Botswana : les éléphants de la discorde

Botswana: les éléphants de la discorde
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Ce mercredi 23 octobre, le peuple Botswanais se rend aux urnes pour élire son Président de la République. Les débats préélectoraux ont été animés par une question, comment gérer la surpopulation d’éléphants dans le pays ? L’actuel président Mokgweetsi Masisi vient de réautoriser leurs chasses il y a quelques mois. Si son adversaire et ancien président Ian Khama s’oppose à la mesure, dans les communautés rurales le retour de la chasse a été accueilli comme une bénédiction.

Sur le parking du supermarché, N’tuli nous regarde en souriant. Alors qu’elle pousse son chariot jusqu’à sa voiture, elle doit s’arrêter régulièrement pour taper du pied par terre et éloigner les singes qui s’approchent trop près de ses provisions. Quand elle démarre enfin, des phacochères installés à l’ombre de sa voiture s’enfuient à toute allure.

Dans la ville de Kasane au nord du Botswana, les habitants ont toujours eu l’habitude de vivre avec des animaux. Mais depuis quelques années ce sont des individus bien plus imposants qui s’invitent régulièrement en plein centre-ville : des éléphants." Après 18 heures, vous ne verrez plus grand monde dans les rues, nous dit Cédric un habitant de Kasane, il faut faire vraiment très attention, c’est à cette heure-là quand la nuit tombe qu’ils sortent de la forêt. Quand vous vous retrouvez face à un éléphant il ne faut surtout pas se mettre à courir mais juste prier Dieu pour qu’il ne vous attaque pas ".

L’an passé au Botswana, vingt personnes ont été tuées par ces mastodontes qui dépassent souvent les six tonnes.

Au Botswana, la population d’éléphants est estimée à 130.000 individus. La plus grande colonie d’Afrique. Leur nombre, multiplié par dix ces trente dernières années, a entraîné une augmentation exponentielle des conflits entre les hommes et les pachydermes.

Dans les communautés rurales les plus reculées du pays, la plupart des Botswanais vivent de l’agriculture de subsistance. Chaque villageois possède son lopin de terre pour nourrir des familles entières. Problème, beaucoup de ces cultures et de ces villageois se trouvent aux abords de réserves nationales et parcs naturels d’où les animaux peuvent sortir librement.

Devant les clôtures de leur champ qui ont été sauvagement défoncées, Masune et sa mère peinent encore à y croire. Pour la deuxième année consécutive leur hectare de maïs a été ravagé par un groupe d’éléphants. "Ils ne leur ont fallu qu’une nuit. Nous nous sommes réveillées un matin et il ne restait que quelques épis de maïs par terre. Maintenant nous n’avons plus de quoi manger jusqu’à la saison prochaine. Tous les agriculteurs de la région rencontrent les mêmes problèmes que nous", se désespère-t-elle.

Assise sur un vieux pneu, Masune perce des canettes de soda pour les relier les unes aux autres. Autour de sa maison, ces guirlandes de métal pendent aux arbres et s’entrechoquent à chaque coup de vents. " Parfois les éléphants ont peur quand ils entendent ce bruit et ça peut les faire fuir ". Masune lutte avec ses propres moyens. Dérisoires.

Quand en mai dernier le Président de la république Mokgweetsi Masisi a annoncé qu’il réautorisait la chasse de 400 éléphants par an, Masune a vu un rêve s’exaucer. " Masisi va sauver la vie de beaucoup de gens. Les éléphants sont trop nombreux. Il faut les tuer. Je vais voter pour lui. Pour qu’il soit réélu et qu’il continue à nous aider ". Le gouvernement du Président Masisi a justifié sa décision en arguant que les populations d’éléphants étaient devenues ingérables dans certaines localités du pays. Immédiatement des fondations de conservation animale du monde entier se sont élevées contre cette décision.

A Kasane, nous avons frappé à la porte de la fondation américaine, " Elephants without Borders ", créée par Mike Chase, une figure mondiale de la lutte contre le braconnage des pachydermes. La réponse a été expéditive. " C’est difficile pour nous de parler en ce moment. Le sujet est trop sensible et trop politique ".

Dans sa chasse aux éléphants et à un deuxième mandat présidentiel, le président sortant Masisi à un adversaire sérieux : Ian Khama. Ancien président de la république, c’est lui qui avait banni la chasse en 2014. Pour ce fervent défenseur de l'environnement, il n’est " pas question de tuer un seul des éléphants qui attirent chaque année de nombreux visiteurs venus observer ces animaux dans leur milieu naturel". En effet, le tourisme est le deuxième secteur économique du pays dans ce petit pays de deux millions d’habitants.

Faut-il protéger les animaux ou assurer la sécurité et le développement économique des communautés rurales ? Au cœur de la présidentielle botswanaise est né un débat d’ordre moral. Et pour la première fois dans l’histoire d’un scrutin national, des éléphants pourraient peser de tout leur poids dans la balance électorale.

Scrutin dans une école de Gaborone, la capitale, transformée en bureau de vote pour l'élection:

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