Beyrouth: "Si on a pu reconstruire deux immeubles, on pourra reconstruire un pays"

Un mois après la double explosion qui a ravagé Beyrouth, la capitale libanaise panse toujours ses plaies béantes. Avec l'aide de nombreux bénévoles qui se sont organisés pour parer aux besoins de la population. Englué dans une profonde crise économique et politique, comment le Liban se relèvera-t-il? Pour tenter de répondre à la question sur le plateau de CQFD: John Achkar, co-fondateur du collectif Nation Station et Elena Aoun, professeure de relations internationales (UCLouvain, FUCaM), spécialiste du Liban. 

Nous sommes le gouvernement

John Achkar est un jeune entrepreneur, consultant et humoriste libanais qui, comme beaucoup d'autres, s’est retroussé les manches dès le lendemain de la catastrophe pour venir en aide aux habitants de Beyrouth. A travers la plateforme "Nation Station" qu'il a cofondée, il aide les habitants des quartiers sinistrés. Soutenus par des donateurs privés et des financements participatifs, leur action vise aussi à aider de petites entreprises à rouvrir leur business.

Des initiatives qui n'ont pas été prises par le gouvernement, déplore John Achkar. "Tous les bâtiments en train d'être reconstruits le sont par des initiatives privées ou des ONG", explique-t-il. "Pour nous le gouvernement n'existe pas, nous sommes le gouvernement [...] Ce sont les jeunes qui se sont organisés sur le terrain, ont pris la relève et sont en contact avec des ONG locales et internationales. Nous pensons vraiment que c'est la seule façon de rebâtir cette cité". Un système d'organisation qui se structure et se veut une alternative crédible et efficace à un système jugé corrompu.

Je crains que le chemin ne soit encore long

L'absence d'Etat décrite n'étonne pas Elena Aoun qui recadre l'action de ces jeunes: "ils sont certes en train de faire ce que devrait faire le gouvernement mais je crains que le chemin soit encore long jusqu'à déloger cette élite politico-économique au pouvoir [...] Mais j'ai bon espoir que ce soit le début d'un apprentissage, le début d'une organisation qui permette à cette jeunesse d'entrer dans une course politique".

"La population a perdu ses repères", témoigne John Achkar, "certains ne sont même pas rentrés chez eux pour voir les dégâts. Dans nos initiatives, la population retrouve un peu de repères. A Nation Station, les gens de la communauté nous demandent quoi faire de leur maison, des dégâts, comment réparer, etc. Car il n'y a personne qui navigue sur ce bateau en train de couler".

Remettre l'individu au coeur du système

La spécialiste du Liban se demande si tous les esprits sont mûrs dans le pays pour accueillir une vraie rupture avec son système politique. Pour Josh Achkar, "depuis la révolution d'octobre, on peut parler d'une majorité silencieuse qui veut rompre les liens avec le système. C'est une des causes de la révolution: cet Etat clientéliste est dans une telle faillitte que même ses clients n'en profitent plus".

"Il y a une alternative politique mais aussi psychologique qui est en train de se construire, un nouveau "mindset"', explique le jeune Libanais, qui veut rester optimiste: "on visualise un espoir au bout du tunnel, avec des objectifs derrière notre initiative qui nous motivent. Si on a pu reconstruire deux immeubles, on pourra reconstruire tout un pays".

 

Ce Qui Fait Débat, chaque jour à 18h20 sur La Première. L’entièreté de l’émission à réécouter ci-dessous :

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