Boeing 737-Max : Dennis Muilenburg, un patron sur la sellette

Dennis Muilenburg est entendu depuis ce matin par les représentants du Congrès à Washington. Le boss est dans une mauvaise passe.

"Nous avons déjà tiré les leçons et continuons d’en tirer de ces accidents", a-t-il déclaré aux sénateurs avant d’ajouter : "Nous savons que nous avons fait des erreurs et avons eu faux sur certaines décisions. Nous endossons la responsabilité et allons rectifier le tir".

C’était il y a tout juste un an, le 29 octobre 2018. Les contrôleurs aériens de Jakarta en Indonésie perdaient le contact avec les pilotes du vol 610 de Lion Air, treize minutes seulement après le décollage de l’avion. L’appareil s’abîmera dans la mer de Java ne laissant aucune chance aux 189 occupants.

5 mois plus tôt, le vol 302 d’Ethiopian Airlines reliant Adis Abeba, capitale de l’Ethiopie à Nairobi au Kenya connaissait la même tragédie six minutes après son décollage. Bilan : 157 morts.

L’heure des comptes a sonné

Devant le Congrès le patron est donc sommé de s’expliquer. Un grand oral qui se déroule sur deux jours, mardi et mercredi. Le rendez-vous est crucial pour l’avenir de Muilenburg à la tête de l’avionneur et pour regagner la confiance du grand public.

Les parlementaires américains entendent cuisiner le boss de Boeing sur le système automatique de pilotage MCAS, qui a été mis en cause dans l’accident de Lion Air et dans le crash d’un 737 MAX d’Ethiopian Airlines.

" C’est l’occasion pour les membres du Congrès de poser des questions à M. Muilenburg […] sur les décisions qui ont été prises au sein de Boeing concernant la conception, le développement, la certification et la promotion du 737 MAX", a expliqué Peter DeFazio, le président démocrate de la commission des transports à la Chambre des représentants.

Le MCAS a été conçu par Boeing spécifiquement pour le 737 MAX, concurrent de l’A320neo de l’avionneur européen Airbus lancé un an auparavant, pour empêcher l’avion de partir en piqué, notamment en cas de perte de vitesse. Un grand nombre de pilotes n’étaient pas au courant de son existence puisqu’il ne figurait pas dans les manuels de vol.

Sur le fond, le dirigeant ne cède rien, reste sur la ligne de défense déployée depuis de nombreux mois, à savoir que le MCAS n’avait pas de défaut de conception. Mais visiblement, l’homme a préparé son audition. Il fait amende honorable et profil bas. Le dirigeant a passé le week-end à Chicago, siège de Boeing, avec les équipes de communication et avocats de l’avionneur pour peaufiner ses deux interventions, d’après une autre source proche du dossier.

L’agence fédérale de l’aviation (FAA) a pourtant demandé à Boeing, après l’accident de Lion Air, de modifier ce logiciel qui s’était activé automatiquement après avoir reçu des informations erronées d’une des sondes d’angle d’attaque (AOA) indiquant que l’avion était en décrochage.

Les erreurs évoquées par M. Muilenburg seraient davantage liées à la gestion de crise et à sa communication avec les pilotes, des compagnies aériennes et des régulateurs.

Mais Peter deFazio l’affirme : " Les parlementaires disposent d’e-mails et de communications, qui montrent des pressions extraordinaires sur les équipes de production".

Les auditions devant le Congrès, diffusées en direct sur des chaînes de télévision et sur internet, ont parfois scellé le sort de PDG, comme ce fut le cas en septembre 2016 pour John Stumpf, le patron de la banque californienne Wells Fargo, accusée alors d’avoir ouvert des comptes fictifs au nom de ses clients et à leur insu.

M. Stumpf, qui était apparu mal préparé et incapable de répondre aux questions des sénateurs, avait été débarqué quelques jours plus tard.

Ce mercredi, Dennis Muilenburg devra aussi s’expliquer devant la Commission des Transports de la Chambre des représentants.

La crise du 737 MAX est une des plus graves dans les 103 ans d’histoire de Boeing. Elle lui a déjà coûté une dizaine de milliards de dollars, déclenché de multiples enquêtes des autorités américaines et une cascade de plaintes des familles de victimes.

L’incertitude plane toujours sur la date de remise en service du MAX, même si Boeing table sur la fin de l’année.

Archives : Journal télévisé du 19/10/19

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