Birmanie: RSF exhorte Aung San Suu Kyi à libérer les journalistes détenus en Birmanie

Reporters sans Frontières a qualifié lundi d'"inique" la condamnation à sept ans de prison de deux reporters de Reuters. L'ONG a également exhorté la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la Paix, à "remettre en liberté ces journalistes, dont le seul crime est d'avoir fait leur travail".

Dans un communiqué, l'organisation de défense des journalistes "condamne avec la plus grande fermeté cette décision qui vient clore une instruction fantoche (...)."

Accusés d'"atteinte au secret d'État"

Les deux reporters birmans de l'agence Reuters, Wa Lone, 32 ans, et Kyaw Soe Oo, 28 ans, sont accusés d'"atteinte au secret d'État" pour avoir enquêté sur un massacre de musulmans rohingyas par l'armée en Birmanie. Ils ont été condamnés lundi à sept ans de prison, au terme d'un procès qui a entaché un peu plus l'image d'Aung San Suu Kyi.

"La justice étant clairement aux ordres dans cette affaire, nous appelons les plus hautes autorités du pays, à commencer par la cheffe du gouvernement Aung San Suu Kyi, à remettre en liberté ces journalistes, dont le seul crime est d'avoir fait leur travail", déplore dans ce communiqué Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. "Ce jugement inique, qui clôt une parodie d'instruction, remet clairement en cause le processus de transition démocratique en Birmanie", estime-t-il.

En détention préventive depuis décembre 2017

Les deux journalistes étaient en détention préventive depuis décembre 2017 et risquaient une peine de 14 ans de prison. Ils sont accusés de s'être procuré des documents relatifs aux opérations des forces de sécurité birmanes dans l'État Rakhine, région du nord-ouest de la Birmanie et théâtre du drame rohingya.

Sept militaires condamnés à dix ans de prison

Ils enquêtaient sur un massacre de membres de la minorité musulmane dans le village de Inn Dinn. Quelques jours après leur arrestation, l'armée a reconnu que des soldats et des villageois bouddhistes avaient tué de sang-froid des captifs rohingya le 2 septembre 2017, et sept militaires ont été condamnés à dix ans de prison pour cette tuerie.

Une machination pour remettre des documents prétendument confidentiels aux deux journalistes

"Durant les audiences préliminaires, un agent de police avait avoué que ses supérieurs avaient monté une machination pour remettre des documents prétendument confidentiels aux deux journalistes et les arrêter dans la foulée. C'est seulement sur cette preuve, totalement fabriquée, que repose le verdict de ce procès", dénonce encore RSF.

En 2017, plus de 700.000 Rohingyas ont fui vers le Bangladesh, face aux violences commises par les forces armées birmanes et des milices bouddhistes. La Birmanie pointe à la 137ème place sur 180 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF) en 2018.

 

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