Birmanie : "On nous fait des promesses à l’international, mais la situation ne change pas, et certains se découragent"

"La situation ne change pas, ce matin encore des soldats ont fait irruption dans le quartier et ont tiré. Ils ont tué un vieil homme". Une situation habituelle, comme le montre cette vidéo datant du mois d’avril : à tout moment, des soldats de la junte investissent les quartiers de Yangon (Rangoon), l’ancienne capitale birmane et prennent pour cible des citoyens, créant la peur et l’insécurité.

May, jeune activiste de 18 ans, nous le confirme : "On essaie de ne pas trop s’aventurer dehors seul, on stocke la nourriture, on ne sort que quand on n’a pas le choix".

Mais les manifestations se poursuivent malgré tout, et la crise économique fait rage.

Et le découragement pointe : "Aujourd’hui la junte tente de faire croire à un retour à la normale : les écoles ont rouvert, et d’ailleurs c’est un crime de ne pas y aller. Certains lâchent prise, se découragent, dont des travailleurs qui nous avaient rejoints, forcés de retourner travailler, faute d’argent.

Nous voulons la liberté, la paix, la démocratie

Nous voulons la liberté, la paix, la démocratie. Et un retour à une vie normale. Une vie normale où également, les communications avec l’étranger seraient libres. On essaie de grappiller des infos, mais la junte coupe régulièrement internet".

"Il y a eu beaucoup de promesses, mais on ne voit toujours rien venir de concret. En particulier du côté de ces réunions internationales qui se multiplient".

Des émissaires de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (Asean) ont rencontré vendredi dernier en Birmanie le chef de la junte, qui a réaffirmé qu’il n’autoriserait de nouvelles élections qu’après un retour à la "normale" dans son pays frappé par un coup d’État.

Les généraux putschistes avaient précédemment assuré qu’il y aurait des élections dans un délai de deux ans.

800 civils tués depuis le putsch

La Birmanie est dans la tourmente depuis que les militaires ont renversé Aung San Suu Kyi et le gouvernement de sa Ligue nationale pour la démocratie (LND). La répression par la junte a depuis provoqué la mort de plus de 800 civils, selon une ONG locale qui recense les victimes.

L’Asean a entrepris des efforts diplomatiques pour tenter de régler la crise, mais les luttes intestines au sein de cette organisation n’ont pas permis d’enregistrer des progrès.

Aung San Suu Kyi jugée à partir du 14 juin

L’ex-dirigeante birmane Aung San Suu Kyi, inculpée à de multiples reprises par la junte, sera elle jugée à partir du 14 juin.

Interpellée au matin du 1er février, la lauréate du prix Nobel de la paix 1991 fait face à de nombreuses accusations allant de la possession illégale de talkies-walkies à l’incitation à des troubles publics et à la violation d’une loi sur les secrets d’État.

Un premier procès doit démarrer le 14 juin dans la capitale Naypyidaw, a fait savoir lundi à l’AFP son équipe juridique.

Dans une deuxième procédure, toujours à Naypyidaw, Aung San Suu Kyi sera jugée à partir du 15 juin – aux côtés de l’ancien président de la République Win Myint – pour "sédition".

Les deux procès pourraient être bouclés d’ici fin juillet, ont ajouté les avocats qui ont pu s’entretenir une trentaine de minutes avec leur cliente.

Quant à l’accusation la plus grave retenue contre elle, la violation d’un texte datant de l’époque coloniale sur les secrets d’Etat, l’ex-dirigeante, âgée de 75 ans, pourrait être appelée à comparaître ultérieurement à Rangoun.

Gouvernement de résistance jugé terroriste par la junte

Le gouvernement de résistance birman, composé de députés déchus entrés en clandestinité, a de son côté annoncé samedi un accord avec une organisation rebelle, le Front National Chin, pour joindre leurs forces afin d'"abattre la dictature" de la junte au pouvoir depuis le coup d’Etat du 1er février.

Ce "gouvernement d’unité nationale" constitué pour résister au régime des généraux, cherche à regrouper les dissidents avec les différents mouvements ethniques rebelles pour former une armée destinée à lutter contre la junte.

Les parties signataires se sont engagées à "une reconnaissance mutuelle" et à respecter leur "égalité en tant que partenaires", selon le communiqué. Le Front National Chin n’avait pas pu être joint dans l’immédiat.

Abri aux dissidents

Plusieurs organisations rebelles armées de Birmanie ont condamné le coup d’Etat et procuré un abri à des dissidents qui s’étaient réfugiés sur leur territoire, allant même jusqu’à les entraîner. Le "gouvernement d’unité nationale" a mis en place sa propre "force de défense populaire" destinée à protéger les civils face aux forces de la junte.

Vendredi, il a diffusé une vidéo montrant un premier groupe de combattants de cette force, en train d’achever leur entraînement. Sur la vidéo, on pouvait voir une centaine de recrues marchant sur un terrain plat entouré par la jungle. Aucun ne semblait porter d’armes. "Que tous les Birmans soient libérés de l’esclavage" imposé par "les militaires", scandaient les nouvelles recrues.

La junte a quant à elle annoncé en mai que le gouvernement de résistance figurait désormais sur la liste des "organisations terroristes". Cette classification en "organisation terroriste" signifie que quiconque communiquerait avec ses membres, y compris les journalistes, pourrait être poursuivi dans le cadre des lois antiterroristes.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK