Boeing 777 : La série noire continue, 128 avions dans le monde cloués au sol

Tous les Boeing 777 équipés du modèle de moteur Pratt & Whitney sont cloués au sol depuis dimanche à la suite de la recommandation du constructeur aéronautique américain. Une mise à l’arrêt express après une panne de moteur d’un vol United Airlines au départ de Denver à destination de Honolulu. Une enquête est en cours.

Samedi les 231 passagers et 10 membres d’équipage d’United Airlines ont été contraints de faire demi-tour après l’embrasement du réacteur droit, peu de temps après le décollage, du Boeing 777 à destination de Honolulu (Hawaï). L’appareil "a fait demi-tour vers l’aéroport international de Denver où il a atterri sans encombre après avoir subi une panne de son réacteur droit juste après le décollage", a indiqué l’administration fédérale américaine de l’aviation (FAA) sur Twitter. Les passagers ont toutefois été pris en charge par des équipes de secours.

Un incident sans blessés

David Delucia, passager à bord du vol UA328 admet avoir eu la peur de sa vie. Il a livré son témoignage au journal The Denver Post : "Je peux honnêtement dire avoir pensé mourir, parce que nous avons commencé à perdre de l’altitude juste après l’explosion. J’ai agrippé la main de ma femme et je lui ai dit : on est fichus". Des images prises à l’intérieur de l’avion et diffusées sur les réseaux sociaux témoignent de l’embrasement du réacteur en question, mais également des applaudissements des voyageurs une fois arrivés à Denver. United Airlines précise dans un communiqué que la majorité des voyageurs ont été affectés sur d’autres vols pour Honolulu, tout en ajoutant que les passagers ne désirant pas voyager immédiatement après l’incident avaient été logés à l’hôtel.

Pas de blessés à bord, ni au sol, mais l’incident a néanmoins provoqué une chute de débris tout au long de son retour vers l’aéroport de Denver. Certains habitants ont à leur grande surprise découvert ces débris d’avion dans les environs de Broomfield dans le Colorado. C’est le cas de Kirby Clements qui à sa stupéfaction a découvert un morceau d’avion en forme de cercle, d’un diamètre équivalent à une porte d’entrée, planté en plein milieu de son jardin. Pour les besoins de l’enquête, l’autorité fédérale de la sécurité des transports (National Transportation Safety Board) a prié les habitants via Twitter de ne pas toucher ni de déplacer les débris.

Des enquêtes en cours

Au lendemain de l’incident, la FAA a ordonné des inspections supplémentaires en ce qui concerne les Boeing 777 équipés de certains moteurs Pratt & Whitney. Toujours sur Twitter, Steve Dickson, un des responsables de la FAA a publié un communiqué en annonçant l’inspection immédiate des avions en question : "Après avoir consulté mon équipe d’experts en sécurité aérienne au sujet de la panne de moteur d’hier [samedi] à bord d’un avion Boeing 777 à Denver, je leur ai demandé de publier une consigne de navigabilité d’urgence qui exigerait des inspections immédiates ou approfondies des avions Boeing 777 équipés de certains moteurs Pratt & Whitney PW4000". Il a également indiqué qu’un examen préliminaire des données de sécurité avait révélé la nécessité de contrôles supplémentaires des pales de la soufflante du réacteur concerné. L’office national des transports et de la sécurité des États-Unis enquête également sur l’incident.

128 avions mis à l’arrêt dans le monde

Plusieurs compagnies aériennes, dont l’américaine United Airlines, victime de l’incident, ont décidé d’immobiliser leurs avions commerciaux dimanche et lundi. Les deux grandes compagnies aériennes japonaises, Japan Airlines (JAL) et ANA (All Nippon Airways), ainsi qu’Asiana Airlines, le transporteur aérien sud-coréen, ont également annoncé l’immobilisation de leurs engins dotés d’un moteur similaire, en réponse à la recommandation de l’avionneur américain qui dimanche, avait appelé à clouer au sol 128 avions commerciaux de type 777. Au Japon, le ministère des Transports a déclaré avoir ordonné des inspections plus strictes du moteur après qu’un avion JAL 777 au départ de Tokyo Haneda à destination de Naha sur l’île d’Okinawa, a eu des problèmes avec un moteur similaire il y a de ça deux mois, en décembre.

En Europe, le Royaume-Uni a annoncé lundi interdire son espace aérien aux Boeing 777 concernés.

Boeing encore une fois mis à mal

L’avionneur américain n’en est pas à sa première polémique. En mars 2019, un autre modèle, le 737 MAX a été interdit de vol pendant près de deux ans après deux accidents qui avaient fait 346 morts. En cause, un logiciel de commandes de vol, le MCAS, qui s’emballait, mettant l’avion en piqué malgré les efforts des pilotes pour le désactiver. Sous pression et au prix de milliards de dollars, Boeing a dû modifier ses logiciels, dont le MCAS et admettre que les pilotes devaient suivre une formation supplémentaire. Boeing a également fait face aux problèmes du long-courrier 787, le Dreamliner, dont les livraisons ont été retardées à l’été après la découverte de défauts de fabrication. Boeing a enregistré une perte de 11.9 milliards de dollars en 2020, la plus importante de son histoire.

En pleine pandémie mondiale et un trafic aérien en chute, cette mauvaise nouvelle supplémentaire s’inscrit dans une longue série noire dans l’histoire de Boeing.

Journal télévisé du 22/02/2021

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