Boris Johnson, futur Premier ministre britannique: portrait d'un ambitieux

Le champion du Brexit Boris Johnson a très largement remporté la course pour devenir le prochain Premier ministre britannique face au ministre des Affaires étrangères Jeremy Hunt, selon des résultats annoncés mardi par le Parti conservateur.

L'ex-maire de Londres et ex-chef de la diplomatie britannique a obtenu 92.153 des voix des quelque 159.000 votes des membres du parti qui étaient appelés à les départager, contre 46.656 voix pour M. Hunt. Il devient donc chef des Tories et obtiendra les clés de Downing Street mercredi après-midi après une visite à la reine Elizabeth II.

"Un gars qui vise juste"

A côte de lui, son adversaire lancé dans l'ultime bataille, pouvait faire figure d'enfant sage. Mais Boris Johnson détonne. Et, à 55 ans, continue de détonner. Cheveux hirsutes, sourire en coin, l'allure un peu pataude ; il est là sans y être, en tâchant de poursuivre le chemin qu'il s'est tracé. Des observations physiques, spontanées qui peuvent paraître certes secondaires, voire superflues, mais qui expliquent en partie cette force d'attraction que Johnson continue d'exercer sur ces électeurs qui lui ont donné leur voix, captivés par ce gars un peu normal, un peu brouillon, mais qui, à leurs yeux, vise juste.

Mais Alexander Boris de Pfeffel Johnson est loin d'être le pitre de service. Né à New-York, élevé entre les Etats-Unis et l'Europe, Johnson est le fruit d'un riche brassage du populaire avec la haute. Il passe par Eton, enchaîne à Oxford, avec l'audace de celui qui casse les barrières sociales. Sa sortie des études le destine au journalisme. Stagiaire au Times, c'est ensuite depuis Bruxelles que le jeune correspondant du Daily Telegraph commence à se faire un nom. Ses thèmes favoris : l'Europe, déjà, et avec elle la menace que font peser les institutions sur le quotidien des Britanniques. 

Homme de controverse

2001. Premiers pas en politique. Johnson a 37 ans. La jeune génération des conservateurs est en marche. A la surprise générale, il remporte la mairie de Londres en 2008 et parvient même à se faire réélire quatre ans plus tard. Que retenir de ces années Johnson ? Pas grand-chose, diront ses détracteurs. Bête politique, il est aussi homme de controverse. On aime rappeler un épisode cocasse, celui des canons à eau allemands. Achetés 300.000 livres pour équiper la police britannique, ils n'ont jamais servi, sont revendus, un montant trente fois inférieur, un fiasco. Et que dire de ce pont-jardin sur la Tamise qui n'aura jamais fleuri. Un dossier de financement mal ficelé, tout capote, le projet vert avorté aura coûté des dizaine de millions de livres aux contribuables britanniques. Faute avouée, à moitié pardonnée ?

Il semble bien. Johnson ressort intact de ces années bancales. On aime son authenticité, on loue son franc-parler, ses coups de gueule. Une popularité qui lui sert de rampe de lancement dans sa campagne au nom du Brexit. Il passe entre les gouttes. Johnson est poursuivi pour mensonge : 350 millions de livres, affirme un slogan, seraient récupérés si le Royaume-Uni quittait l'Europe. Grossière arithmétique. La Haute Cour de Londres passe l'éponge.

Pendant tout ce temps, Johnson attend son heure, guette, prépare le terrain, se tait, parfois. Il est à la tête de la diplomatie britannique depuis à peine plus d'un an, qu'il déclenche un incident diplomatique. Une ressortissante irano-britannique, accusée de participer à des manifestations anti-régime est détenue en Iran. Johnson alimente les accusations de Téhéran en déclarant que la jeune femme formait des journalistes, ses proches ont toujours affirmé qu'elle était en vacances. Les appels à la démission se succèdent. 

Qu'importe. De nouveaux sympathisants viennent gonfler les rangs. Qui pensent qu'avec leur favori, le Brexit est permis. Sans remords, sans crainte. Ils ont leur capitaine. Ils n'ont plus peur d'une sortie de l'Europe des 27, sans accord, comme l'envisage Johnson. Il rassure les siens, éveille la curiosité des hésitants. 

Populaire auprès des militants (son humour et ses excentricités n'ont a priori rien perdu de leur charme), Johnson suscite en revanche une profonde crispation chez les adversaires du Brexit. Ceux qui ont vu son ralliement à la sortie de l'Union, quelques mois avant le référendum de 2016, comme un moyen d'assouvir ses ambitions personnelles, toujours plus fortes. Hier soir, les abords de Downing Street était encore le théâtre d'une manifestation, inondés de drapeaux bleus aux couleurs de l'Union. "Non à Boris!", entendait-on surgir de la foule. 

Aujourd'hui, la course à Downing Street a vu s'imposer un vainqueur. Boris Jonson devient le leader du Parti conservateur. Mercredi, il devrait succédera à Theresa May, qui sort par la petite porte, au poste de Premier ministre. Il sera reçu par Elizabeth II, qui lui confiera la responsabilité de former le gouvernement. Déjà, à la clé, des défis majeurs : comment sortir de l'impasse du Brexit plus de trois ans après le référendum, quelles pistes pour résoudre la crise avec l'Iran. Boris Johnson tentera de ne pas se casser les dents. 

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