nous avons hâte que ce débat se referme", a réagi M. Lundestad lundi. "Les discussions durent depuis plusieurs années et rien de vraiment utile n'en est ressorti", a-t-il dit.


AFP
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