Bolsonaro recule sur la libéralisation des armes au Brésil

Le président brésilien Jair Bolsonaro le 20 mai 2019 à Rio de Janeiro
Le président brésilien Jair Bolsonaro le 20 mai 2019 à Rio de Janeiro - © MAURO PIMENTEL

Le chef de l'Etat brésilien Jair Bolsonaro a révoqué mardi deux décrets sur une libéralisation de la possession et du port d'armes qui avaient été retoqués par le Sénat et dont la Cour suprême devait débattre mercredi.

L'annonce en a été faite au Journal officiel, où trois autres décrets présidentiels ont été publiés sur les armes, modifiant les aspects ayant fait le plus polémique au Congrès, inquiet de voir ces textes autoriser des millions de Brésiliens à porter des armes en public.

Cette annonce intervient alors que la Cour suprême devait débattre mercredi de la constitutionnalité des décrets, remise en cause par des experts pour lesquels ils créent une nouvelle législation plutôt que d'amender une loi existante.

La libéralisation de la possession et du port d'arme avait été l'une des principales promesses de campagne du député d'extrême droite Jair Bolsonaro, élu en grande partie à la présidence, en octobre 2018, grâce à sa promesse de déclarer la guerre aux criminels qui sèment la mort et la terreur au Brésil.

Les deux décrets avaient, lors de leur parution en mai, déclenché de nombreuses polémiques, non seulement parmi des députés et sénateurs, mais aussi des gouverneurs d'Etats violents, d'experts et de diverses associations de la société civile et de défenseurs des droits de l'homme.

Les opposants aux textes avaient expliqué qu'ils ne feraient qu'aggraver la violence dans un des pays au taux d'homicide le plus élevé du monde: plus de 65.000 en 2017, très majoritairement par armes à feu.

Ce chiffre équivaut à 31,6 homicides par 100.000 habitants -- trois fois plus que le taux établi par l'ONU pour la violence endémique.

Contourner le Congrès

Le décret sur le port d'armes autorisait un grand nombre de professions, dont des agriculteurs, chauffeurs routiers, chasseurs, hommes politiques, avocats et parfois journalistes, à porter une arme dans la vie publique.

Ce décret faisait aussi passer de 50 à 5.000 les munitions que peuvent acheter les détenteurs d'armes chaque année, en fonction des calibres.

Peu de précisions ont filtré sur les trois nouveaux décrets, mais ils édulcorent les deux premiers textes afin de pouvoir surmonter l'opposition du Congrès, selon les sites d'information brésiliens.

Le gouvernement va également envoyer au Congrès un projet de loi portant sur l'enregistrement, la possession et la commercialisation des armes à feu, a annoncé le président mardi.

Les présidents de la Chambre des députés comme du Sénat avaient critiqué non seulement la teneur des deux premiers décrets mais le fait que le chef de l'Etat contourne le Congrès pour libéraliser la détention et le port d'armes.

L'annonce de la révocation des décrets a constitué une surprise, le porte-parole de la présidence, le général Otávio Rêgo Barros, ayant, encore mardi matin, nié que le chef de l'Etat allait les révoquer.

Le président Bolsonaro en avait appelé à ses soutiens pro-armes, et ils sont nombreux, sur les réseaux sociaux pour l'aider dans sa campagne, afin qu'ils fassent pression sur les députés et les sénateurs.

Mais après l'échec des textes au Sénat la semaine dernière, Jair Bolsonaro avait fini par accepter la défaite qui se profilait devant le corps législatif.

"Je ne peux rien faire. Je ne suis pas un dictateur, je suis un démocrate", avait dit à des journalistes l'ancien capitaine de l'armée.

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