Bombardement de Dresde: 75 ans de traumatisme allemand

Février 45. La ville de Dresde est pulvérisée par un déluge de feu : 750.000 bombes, 15 kilomètres carrés de ruines et des victimes par dizaines de milliers.
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Février 45. La ville de Dresde est pulvérisée par un déluge de feu : 750.000 bombes, 15 kilomètres carrés de ruines et des victimes par dizaines de milliers. - © SLUB DRESDEN - AFP

En Allemagne, on commémore ce jeudi les 75 ans d’une tragédie. Le bombardement de la ville de Dresde, rayée de la carte, pulvérisée dans un déluge de feu, la nuit du 13 février 1945. Pourquoi ce raid allié, reste-t-il, 75 plus tard, encore sujet à polémiques ? Comment la capitale de la Saxe s’est-elle relevée ? Comment l’extrême-droite allemande tente-t-elle encore d’instrumentaliser l’anniversaire de ce cruel passé ? Voici l’histoire de la "Reine du baroque" qui devint un tas de cendres.

Bombes explosives, bombes incendiaires

L’ancienne capitale florissante du riche royaume de Saxe, un joyau de l’art baroque : Dresde, moins de 3 mois avant la capitulation du Troisième Reich, va disparaître dans les flammes. Le 13 février 1945, en soirée, sera déclenché un événement qui noircira le tableau de la victoire alliée. Sans véritable motif militaire, les Alliés lancent un raid aérien massif contre la ville d’art. Vers 22 heures, des bombes explosives sont lâchées par les avions de la Royal Air Force et de l’US Air Force. Au sol, on parle d’un typhon de feu. La ville n’est déjà plus qu’une mer de flammes lorsque le deuxième bombardement se produit, vers deux heures du matin. D’autres avions rentreront alors en action.

37 heures de déluge de feu

Des bombes explosives s’abattent sur des quartiers déjà en feu, interdisant toute fuite. Les habitants sont brûlés vifs ou meurent asphyxiés. Et là où la foule de survivants pensait échapper à la mort, dans les jardins ou les grands parcs publics, ces refuges deviennent des cibles où les bombes tombent du ciel pendant plus d’une demi-heure.

Le lendemain, le 14 février, à 10h, le coup de grâce est donné. 750 tonnes supplémentaires de bombes sont larguées. Reste 15 kilomètres carrés de ruines fumantes. La cité, préservée jusque-là, sera donc devenue une cible dans un plan conçu pour semer la terreur au sein d’une population presque sans méfiance. En vue de porter un coup fatal au Troisième Reich.

Des bombardements sans objectif stratégique

Les victimes se comptent par dizaines de milliers. Il faut dire que Dresde avait hérité une réputation de ville-refuge. On l’a dit : aucun bombardement sérieux n’avait atteint ses murs. La population s’était considérablement étoffée, passant de 700.000 à plus d’un million, regorgeant de réfugiés. Des historiens ont pu établir qu’entre 25 et 35.000 personnes ont péri, selon un décompte approximatif : la plupart des corps ont été désintégrés ou jetés dans des fosses communes dans les jours qui suivirent les bombardements, par crainte des épidémies. Le Premier ministre britannique Winston Churchill évoqua un "crime de guerre", tout en nuançant ses propos. Reste que le raid, dont la nécessité stratégique reste sujette à polémique, a été vécu comme un traumatisme national. Dresde, pour la population allemande, restera comme l’un des symboles des horreurs du conflit.

L’extrême-droite allemande s’est emparée du 13 février 1945

Rasée par les bombardements alliés, vidée de 40% de ses habitants, la ville se reconstruit, dans la peine. L’église martyre de la Frauenkirche a été longtemps laissée en ruine pour ne pas oublier "l’injustice" des Alliés. Ce traumatisme national, si vif pendant des années, continue aujourd’hui d’être exploité, instrumentalisé par l’extrême droite allemande. A l’approche de la date anniversaire de la tragédie, partis et groupuscules néonazis s’en emparent comme d’un étendard. Le fait historique est même vénéré par les plus radicaux.

"L’holocauste des bombardements"

L’extrême-droite, depuis des années, évoque l'"holocauste des bombardements", dans une tentative de comparaison des souffrances entre une population civile allemande en souffrance et l’extermination des Juifs. Même s’il est vrai, pour beaucoup d’Allemands, qu’il est temps, à présent, d’honorer la mémoire des victimes des bombardements alliés.

Ironie du temps qui passe : Dresde est aujourd’hui l’un des foyers les plus actifs pour l’extrême droite en Allemagne : de l’AfD en passant par les plus petites mouvances néonazies. Dont la haine, de plus en plus palpable au début des années 2010, a culminé, cinq ans plus tard, avec l’ouverture des frontières selon les vœux de la chancelière Merkel. On dit que le slogan qui résonnait en 1989, "Nous sommes le peuple !", sort à présent de la bouche de militants anti-réfugiés.

Aujourd’hui, Dresde compte un demi-million d’habitants, une ville à l’élan économique avéré, à l’attractivité touristique indéniable. Classée au patrimoine mondial de l’Unesco en 2004, déclassée en 2009, la ville capitalise sur ses musées et la reconstruction de son patrimoine décimé.

 

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